‹ Louis Michel La Commune 1898Chapitre 61 sur 68 · OC · texte numérisé non relu

OC

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mes de la Coi amine. Sans cela il ne vous passerait pas dans son bateau.

» Toutes ces choses se passaient dans tout le commencement, quand la terreur n'était pas encore aussi grande chez les habitants des environs de Paris, ni les tueries aussi faciles.

» Nous appelons le batelier en lui disant que nous allons soigner nos frères blessés ; le brave homme nous lit entrer chez lui, nous obligea à nous rafraîchir et, coupant une longue branche d'arbre, y ajusta le drapeau et me le remit entre les mains.

» Quand je me reporte à ce temps-là et que je revois en mémoire ce batelier, presque un vieillard, usant pour nous toutes les provisions de sa cabane joyeusement; par la seule raison que noue allions défendre nos idées, cela me rappelle mon père à Cherbourg. Quand revenaient de malheureux déportés, toute la maison était en l’air pour leur trouver ce dont ils pouvaient avoir besoin et 'dans ces victimes quelquefois il retrouvait des amis, ayant lui-même été arrêté à Cherbourg au coup d'Etat de 51.

» Lorsqu'il fut relâché, on continua pendant neuf ans à lire au rapport des casernes qu'il était défendu d aller chez l'horloger Oeuvrie sous peine d’un mois de salle de police. La haine de l'Empire l’avait poursuivi comme m'a poursuivie celle de Versailles.

» On me reprocha au conseil de guerre d étre la fille d’un révolutionnaire de 51, mais on n'ajouta pas que cette violence de l’Empire n'avait pu même jamais obtenir de subventions comme les autres.

» Je reviens à mon récit. Je m’étais mise à l'avant du bateau, tenant mon drapeau haut et fier.

» Là nous eûmes la certitude que les gendarmes n’avaient pas l’intention de nous laisser aborder, car ils nous envoyèrent plus de 50 balles qui ne nous atteignirent pas.

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» Arrivées à l'autre bord, le bon batelier nous dit qu'il était heureux que nous ayons reçu aussi heureusement le baptême du feu; il nous serra la main à toutes; ajoutant que si nous avions besoin de lui il était entièrement à notre disposition.

» Ainsi nous arrivâmes au fort d’issy. Là, un garde national me reconnut et me dît que mon mari était aussi au fort.

» Combien j’étais heureuse avec mon mari à mon côté en racontant comment le sort nous avait été favorable! J’avais l'illusion que rien ne pouvait plus nous atteindre qu* ensemble et que nous serions réunis même dans Ja mort.

» Je retrouvai aussi au fort dlssy Louise qui était partie avec le GP de Montmartre, et je restai une quinzaine de jours au fort comme ambulancière des enfants perdus.

» Vers ce temps-là, il fallut réorganiser le comité de vigilance des femmes de Montmartre, mais Louise qui 1 avait commencé au temps du siège, avec les citoyennes Poirier, Blin, d'Auguet, moi et autres, ne voulant pas rentrer des compagnies de marche, je retournai à Paris pour le comité de vigilance où nous nous occupions des ambulances, où il fallait organiser tous les secours pour les Blessés, envois d’ambulancières, etc.

)> J’allai dans tous les clubs faire signer la pétition par laquelle la Commune réclamait Bianqui en échange de l'archevêque.

» A notre ambulance de l’Elysée Montmartre, le comité de vigilance des femmes envoyait des députations aux enterrements, s’occupait des veuves, des mères, des enfants de ceux qui mouraient pour la liberté; il resta sur la brèche jusqu'à la lin.

» La veille de la prise de Montmartre, le comité était réuni dans ma maison. Nous nous attachâmes

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surtout à détruire tout ec qui pouvait compromettre qui que ce soit.

» Après avoir été mise trois Ibis en joue pour être fusillée, on m'envoya à Satory où j’arrivai une des

premières, et pendant quatre jours je couchai dans la cour sur des cailloux.

)> Je passai à la commission mixte avec ma mère,

qui avait été arrêtée pour moi, ce qui mettait eu double ma personnalité.

» On nous fit monter dans une sorte de grenier

près du magasin à fourrages; il était nuit, il pleuvait comme un déluge.

» Alors Louise arriva avec les vêtements gouttants comme un parapluie, étant aussi prisonnière. Je les tordis sur son dos et comme j’avais une paire de bas dans ma poche, je les lui donnai en place des siens que nous avions bien de la peine h retirer, tandis

qu'elle nous racontait qu’on devait la fusiller le lendemain matin.

» On parlait de cela comme on aurait parlé de n'importe quoi, on était heureuses de se revoir surtout.

» On avait dit de ne pas fouiller Louise en entrant parce qu’on allait la fusiller; c’était sans doute ù cela que je devais aussi de ne pas l’avoir été. J’avais pas mütl de papiers; elle en avait quelques-uns aussi, entre

autres un ordre de faire délivrer un des petits orgues de Notre-Dame et le faire transporter pour les leçons

du chant de l’école.

>, Nous étions sept : ma mère, M. et madame Millier. 1 , u a lame Dereurc, moi, Louise et la sous-maîtresse de son école, Malvina Poulain, Li e femme vint me demander mes papiers de la part des officiers., mais je répondis que je n’en avais pas et en silence, à nous sept- nous commençâmes à les mâcher, ce qui n'était pas une petite entreprise.

)> Quand arriva un lieutenant de gendarmerie qui, à son tour, réclama les papiers, ils n 'étaient plus reconnaissables. Je lui tendis alors deux ou trois feuillets restés dans le portefeuille et qu'il me rendit en disant très bas : Vous êtes une brave petite femme et si tout le monde était comme vous, il n’y aurait pas tant de victimes.

» II y eut aussi parmi les gendarmes quelques hommes mofn s durs que les autres, peut-être se souvenaient-ils de leurs femmes et de leurs enfants nourris par la Commune.

» Lorsque je passai devant la commission mixte, cet homme me sauva la vie, car ne voyant plus que mon mari et mes enfants dont j'étais séparée, mon vieux père malade et que peut-être pouvait sauver la liberté de ma mère, je prenais sur moi tout ce que .je | ? pouvais et même ce que je n’avais pas fait, 11 me iit enlever et mettre à part en disant : Mais, malheureuse, vous allez vous faire fusilier.

» Depuis, que de choses! Nous avons été tenus partout. J’aî perdu mon père, ma mère, les aînés de mes

enfants, mon mari dont la mort a fait autour de moi

unfeflbndrement général; mais je n’en retrouve pas moins au fond de ma mémoire les horribles drames de

Salory. .

» La veille de notre départ pour les Chantiers de

Versailles, à \\ heures du soir, on avait fusillé un ■

malheureux garde national devenu fou, qui croyait s'échapper en traversant une mare.

» Son dernier cri avait été : Mes enfants, ma femme !

)> La séparation, la perte de ceux qui nous sont chers, n'est-ce pas ia suprême douleur?

» Combien de celles qui avaient des frères, pères ou maris, croyaient dans leur fedie reconnaître la voix de

ceux qu’elles aimaient!

') Sept femmes des nôtres devinrent folles en une

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seule nuit; d’autres donnèrent avant terme naissance

à des enfants tués par les douleurs des mères, les plus fortes survécurent.

» Béâtrix.OEüVRiE, V re Êxgoffons. »

Terminons par la lettre d’un détenu de Brest :

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