‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 60 sur 68 · I. — Récit de Béatrix Excoffons · texte numérisé non relu

I. — Récit de Béatrix Excoffons

Béatrix OËuvrie, femme Excofîons, me confia, il y a quelques années, le récit de sa vie pendant la Commune et après sa condamnation. Les dimensions de ce volume ne me permettent de citer que les pages se rapportant à l'armée des femmes, drapeau rouge déployé,

au fort d’ïssy. Ce simple récit fait bien comprendre

combien les Parisiennes marchaient courageusement pour la liberté.

« Le r r avril d871, dit Béatrix Excellons, une voisine surprise de me voir, me demanda si j'avais Iule journal qui annonçait, place de la Concorde, une réunion de femmes. Elles voulaient aller à Versailles pour empêcher l’effusion du sang.

« J’informai ma mère de mon départ, j’embrassai

mes enfants et en route.

» A la place delà Concorde, à une heure et demie, je me joignis au défilé. Il y avait sept à huit cents femmes; les unes parlaient d’expliquer à Versailles ce que voulait Paris, les autres parlaient de choses d’il y a cent ans, quand les femmes de Paris étaient allées déjà à Versailles pour en ramener le boulanger, la boulangère et le petit mitron, comme on disait dansce temps-là.

)> Xqus allons ainsi jusqu’à la porte de Versailles. Là, nous rencontrons des parlementaires francs-maçons qui revenaient.

APPENDICE

» La citoyenne de S. À. qui avait organisé la sortie, se trouvant rendue de fatigue, propose de sc réunir quelque part.

» Nous nous rabattons sur la salle Ragache. Là, il fallut nommer une autre citoyenne pour reprendre l'expédition, la fatigue de madame de S. À. après une aussi longue marche ayant dégénéré en intolérables douleurs dans les jambes.

» Je fus désignée pour la remplacer, alors on me fit monter sur un billard et je dis ma pensée que n’étant plus assez nombreuses pour aller à Versailles, nous l'étions assez pour aller soigner les blessés aux cornpagnies de marche de la Commune.

» Les autres se rangèrent de mon avis et notre départ fut convenu pour le lendemain. H eut lieu quelques joui s après. La citoyenne de S. A. put encore nous accompagner jusqu’à Létat-major de la garde nationale.

» À l’état-major le chef prit mon nom et me donna

un laisscr-passer moi et les citoyennes qui m'accompagneraient.

» Je demandai alors rie quel côté N fallait nous diriger; on me conseilla de partir par Neuiliy. Le Mont Valérien avait tonné la veille, nous voulions voir s'il ne serait pas resté des blessés non découverts dans les champs.

» Il se trouva vingt femmes pour m accompagner.

» Nous voilà par ties pour la porte de Neuiliy. En chemin beaucoup de personnes nous donnèrent de la charpie et des bandes : j'achetai chez un pharmacien es médicaments nécessaires et nous voilà fouillant Neuiliy pour voir s'il ne restait pus des blessés et ne nous doutant pas que nous étions en plein dans l'armée de Versailles.

» Arrivées à un certain endroit, nous apercevons des gendarmes et, sentant le danger, nous nous arrêtons. Mais il était impossible de passer.

AP PEXDICH

» — Laissez-nous passer, disions-nous; nous voûtons

aller soigner les blessés. Nous entendions bien gronder le canon, mais sans bien nous rendre compte où c'était.

» Je fis couper une branché d’arbre par un gamin à qui je donnai quelques sous et avec cela nous nous croyions invincibles.

» Il fut convenu qu’on ne parlerait pas du laisserpasser de la Commune et de plus mes compagnes nie dirent de plier le drapeau. Mais comme je voulais le garder tel, nous nous trouvons tout à coup sur un pont entouré de gendarmes auxquels nous demandons à passer, ce qui nous fut refusé.

» On envoya chercher un chef de poste, un lieutenant, qui nous demanda ce que nous allions faire avec ce drapeau rouge. Je lui répondis que nous allions soigner les blessés et que nous avions voulu passer sur

le pont parce que cela nous rapprochait de l'endroit *

où l'on entendait le canon;

» Il y eut un moment d’hésitation et pendant ce temps-là, l'une des nôtres oubliant ce qui avait été convenu, — se mit à dire que nous avions un laissèrpasser.

» — Comment pouvez-vous dire cela, lui dis-je, puisque nous n’en avons pas?

» Alors elle comprit et reprit : — J’ai voulu dire que si monsieur voulait nous en donner un.

» Enfin le lieutenant finit par dire aux gendarmes de nous laisser aller, que nous n'étions que des femmes sans armes.

» Arrivées de l’autre côté du pont, le canon grondait toujours. Une femme qui passait nous dit que cela devait ctre h Issv, et comme nous lui demandions

comment il fallait faire pour y arriver, elle nous dit d’aller plus loin et d’appeler le batelier qui était dans

nie.

» - Mais, dit-elle, il faut dire que vous êtes des fem-

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