‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 112 sur 149 · L'Asscnthléc Nationale Comique, de A. Lireiix · texte numérisé non relu

L'Asscnthléc Nationale Comique, de A. Lireiix

4. Le Moniteur. — Exjilicalioiis données j>ar le |)résidenl. — Elles n'enipèciiùrent pas, néanmoins, l'iina^finalion [jopulaire de eroii-e le prince à l'aris. On déclaia (ju'il avait lof^é tl'aliord rue lîassedn-Heinpart, puis rue de Varennes. La Vraie liéi)ul)Hqur du iS juin le pense ; elle dit : « C'est la seule explication possible de rà-pi()[)os inexplieabh; de cette seconde lettre. » — I-a h-llre avait été remise le lO à midi et demi au |»résidenl Séiiaid par liriirault, liomme de lettres, domicilié à Londres depuis plusieurs années et descendu à l'aris rue de la Paix, liôlel tle Hollande.

autres déparlements ; c'était à mes yeux une ample réparation pour trente années d'exil et six ans de captivité ; mais les soupçons injurieux qu'a fait naître mon élection, mais les troubles dont elle a été le prétexte, mais l'hostilité du pouvoir exécutif m'imposent le devoir de refuser un honneur qu'on croit avoir été obtenu par l'intrigue. — Je désire l'ordre et le maintien d'une politique sajçe, grande, intelligente, et puisque, involontairement, je favorise le désordre, je dépose, non sans de vifs regrets, ma démission entre vos mains. Bientôt, je l'espère, le calme renaîtra et me permettra de retourner en France, comme le plus simple des citoyens, mais aussi comme un des plus dévoués au repos et à la prospérité de mon pays. » — Le j^rince parait à l'exclusion dont il était menacé. Il se retirait en deux fois, et chaque retraite portait ses fruits ; la première avertissait qu'il était prêt à tout malgré qu'il se soumît au pays comme à l'Assemblée ; la seconde montrait qu'il ne se soumettrait surtout qu'à lui-même et à ce qu'il estimerait bon. Il évitait de conclure. Dans les deux circonstances, il gardait le beau rôle. — Le président ajouta : « J'ai une simple observation à présenter à l'Assemblée, c'est que l'admission du citoyen Bonaparte n'avait pas été prononcée d'une manière définitive en ce sens que l'élection n'avait été que validée et l'admission ajournée jusqu'à production de pièces constatant l'âge et la nationalité. Mais, néanmoins, je crois devoir maintenant transmettre cette lettre qui contient une démission pure et simple à M. le ministre de l'Intérieur afin qu'il agisse conformément au décret de l'Assemblée. » — L'Assemblée passe à l'ordre du jour. Louis-Napoléon avait évité de conclure, le Parlement aussi ; — le provisoire s'incrustait.

Le débat se trouvail clos pourtant, el l'avantage restait au prince. L'Assemblée perdait sans cesse du terrain ; Louis-Napoléon en gagnait toujours. La France savait, à ne plus en douter désormais, que l'Assemblée était incapable de gouverner ; elle savait aussi qu'un homme existait qui, dans son idée, y réussirait et n'attendait qu'un signe. Ceux qui n'en voulaient pas songeaient (|ue lui seul, peutêtre, saurait faire cesser le gâchis ; même la bourgeoisie, si rébarl)ative à ce qui n'est pas elle, ne pouvait s'empêcher d'y réfléchir; comme le peuple qui, d'instinct, l'avait réclamé, elle se ralliait, — encore ([ue ralliée par un autre homme, — à l'idée dictatoriale. Les ennemis contemporains du prince, contraints par leur déiaite même, ont reconnu son adresse dans ces circonstances : « En renonçant à se pourvoir de sa triple élection, en feignant de céder aux désirs de l'Assemblée, Louis Bonaparte retira du conflit qui venait de s'élever un notable avantage. Sa modération le grandit dans l'opinion publique, sans empêcher qu'aux yeux du peuple il ne personnifiât le principe même de la souveraineté nationale (jue les représentants semblaient méconnaître. Dès ce jour, il donna un nom, un nom éclatant, aux vagues efforts que faisait, par des mains obscures, la révolution pour se débarrasser des entraves qu'on lui opposait. Il absorba en lui, il incorpora, pour ainsi dire, cet idéal de dictature révolutionnaire qu'une démocratie encore inculte, tumultueuse, irrationnelle et passionnée, préfère aux gouvernements libéraux. La bourgeoisie intelligente et active le sentit confusément, et nous allons la voir, avec un instinct très juste, se presser autour du général Gavaignac pour tâcher d'arrêter à une république tempérée le mouvement révolution-

aCG LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE

naire (i). » L'aveu est à retenir. La bourgeoisie, au xixe siècle, par un esprit de conservation très justifiable sur plusieurs points, mais sans justification sincère sur d'autres, s'est constamment eflorcée d'arrrèter l'application des idées justes sorties de quatre-vingt-onze, et cela, au profit d'une médiocrité immobile. Le gouvernement libéral qu'elle rêve est la négation même de la liberté. Le vrai danger de la liberté étant qu'elle n'abuse jusqu^à n'envisager qu'elle-même, une autorité évolutionniste, née de l'idée révolutionnaire, sachant établir une juste balance entre ce qui devient nécessaire et ce qui ne l'est pas. ce qu'il est possible de créer et ce qui doit être remis au lendemain, entin, une autorité vivante, et non pas inerte, réalisant en quelque sorte l'ensemble des tendances nationales, réunies et possédant ainsi la force d'agir, cellelà, de quelque nom qu'elle se décore, de quelque régime qu'elle se réclame, demeure la seule vraie (2). — L'expérience a démontré que le peuple, qui possède moins le temps d'attendre, a raison souvent dans son idée dictatoriale ; la bourgeoisie, au contraire, en concluant, de bonne foi d'ailleurs, par le Parlement, a entraîné soit la mort lente du pays, soit, le pays ne voulant pas mourir ou se résigner, une révolution nouvelle.

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