Souvenirs de 1848, par George Sand, Lévy
ET LA RÉVOLUTION DE iS^S 28f)
La révolution « suscitée [)ar le souci du juste, va se suicider par l'injustice (i). »
Cette guerre civile, trop oubliée, apparaissait l'cLHivre du Parlement. Le Parlement n'est pas l'amalgame de tous les partis : il en délimite le champ clos (2). Pendant que les disputes s'y développent, le pays, livré à un jeu de politique contradictoire, ne sachant dans quel sens aller, demeure sur place et se désagrège. Les erreurs du gouvernement provisoire sutTiraient à prouver qu'il faut, jusqu'à nouvel ordre, un gouvernement ; si la France n'en avait pas besoin, elle aurait appris alors à s'en passer ; et elle lit le contraire. C'est encore une amie de la révolution et du gouvernement provisoire qui a osé les lignes suivantes : « A la grande surprise des esprits honnêtes qui avaient attendu de la réunion d'une Assemblée Nationale le retour à l'ordre et à la sécurité, tout allait en empirant de jour en jour. Le malaise et l'infjuiétude étaient universels. Les propriétés territoriales n'avaient
1. « La révolution, de cataracte en cataracte, par-dessus toutes les dif^ues, surmontant les derniers obstacles de Giiizol, coujuie ceux de Necker, ceux de Villèle, de Louis XVI et de Napoléon I", plus forte que tout, se précipitait toujours. L'héroïsme, l'intelliffcnce et la rliélori(jue avaient coulé à itleins hords; mais l'égoïsnu'. li'toui'derie a^■ec la déraison et la violence n'a\ aient j)as réussi à (•((iistiluer, soit par la guerre, soit par l;i tribune, un nouveau jxuple debout dans luie situation libre et juste, parce que l'éijuilé ni;iii<|uail ave(; la synipalliie. CJiacun ablioi-rait son scMibiable: la vindicte, l'envie, lintrigue et la fraude ne cessaient d'entiaver l'édilice des jx-nseurs. Marat avait détruit Turgol, la passion mauvaise dévorait sans cesse l'idée généreuse. » Pliilaréte Cliasles, Mémoires, t. II, p. i3i.
2. Le Parlement que nofts a valu la Constitution de 18;;.') en est im perpétuel exenqile. Une constitution, une charte, si l'on veut, était un pacte entre; le peuple et le représentant du j)ouvoir, possédant assez de pouvoii- i)our la garantir, même contre les députes, s'il le fallait. Au contraire, l'acte constitutionnel de i8^."j n'est qu'im |»acte entre des partis, une transaction à bupielle consentent des intérêts oi)posés, en se réservant chaciui l'espoir de faire ca])ilider les autres.
plus de valeur appréciable; le cours de la rente cinq pour cent ne pouvait s'élever au-dessus de soixanteneuf ; le trois pour cent restait à quarante-six. La bourgeoisie et le prolétariat se plaignaient également de la stagnation des affaires. Quoique les motifs de leur mécontentement fussent opposés, ils s^entendaient pour accuser de tout le mal le mauvais esprit de la Commission Executive et l'inaclion de l'Assemblée (i). » L'Assemblée, où quelques députés s'efforçaient de leur mieux, était de plus en plus la proie des coteries diverses qui s'y disputaient la majorité élective. Les vieux parlementaires, habitués à la bataille, obtenaient l'avantage, au profit de leurs combinaisons personnelles, sur les novices incertains ou plus sincères, de telle sorte que l'Assemblée ne représentait nullement la nation, mais la prépondérance de telle ou telle confrérie. « Afin de mettre plus d'ordre et d'apporter plus d'activité dans ses travaux, elle avait adopté l'usage des anciennes assemblées et s'était divisée, non seulement en bureaux, où les représentants se trouvaient périodiquement appelés par la voix du sort, mais en comités spéciaux, correspondant aux différentes branches du service administratif où cîiacun se faisait inscrire conformément à ses aptitudes particulières. Ce mode, excellent en lui-même, tourna cependant, par l'effet des circonstances, au détriment des intérêts démocratiques. Il devint beaucoup plus facile aux représentants de la minorité, dans ces fractions de l'Assemblée, dans ces comités qui ressemblaient à des cercles intimes, d'émettre des opinions qu'ils n'auraient osé hasarder à la tribune, en présence d'une majorité imposante. Du moment, surtout, qu'ils se virent conseillés et guidés par INI. Tliiers, ils profitèrent de tous les avanta-