‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 106 sur 149 · Mémoires d'Odilon Barrot, t. III · texte numérisé non relu

Mémoires d'Odilon Barrot, t. III

raient des intentions que je n'ai pas. Mon nom est un symbole d'ordre, de nationalité et de gloire et ce serait avec la plus vive douleur que je le verrais servir à augmenter les troubles et les déchirements de la patrie. Pour éviter un tel malheur, je resterais plutôt en exil ; je suis prêt à tout sacrifier pour le bonheur de la France. Ayez la bonté, Monsieur le président, de donner connaissance de cette lettre âmes collègues. Je vous envoie une copie de mes remerciements aux électeurs (i). »

Cette lettre a été considérée comme une faute ; la plupart de ses partisans, et tous les historiens depuis, ont estimé qu'il avait parlé trop tôt. Je ne partage pas cette façon de voir. Le prince, étant donné que ses explications seraient publiques, avait raison de fournir au peuple certains gages; il lui montrait qu'il devait compter sur lui et qu'il y avait accord entre eux ; le peuple, sachant bien (|ue l'Assemblée détestait Louis Bonaparte, l'entendrait sans peine et le jugerait avantageusement de ne s'être point dérobé. La phrase qui blessa les députés avait la faculté de pouvoir être prise dans deux sens et défendue ; elle disait tout, — mais aussi, à la rigueur, paraissait ne viser que le mandat de représentant. Il y avait là l'accent d'un maître et la partie était assez avancée, assez bonne, assez forte déjà, quant à la masse des atouts obtenus, pour que Louis-Napoléon se le permît. Il seiait temps ensuite, non de se rétracter, mais d'adoucir; peut-être même une seconde lettre élaitelleà moitié prête dans son esprit et qu'il achèverait de mettre au point en connaissant redct de celle qui venait de partir. L'éventualité ne répondant ])as à ce calcul, le i)ire étant même suj)posé, tel (|uc l'Assem-

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