‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 124 sur 149 · I. Stern, Id., t. II, p · texte numérisé non relu

I. Stern, Id., t. II, p

•j. « On peut dire que tout le temps qui s'écoula depuis la revue (lu ai mai jus(|u'aux journées de Juin ne fut remjjli <jue par l'anxiété (jui couvrait l'approclie de ces journées. Tous les jours, de nouvelles alarmes y vinrent miîltre sur pied la {^arde nationale et l'armée ; les artisans et les Itourj^eois ne vivaient plus dans leurs maisons, mais sur les places publii|U('S et sous les armes. Chacun désirait ardemment se soustraire à la nécessité d'un conilit et tous sentaient vajjuemenl que cette lu'cessilé devenait de jour en jour I)lus inévitable. L'Assemblée nationale était si constamment obsédée de cette pensée (|u'on eût dit «ju'ell»; lisait les mots : ^'Ut'/vf? civile, écrits sur les quatre murs de la salle. » Tocqueville, Souvenirs, déjà cité.

toire, car celle-ci lui semblait certaine. Il la lui fallait pour décréter sa constitution, sachant bien que, dans le sens où il voulait l'incliner, cette constitution irait contre les vœux de la masse. La victoire serait un gage de silence. Elle devenait d'autant plus indispensable que le peuple n'admettait plus qu'on lui donnât le change. Rien de sérieux ne s'était essayé afin d'améliorer sa condition.

La politique politicienne ne peut pas être nationale. Elle ne sert qu'au parti triomphant. Les triomphes demeurant courts dans un parlement, ie parti victorieux songe surtout à profiter tandis qu'il est en place ; les autres guettent ses fautes et s'absorbent dans ce jeu sournois grâce auquel ils espèrent parvenir, à leur tour (i).

En créant les Ateliers Nationaux, le gouvernement prépara l'armée de l'émeute. Rien ne devait être opposé au laboratoire du Luxembourg afin de permettre à celui-ci la possibilité d'un essai véritable. Mais, au l)0ut de peu de temps, on ne le souhaitait pas : les promesses faites aux ouvriers avaient dépassé toute mesure et ne pourraient jamais être tenues, même en partie. La rivalité s'en mêlant, Marie, qui dirigeait les Ateliers, jalousa Louis Blanc, qui pontifiait au Luxembourg. Des deux côtés, malgré la haine, on n'obtenait aucun résultat (2). Les ouvriers, satisfaits d'abord

1. « L'Assemblée nationale, sauf une minorité républicaine méritante et une inliniment petite minorité socialiste, enterre toutes les questions vitales de la démocratie. » George Sand, Correspondance, t. III, p. 89.

2. Louis Blanc, Histoire de la Révolution de iS^8, déjà cité, etc. — Emile Thomas, Histoire des Ateliers Xationaii.w — liapport de la Commission d'Enquête, t. I et IL — Le Moniteur. — Garnier- Pagès, Histoire de la Révolution de i8^S, t. III et IV. — Gazette des tribunaux, à partir de septembi'e 1848. — Procès des insurgés

de ne presque rien faire, finirent par s'en lasser et, sans doute pour justifier ce mécontentement, protestèrent contre i'insufiisance de leurs salaires. Le pouvoir protesta aussi, contre cette réclamation ; il se lassait de payer. Le pays industriel s'indigna avec d'autant moins de ménagement que les grèves étaient nombreuses et qu'à chacune le patron cédait en vain, grâce au gouvernement : ravi de causer un ennui à riiomme qui, durement, peut-être, (luelquelois, mais certainement, l'avait l'ait vivre, et ({u'on lui avait appris à détester, l'ouvrier, croyant aussi trouver mieux, se faisait inscrire aux Ateliers Nationaux. Il avait Leau y être vite désabusé ; celui qui n'en avait pas essayé voulait les connaître et la même comédie se renouvelait incessamment. Il n'y eut bientôt plus de place. — La situation du peuple, loin de s'améliorer, devint plus aléatoire que dans le passé. Au lieu d'aider un patron, il dépendait d'un Etat insaisissable qui, lui, n'admettant pas la grève, se refusait à toute concession ; la grève déclarée malgré ses menaces, l'Etat donnerait des ordres et tuerait, — au lieu de simplement se défendre par la persuasion ou la retraite. Ceux qui formaient l'Etat nouveau n'avaient cessé pourtant d'encourager les grèves quand ils représentaient l'opposition et, depuis, quand elles lésaient un j)arliculier. Im[)orlanle coniradiclion que le peuple n'arrivait pas àéclaircir et qu'il n'acceptait point ; il avait vu la bourgeoisie, en face d'un pareil malaise, décider )a révolution ; il limitait.

La bourgeoisie trouvait cela monstrueux. Elle s'épouvantait à entendre crier dans les rues Le Tocsin des TrmHillleiirs, Le Journal de la Canaille, La Carma-

ilc.s j i -j^, uô cl jG juin, avec un expnsi- de l'insurrection cl le povtrnil des principaux accuses, etc. Paris, Giraud, 1848, en livraisons. — 18^8, a^-ril, mai, juin, l'icard, l'aiis, etc.

gnole, et Le Robespierre. On a dit que le comité napoléonien avail fomenté l'émeute (i). Cette accusation ne se base pas sur des preuves. Il n'y eut pas d'enrôlements, 14, rue d'Haute ville ; des g^ens du peuple vinrent simplement se faire inscrire par sympathie pour Louis-Napoléon. Les petits journaux bonapar-

I. Le i^' juin on avait été jusqu'à dire, sans doute pour préparer la calomnie prochaine, que le prince était venu à Paris. La Patrie alijjnail cet enlre-lilet : « Le prince Louis-Napoléon Bonaparte suivait de près la lettre qu'il adressait de Londres le 2Ô à l'Asseiuijlée nationale. D'après des renseignements que nous avons lieu de croire exacts, le prince était il y a deux jours à Paris. Les injonctions de l'autorité, aussi formelles que pressantes, l'auraient forcé à quitter immédiatement la capitale.» Le Mémorial de Rouen du II juin disait que la police avait été informée « que des émissaires de Louis Bonaparte parcouraient la ville dans les plus coupables intentions. Ils cherchaient à corrompre les soldats et les ouvi-iers. » Toutes ces nouvelles, toutes peu précises, tournent autour de l'élection du prince, soit avant, soit principalement après, et viennent du gouvernement, chaque jour plus inquiet. Aucune indication nette n'est jamais fournie. Ce paragraphe, dans les Faits divers de la Démocratie pacifique du i3 juin, en dit long sur l'état d'inquiétude de l'Assemblée : « Plusieurs lettres écrites de Londres samedi, et annonçant que le prince Louis était encore dans cette capitale, étaient montrées aujourd'hui avec une certaine affectation par diverses personnes à l'Assemblée et ailleurs. » Dès l'élection, il est à remarquer que tous les journaux s'occupent, comme malgré eux, de la famille Bonaparte; les « nouvelles à sensations » ne cessent guère jusqu'aux journées sanglantes. Les Sociétés départementales parlent également de lui. Le Journal de la Meurthc signale à plusieurs reprises des affiches placardées à Nancy. Les seuls rapports précis sont de ce genre, ou racontent des distributions de médailles et de prospectus. Quant au reste des indications enregistrées par les feuilles locales, ceci, paru dans le Journal de Rouen du 8 juin, en donne la mesure de vérité : « On dit que le prince Louis-Napoléon aurait été arrêté, il y a trois jours, en conspiration flagrante, et qu'il n'aurait dû son élargissement qu'à la promesse de renoncer au titre de représentant du peuple. On ajoute que la lettre d'avant-hier aurait été la conséquence de cet engagement. » Et la Démocratie pacifique du y rapporte la note de son confrère. Le 21 juin elle a, d'ailleurs, ce fait divers, et ainsi orthographié « Amour! Tu ])erdis Troyes ! — Un de nos amis, en séjour à Londres, nous écrit de cette ville le 18 juin : « Un Monsieur anglais qui connaît très bien Louis Bonaparte m'a dit l'autre jour au Réforme Club (juc le prétendant vient d'entamer une liaison amoureuse, et qu'il ne voulait pas l'interrompre, (rest là, m'a-l-il assuré, la véritable raison du refus qu'a fait Louis Bonaparte d'aller occuper son siège à l'Assemblée. » Le même

ET LA RÉVOLUTION DE 1848 agS

listes protestèrent contre un ^gouvernement incapable et contre une bourgeoisie à la(pielle la peur ùtait tout sens commun ; en parlant ainsi, ils pensaient comme beaucoup. Le Xapoléon avait le droit d'appeler les membres du Pouvoir Exécutil" « les cinq invalides à vingt mille francs par mois ». Il avait le droit non moins strict d'écrire à j)ropos de Glcmenl Thomas : (i Pour n'être général que de la veille, on n'est pas tenu de faire sabrer le peuple de Paris. Ce sont de mauvais états de services que ceux que l'on écrit sur le i)avé d'une capitale avec le sang de ses concitoyens. » — Comment conclure autrement, une fois de plus, (jue par la révolution ? Le Directoire lui-même y était contraint et se préparait à supprimer dans le sang la question sociale, parce qu'il ne l'avait pas résolue. Le Napoléon républicain pouvait se permettre de dire : « Peuple, lorsque tes commis violent leur mandat, souviens-toi du drapeau rouge du Champ de Mars et du courage de tes frères en 1793. » L'Organisation du tra^^ail avait été fondée par un négociant

— comme le journal de Proudhon (i), — M. Clavel ; sice négociant se déclarait ainsi contre une assemblée incapable et soutenait les droits populaires, c'est qu'il démêlait de quel côté se tenaient ses véritables intérêts. Tout le monde était affolé, ceux qui écrivaient dans ces feuilles comme les autres, et ils égalaient le ton exagéré d'alors ; s'ils allaient loin, notamment en

journal aniion(,ait le lO juillet: « M. (Miarles-Louis l{onai)arle, qui n'ambitionnait en France que la présidence de la llcpuhliiiue, se pose coninie prétendant au royaume de Sicile. Il .1 inondé l'Ile de lirocliures publiées en laveur de sa candidature ». Ces éclianlillons

— entre autres — suftlsent à l'aire couq)rendre certaines nouvelles dont se servirent sans contrôle de rajtides narrateurs.

I. Le lie/iri'scntfinl du pciijilc, coiuniaudité par (Charles Fauvety. Voir: A. Uarinion. .1 travers une RéviUiilion, Dentu i8H^, et de Ch. b'auvety, La licUgioii laùiuc, à partir de 187G, Sandoz et Fisbacher.

publiant une liste de banquiers et de capitalistes dont ils analysaient la fortune, la faute en revenait à la tension des circonstances. On juge trop certaines époques déséquilibrées, ou de transition, par des raisonnements faciles pendant une période de calme. Le mouvement se fût circonscrit à la capitale qu'on aurait eu, peut-être, jusqu'à un certain point, le droit d'y voir principalement une manœuvre politique, mais la France entière, bien que moins \iolemment, y prenait part (i). L'Assemblée s'était fait récuser partout. Par son impôt des quarante-cinq centimes qu'elle décréta sans se rendre compte de sa portée, elle indisposa la petite propriété (2) ; elle avait déclaré — le ministre Garnier-Pagès en donnait l'assurance — que la petite propriété, justement, n'en souffrirait pas. La grande seule ne fut pas atteinte, parce qu'elle avait des ressources que la petite n'économisait point. La France, quoi qu'on prétende, est si facile à conduire que l'impôt fut touché d'abord sans peine. La majo-

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