‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 109 sur 149 · Emile OUivier · texte numérisé non relu

Emile OUivier

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lisez pas les remerciemenls aux élcclcius, je vous déclare traître à la patrie ». Signé: « Auguste Blum, ancien élève de l'école polytechnique. » L'indignation est générale : « Qu'à l'instant même on le g;arde et qu'on le retienne. Il saura ce que c'est qu'une menace au président de l'Assemblée Nationale ! » Un député charitable, M. Corbon, s'interpose : « Mais il est fou, c'est un aliéné, je le connais. » Alors, de toutes parts,, on alFirme également; « Oui ! Oui! c'est un fou ! » On se croit à Guignol. — L'adresse aux électeurs était ainsi conçue : « Chers concitoyens, vos sufïVages me pénètrent de reconnaissance. Cette marque de sympathie, d'autant plus flatteuse que je ne l'ai pas sollicitée, vient me trouver au moment où je regrettais de rester inactif, alors que la patrie a besoin du concours de tous ses enfants pour sortir des circonstances difficiles où elle se trouve placée. A'^otre conliance m'impose des devoirs que je saurai remplir ; nos intérêts, nos sentiments, nos vœux sont les mêmes. Enfant de Paris, aujourd'hui représentant du peuple, je joindrai mes efforts à ceux de mes collègues pour rétablir l'ordre, le crédit et le travail, pour assurer la paix extérieure, pour consolider les institutions démocratiques et pour concilier entre eux des intérêts qui semblent hostiles aujourd'hui parce qu'ils se soupçonnent et se heurtent au lieu de marcher ensemble vers un but unique, la prospérité et la grandeur du pays. Le peuple est libre depuis le 24 février. Il peut tout obtenir sans avoir recours à la force brutale. Rallions-nous donc tous autour de l'autel de la patrie, sous le drapeau de la République, et donnons au monde ce grand spectacle d'un peuple ([ui se régénère sans violence, sans guerre civile, sans anarchie. »

Le ministre de la guerre prie qu'on remette au lendemain la décision à prendre. Jules Favre, qui a

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brusquement chang-é d'avis, ne le voudrait pas (i) ; mais la majorité parait se ranger au projet gouvernemental et renvoie la discussion. « Pas de colère. Messieurs, conseille Duclere, je vous le demande, ce serait trop d'honneur ! » Clément Thomas, de lavis de Favre, prévient que le lendemain ce sera la lutte. Il ne parvient pas à ébranler la confiance du citoyen Duclere : « Je vous demande de renvoyer à demain. Quant à la bataille, soyez sûrs qu'elle ne s'engagera pas et, si elle s'engage, soyez surs qu'elle ne sera pas dangereuse. »

Le peuple, au dehors, continue à attendre son député. Il crie toujours, avec plus de colère : « Vive Napoléon ! Vive l'Empereur ! » Quelques compagnies de la garde nationale refusent d'obéir à leurs chefs. Les représentants, à leur sortie, sont accueillis par des huées. La vue de Thiers excite principalement les silUets. — L'historien songe à dégager sa chance ; il veut aller vers ce qui doit réussir et contenir la révolution dans les limites le plus étroitement conservatrices. Qui sait même si, déjà, malgré sa rancune à penser de la sorte, il n'évoque pas, devant une telle unanimité populaire, le prétendant qu'il mé[)rise et ([u'il est sur de mettre dans sa poche à l'instant opportun ! En janvier iS/JS, sentant la bagarre proche, il aurait dit: « Le trône de Louis- Philii)[)e n'a rien fondé. Il laisse à sa famille la tâche la j)lus ardue j)our son maintien. Si Napoléon II vivait encore, il remplacerait sur le trône le roi actuel (12). » Le tout, pour Thiers, consistait à ne pas brûler ses cartes avant l'heure, d'une autre manière, mais à l'exemple de (Uément Thomas (jui, après avoir

1. « Jiilf's Favre, fatigué d'avoir (Hû une fois sans venin. » E. OUivier, l. II, p. 91.

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