Philarète Chasles. .l/e/HOJ>es, t. II, p. iS^, l'iS
2. Faucher écrit le 9 juin au docteur Maldan : « La situation est très critique... Nous sommes entre les communistes et les bonapartistes. Nous marchons à la dictature. Si le gouvernement ne vient pas à nous, il est perdu et la France avec lui pour longtenips », 1. 1, p. 219. Paris, Thomas, 1888, 2 vol. — Et le 18 juin : « Le gouvernement est tombé dans le mépris. La popularité de Louis- Napoléon n'a pas d'autre cause. S'il y avait un gouvernement en France, il n'y aurait pas de prétendant. »
3. Un homme d'esprit écrivait sur son journal : « Aujourd'hui, le libéralisme, dont on a tant abusé, est en déroute ; il n'est plus question d'un trône entouré d'institutions républicaines, mais d'une république entourée d'institutions despotiques. » J. d'Estourmel. Derniers sonvcnirs, déjà cité, p. 82.
ET LA RÉVOLUTION DE l8'j8 '2J()
mettre de découvrir librement cet équilibre, seule, la bataille des partis, les uns et les autres exclusifs, se développait de plus en plus. Ceux qui furent sincères dans le gouvernement provisoire durent souffrir au <lelà des forces humaines ; toutefois, chez ceux-l«\, bien rares, — s'ils existèrent — le souci de la personnalité altéra beaucoup la douleur; il la diminua, la fit dévier et elle ne porta pas de fruits. Dans de pareilles crises, — car il existe des ridicules qu'il est nécessaire d'oser, des vérités qu'il convient de rendre jeunes à nouveau, — il faudrait faire abnégation de soi-même, ne vivre que pour le pays en devenant en quelque sorte les résultats unis et agissants de son âme éparse ; c'est même à cette condition que le Parlement serait possible. Cette synthèse effectuée, mais alors seulement, on peut, on doit aigir. — Le gouvernement provisoire ne fut jamais cela. 11 s'affolait devant le nud qu'il avait entretenu et ne savait point enrayer. Par les rapports de ses procureurs généraux, de ses préfets et de ses connnissaires, il apprenait constamment que la province, malgré son calme apparent, était travaillée, surtout dans le grands centres, par un triple mécontentement ouvrier, bourgeois et aristocratique. Le mouvement légitimiste en faveur d'Henri V, encore qu'absurde et l>eu redoutable aux yeux du ministre de la Justice (i), se répandait; la bourgeoisie, pas plus que les paysans, n'avait supporté la république sans inquiétude (2) ; le
1. De nombreux rapports de j)rocnreurs généraux ou de commissaires du gouvernement entretiennent des efforts légitimistes. — Arch. Nal. H IP» r)S à H l{:i(i {(;<). — 15 Ii:ii) 3(i2, II, Cour de Montpellier.
2. Idem. — « L'on vous a ilit et l'on i)ul)lie (|ue, de toutes parts, les provinces se luttent d'envoyer, comme l'exjjression du vtru de la majorité, leur adliésion au système du gouvernement répui)lieain. Ne le croyez jias ; cela n'est pas exact... Je viens de parcourir huit départements, y compris le nôtre : j'y suis resté assez de tiiups ; j'ai assez pénétré dans les classes (jui font la force morale et linancièrede l'Etal pour demeurer convaincu que le nom seul
28o LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE
peuple industriel, indécis dabord, trouvait maintenant la république étrange et incolore. Comme ses députés de rAsscmblée, comme ses adversaires des clubs, le pouvoir devenait de plus en plus incertain quant à la voie dans laquelle il fallait lancer la machine gouvernementale. Républicain est un qualificatif élastique, éminemment extensible et commode, qui permet toutes les nuances, toutes les variations. Seraiton blanc, bleu ou rouge (i) ? Le mieux aurait été de lîgurer tout à la fois, mais les moyens les plus propres à permettre une semblable neutralité, encore que nombreux, demeuraient difticilcs, et plus d'un préfet ne savait comment y parvenir. En haut lieu, on le savait souvent encore moins. En face des courants mêlés qui se partageaient la France, n'ayant, quant à lui, aucune donnée nette, n'étant ni révolutionnaire ni réactionnaire, mais sans être non plus juste milieu, moins radical qu'il ne le prétendait, ne possédant même pas un centre compact, le gouvernement, voulant gouverner sans gouverner, perdait la tête. Il reposait sur le suffrage universel et le redoutait au point de tendre à supprimer tous les votants qui lui restaient contraires. Ilproclamaitla liberté et ne la réalisait pas, déclarait la fraternité et ne la découvrait ni ne l'enseignait nulle part, préconisait l'égalité et agis-
(le république inspire une invincible terreur à tout individu qui possède du pain pour six mois et n'est pas du parti légitimiste. — Ce parti légitimiste se frotte les mains avec joie : le suffrage universel, républicainement exercé, le met aux anges , il y voit l'imminente anai-chie et c'est dans l'anarchie qu'il croit trouver les cléments de son succès iinal. Qui oserait aujourd'hui assurer que cela est à jamais impossible ?. . . Tous les noms de vos collègues au pouvoir provisoire ne sont pas également rassurants. » Arch. Nat. BB:J0 363, II, Cour d'Orléans.
I. Nous avons eu le gouvernement blanc de Thiers, faisant pensera la Restauration, le gouvernement impérialiste de Mac-Mahon, la république orléaniste de Grévy, la république protestante de Carnot, la république plus ou moins aristocratique de Félix Faure, la république mitoyenne de Loubet, etc.
sait au rebours de celle-ci. En avril, un de ses commissaires écrivait, de lîourges, au ministre de l'Intérieur, que deux seulement des candidats électoraux paraissaient républicains et (pie, de ces deux-là, un seul pouvait être réellement considéré comme tel: « La contrerévolution a relevé sa bannière avec une énergie désespérée dans notre département comme ailleurs. Pendant ces huit derniers jours, un travail immense d'intrigues et de corruption a été l'ait... Quant au résultat général, il s'est produit par la coalition des cidevant privilégiés, sans intentions de nuances politiques, avec la majorité du clergé, les fonctionnaires du gouvernement déchu et le peuple égaré des campagnes... Il est regrettable que les forces nous aient absolument manciué pour organiser autour du comuiissariat une force révolutionnaire dont on put se servir pour briser les résistances, intimider les conspirations. Il est à regretter que, présentement, le suffrage universel ait été étendu sans garanties réelles à ceux qui ne pouvaient écrire eux-mêmes ou seulement lire leurs bulletins (i). »
A côté de cela, le procureur de la Cour de Dijon s'indigne et s'inquiète que le bonnet rouge ait été arboré dans un tout petit bourg, à Is-sur-Tille, sur l'arbre de la liberté ; il décide : « Cette manifestation doit être réprimée ('j). » Un commissaire, envoyé à Limoges pour étudier les troubles qui y avaient lieu, déclarera qu'un membre du gouvernement, Ledrullollin, est cause de tout le mal par suite de son langage révolutionnaire, et il conseille les mesures les