Vrch. Nal. B lîno 30."), V. Cour de Bourges
2. Arch. Xat. B l5:!<t}G,), III, Cour de Dijon. « Ce malin, disait encore le procureur, j'apprends (juc des laits de même nature^ mais plus graves, se; seraient passés à Beaune. Un drajteau rouge, une hache el un bonnet rouge ont été i)romenés p;ir hi \ille. »
plus sévères, les plus absolues (i). Les révoltes locales étaient nombreuses ; à la faveur du désordre causé par la révolution, les haines de commune à commune et de particuliers à particuliers se faisaient jour souvent, au nom delà politique. Beaucoup d'élections donnaient lieu à des scènes violentes ; les électeurs envahissaient la mairie, brisaient les urnes, malmenaient le personnel municipal, et la force armée devait intervenir pour que le gouvernement gardât le dessus (2). L'émeute finie, le malaise subsistait. Dans un grand nombre de chefs-lieux, le conflit était grave, à Troyes notamment où, pour maintenir l'autorité tout en conservant les principes républicains, le procureur ne savait comment s'y prendre, tant la question s'embrouillait. « Les troubles ont cessé, disait-il, mais l'anarchie morale persiste » Ces troubles avaient consisté en une sérieuse collision entre la garde nationale et les ouvriers ; la garde nationale avait eu le dernier mot et, chargée toujours de maintenir l'ordre, devenait dangereuse (3). Dans plus d'un endroit, on se plaignait également de son zèle. Pour atténuer le danger que ce zèle lui faisait courir, le gouvernement n'osait soutenir, d'autre part, ceux qui
1. Arch. Nat. B B30 36i,I, Cour de Limoges.» Ainsi, on a réalisé à Limoges la pression désirée par M. Ledru-RoUin... « Il fallait, disait-il, lors des élections, agiter les esprit» et les pousser forcément dans la voie républicaine. » Car il ajoutait dans un élan d'exaltation cette pai'ole violente : « Quand on a 20.000 hommes à soi on peut tout oser et l'Assemblée ne m'arrêterait pas. » Ce langage de M. Ledru-llollin agissant en dehors de la mission qui lui était confiée de maintenir l'ordre à l'intérieur et poussant à la guerre ciA'ile, à l'insu de ses collègues du gouvernement provisoire, par l'envoi dans les provinces d'émissaires largement stipendiés sur les fonds du trésor pul)lic, a causé, je n'hésite pas à le dire, et c'est le cri de In France, les malheurs de Rouen et les désordres de Limoges. » Toute la lettre montre bien que le gouvernement s'avançait dans la voie réactionnaire.
2. Arch. Nat. B B30 358 à B B30 366. 3. Arch. Nat. B B30 358 à B B30 366.
s'ollraicnt à le défcndi'e, mais en dépassant la limite pseudo-i'évolulionnaiie qu'il sciait permise. A Rouen, les purs républicains attaquaient la Cour ; un citoyen écrivait au ministre de la Justice : « Le conseiller Chéron a fait un éloge pompeux de Thiers. Cela m'explique pourquoi ce conseiller fait tous les jours <les arrestations sous le prétexte de complicité dans les événemenis d'avril (i). »
On sent se dessiner ainsi dans les départements, ■comme à Paris, la lutte prochaine. Une lettre du procureur rouennais explique ce qui va se passer ; le drarrte imminent s'y laisse saisir en raccourci, réduit au cadre provincial : « Les clubs avaient troublé à froid les habitants de Rouen. Des deux côtés, l'irritation était <?xtrème. La lutte électorale avait été très vive. Elle s'est continuée sur la place publique. Les ouvriers se sont cru trompés, les bourgeois se sont cru menacés dans leur vie. .. Depuis plusieurs jours, l'élatdes esprits était tel qu'on pressentait une attaque. » Une fois la victoire acquise à la garde nationale, celle-ci « a régné <lespotiquement... Elle a mis la ville presque en état de siège ; une grande barbe était une cause de suspicion ; une blouse était mal vue ; on criait au large! en plein jour ; on obligeait tout le monde à montrer les mains en passant; on a porté la main sur un adjoint... on dit même qu'on a tiré sur des gens aux fenêtres... Tout ce qui était républicain était suspect. » Le procureur ajoute qu'il lui est impossible de faire une i'nquètc : « Je vous l'ai dit, pour procéder à une enquête, il eût fallu : i'' désarmer la garde nationale : î2" amener vingt mille hommes pour lenir eu paix les deux [)arlis. Elail-ce bien opportun? » Comment s'irriter que la garde nationale ail agi de la