‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 115 sur 149 · Revue lùtrychf/irdit/ue, i832, p · texte numérisé non relu

Revue lùtrychf/irdit/ue, i832, p

'J. Karl Marx, Lu lulla des classes eu France, Paris, Sclileiolier,

(. IMaïKjiii (It-clara que Louis lilaiie avait jx rilu la lôvolutiou.—- Manuscrits «le Blauqiti. liihl. .Vc*/., datai, tlesacri. nouv.,3.r»7()»U suiv. « Mes amis, avait dit Louis lUauc, nous a\ons trois jours de

quand même voir éclore un chef ; elle acclama le petit député, le serra, le comprima de sa tourmente houleuse, le noya dans sa tempête pleine de colère et d'amour rude pour faire surgir de lui, en quelque sorte, l'homme qu'elle espérait, et qui ne s'y trouvait point ; furieusement, elle lui hurla d'agir. « Ali ! petit gredin, rugit affectueusement un ouvrier qui le soulevait dans ses bras, si tu voulais ! (i) » Pour toute réponse, Louis Blanc s'évanouit. Et revenu à lui, il disait à ceux qui le pressaient encore et cherchaient de nouveau à le porter en triomphe : « Ne le faites pas, je vous en prie, c'est une affaire manquée ; vous mêleriez remarquer. (2) » Des bonapartistes, dont Conti et Piétri,

misère au service de la République. » Le mot serait d'un traître, s'il n'était d'un imbécile... Il a perdu la révolution. » Voir aussi : La critique sociale, t. II.

1. Louis Blanc, Histoire de la Révolution de 18^8,1. II, p. 88. « Presqu'au même instant, on m'entoure de toutes parts, on m'enlève, on veut me porter dans l'Assemblée. J'eus beau me débattre violemment ; j'eus beau répondre, à diverses reprises, aux acclamations passionnées qui retentissaient autour de moi que le seul cri vraiment digne du peuple était : A'^ive la République ! je m'épuisai en efforts inutiles. Dix fois je tombai dans la foule qui m'entraînait, dix fois des bras robustes me soulevèrent. Un ouvrier aux formes athlétiques me dit en me montrant le poing avec un sourire et un air affectueux : « Ah ! petit gredin, si tu voulais ! » Il y en avait qui se précipitaient sur moi pour m'embrasser. » — Célestin Nanteuil. le peintre romantique connu, dira dans sa déposition : « Il était entraîné par cette foule, les uns voulant le porter en triomphe, les autres l'emmener à l'Hôtel de Ville. On lui embrassait les mains, les pieds ; il était haletant de sueur et tombait de fatigue, luttant vainement contre ces démonstrations en quelque sorte violentes. Je réunissais mes efforts à ceux de Charles Blanc, mais en vain, pour faire comprendre à cette masse en délire que si elle ne voulait pas exposer Louis Blanc à une mort certaine, il fallait au moins qu'elle s'éloignât et le laissât libre de ses actions... » Rapport de la Coinmission d'EnquètejCXc, p. 88. — Voir : A V opinion publique, le citoyen Louis Blanc ; journée du i5 mai ; — imprimerie Crapelet, 9, rue de Vaugirard.

2. Rapport de la Coiiunission d'Enquête, dép. d'Aiidouin. — Louis Blanc avait même extrêmement peur. « Craignant d'être envahi par la foule dont je ne pouvais pas distinguer les cris, je remontai pour reprendre la rue Saint-Dominique, lorsqu'on se précipita sur mon cabriolet en disant : « Sauvez Louis Blanc ! Sauvez Louis Blanc ! » On l'amena aussitôt et il monta dans ma voilure. Celui

ET LA RÉVOLUTION DE 1848 ^"jiy

[c protégèrent et, au milieu des cris de « A bas le traître ! » (jui partaient des bancs de l'Assemblée comme des rangs de la garde nationale, aidèrent à l'amener en lieu sùr(i), ciiez un libraire, d'abord, où il prit soin de elianger son gilet de flanelle (a). Cet ouvrier ignorant, mais impulsif, qui venait ainsi s'offrir figurait tout un synd)ole ; son geste dcssini' sur l'histoire des soixante dernières années une image réconfortante. Il évoque celui de la Gaule vers le brenn élu. Le pavois se montrait aussi bon, peut-être, que dans le passé, vivant et immense ; c'étaient ces milliers de tètes et d'épaules, c'étaient ces innombrables poitrines battant l'attente, l'espoir et le dévouement. Pas de doute possible. L'inconnu qui avait résumé la foule voulait brandir un César à ses poings calleux. Il y pinçait un bon élève révolté, ravi de jouer au professeur, sensible, plein de parfaites intentions, très perspicace sur plus d'un point (3), mais, au bout du compte, médiocre, dans la littérature comme dans l'action. Les événements

qu'on désignait comme Louis lîlanc était pâle, défait, paraissant en proie à une vive inquiétude, tout semblait lui faire peur ; si bien que, la frayeur me gagnant moi-même, je lui dis de se uicltre derrière moi, alin qu'il ne nous attirât pas (juelque maliicur. Nous étions assis quatre dans mon cal)riolel ; si j'avais voulu le croire, je serais toujours allé ventre à terre ; la troupe, la gard(! nationale, le moindre rassemblement (pie nous rencontrions, tout lui faisait peur...» Et le même témoin dit encore: « Ce qui m'a le plus frappé chez M. Louis lîlanc, c'est de voir sa frayeur, son teint pâle, connue un lunume qui aurait perdu la tète. » dép. de F(n't-Bras, p. 9^. — lilanc avait en lui une sorte de côté un peu puéril, connue son perpétuel sourire. Ses œuvres sont des devoirs, notamment Vllistnire de dix ans, commandée d'avance par l'éditeur I*agnerre, sauf, cependant, l'Introduction, sur plus d'un |)oint tout à fait neuve pour l'époque où elle parut et tiicore infiniment intéressante.

1. Ilenseignements fournis par le comte Biadelli, d'après les mémoires inédits de M. de Casablanca.

2. Cliez le libraire Masson. — Rapport de la Commission d'Enquête.

'\. Voir ses discours au Luxembourg, dans Rapport de la Commission d'Enquête.

sérieux offrent au moins cet avantage de faire connaître les hommes ; la vie ordinaire, en nécessitant le masque, le permet trop, ou trop facilement, à la longue ; les révolutions Tarraclient et font réellement vivre l'àme; ceux qui savent y garder le loup noir, uialgré tout, et tout en agissant, prouvent une valeur telle que le destin, en ne les abattant pas, les désigne lui-même comme les meilleurs maîtres ; eux aussi ont accompli leur sacrifice car, quand la vie ne compte plus, parce qu'on est bien certain qu'elle reste atroce, il est plus noble, pcut-èlre même plus difficile, de combattre avec suite qu'aux jours heureux où l'illusion, en indiquant une route lumineuse, facilement tracée, la fraye d'avance. Louis Blanc, son habit bleu à boutons de cuivre en lambeaux, les cheveux en désordre, pâle, fébrile, injurié rue de Bourgogne par les gardes nationaux le menaçant de leurs baïonnettes, protégé par les amis de Louis-Napoléon, par Boulay de la Mcurthe et le monarchiste La Rochejaquelein, puis costumé, paraît-il (i), en garçon de bureau, s'enfermant dans un fiacre pour rentrer chez lui, livre une partie de sa réalité ; et le récit incomplet qu'il a donné de son aventure termine le portrait véritable (2).

L'oral eur du Luxembourg achevait la déroute populaire déjà préparée par ses théories. A qui le prolétariat devait-il s'adresser ? Blanqui, exécré par la plupart de ses amis, insuffîsamment vigoureux, car il faut parler fort à la démagogie pour qu'elle vous entende, incertain, lui aussi, n'avait toujours pas appris à plaire. Barbes ne pouvait durer ; sa générosité dominait son intelligence au point d'empêcher qu'il devînt un chef. Raspail restait un travailleur de cabinet, nullement un homme politique. Entin

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