Karl .Marx, déjà cité, p
3. Uc in<:ine, en août. Flocon, après avoir prali(|ué lonle sa vie les sociétés spcréles, déclarera (ju'elles doivent désormais disparaître; légitimes hier, elles ne l'étaient |»iiis: « Vons avez, expliqua-t-il, le yo^^ ernement delà Souveraineté du peuple et il n'y a que de mauvais citoyens qui iiuissent conspirer et combatti-e con-
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quelques gammes à l'adresse de la gauche : « Il faut que les Ateliers Nationaux disparaissent immédia Icment à Paris ainsi qu'en province ; il ne faut pas qu'ils s'amoindrissent, il faut qu'ils disparaissent... On a cru qu'on pourrait ajourner la solution. Il fallait la résoudre immédiatement. On a perdu du temps, il n'en faut plus perdre. Il faut résoudre aujourd'hui même la ({ueslion des Ateliers Nationaux. Si vous ne la résolvez pas, la République périra et la société passera par un tel état de choses que je ne veux pas vous le dépeindre. Le sol, sous vous, est maintenant très miné. J'ai jeté la sonde et je pourrais vous en dire la profondeur (i). »
Les ouvriers répondirent par une affiche : « Ce n'est pas notre volonté qui manque au travail, c'est un travail utile et approprié à nos professions qui manque à nos bras. Nous le demandons, nous l'appelons de tous nos vœux. — Vous demandez la suppression immédiate des Ateliers Nationaux, mais que fera-t-on de cent dix mille travailleurs qui attendent chaque jour de leur modeste paye les moyens d'existence pour eux et leurs familles ? Les livrera-t-on aux mauvais conseils de la faim, aux entraînements du désespoir ? Les jettera-t-on en pâture aux factieux ? Ouvriers appelés à la construction de l'édifice social, organisez, instruisez, moralisez les Ateliers Nationaux, mais ne les détruisez pas! (2). » Des députations
Ire lui. » — Le gouvernemenl, né tles sociétés secrètes, les intonlil ; les anciens convives des anciens banquets réformistes s'ellorcent de les empêcher dans l'avenir en les astreignant à des déclarations et à des demandes d'autorisation compliquées ; les francs-maçons d'hier ne déclarent libres qu'un seul genre de réunions, les réunions religieuses.
1. Pour tout ce qui précède voie : Enquête parlementaire, Le Monilcur, Blanc, Emile Thomas, Garnier-Pagès, Robin, Stern, Castille, L. Gallois, Révolution de i8:}S,tî aoI. Paris, iS5o, t. 11, Victor Pierre, La Goi'ce, etc.
2. Quand les ateliers furent dissous, ils répondirent encore, avec
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essayèrent de faire tléchir le gouvernement et les demandes proposées n'étaient pas exorbitantes. La classe ouvrière priait qu'on l'aidât à s'organiser, que l'enlrepreneur ne pesât plus sur elle autant que dans le passé et qu'une part légilime lui fût allouée parmi les bénélices. Elle consentait donc à rentrer dans les ateliers privés pourvu qu'on l'y protégeât contre une [)uissance sans contrôle.
Rien de tout cela, rien ne l'ut admis. Et Falloux, (jui attisait le feu, de peur que l'on n'en revînt à une plus saine notion de la réalité, proclama la dissolution des Ateliers avant même qu'elle ne fût prononcée. Elle ne le fut qu'après l'insurrection, le 28 juin, par l'Assemblée ; mais le 21 juin, le ministre signait un arrêté qui ordonnait aux ouvriers de dix-huit à vingt ans de s'enrôler immédiatement dans l'armée ou de se tenir prêts à exécuter des travaux de terrassement à la tâche dans les départements qui leur seraient désignés. La République, qui avait déjà renouvelé à sa façon la lettre de cachet pour Emile Thomas, trouvait naturel de restaurer le servage féodal au profit de l'Etat, car l'alternative qui s'ini'posait aux ouvriers était nette : ou devenir militaires, ou travailler à une besogne pour laquelle beaucoup n'étaient point faits, dans un climat dangereux, en Sologne, ou, les industries s'étant arrêtées, mourir de faim. L'afTumation de l'égalité, de la liberté, de
uiw. c(;iluine lof^iquc : « A'^ous venez de pi'ononcer, par la Ixjuclic (l'un de vos vizirs, un décret de proscrii)li()n qui alleinl vinj-l niilii' prolétaires, et vous joij^nez à la cruauté de l'exil l'insulte eu li'ur jetant le pain du mendiant et une aumône de cin(| francs. Trélat, du Xalional, est chargé de cet ordre inhumain et, au moment où nous écri^■ons ces lignes, nous entendons la voix du [leuple, voix <|ui lirise tout dans sa colère, s'cle\"er et prolester contre cette barbarie. Est-ce bien ce même peuple ((ue ^(JUs traitiez Naguère en libérateur du genre humain ? Est-ce bien lui dont vous étiez le vil courtisan?... Il va li-ois mois, la langue était ti-op pau\re pour exprimer ^■os adulations... »
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la fraternité existait bien en grandes lettres sur les •éditices, la réalisation ne s'en laissait surprendre nulle part, surtout dans la vie publique républicaine d'où le gouvernement avait même pris soin de l'exclure. Il n'y avait pas à s'y méprendre, et les ouvriers ne le pouvaient pas ; la mesure gouvernementale contenait un avis et une indication ; l'endroit où on les envoyait aussi. L'imagination aidant, ils pensèrent qu'on les expédiait en Sologne pour les faire flécimer par la fièvre. Le réveil dévoilait un horizon d'autant plus pénible qu'au début cette même république avait exalté chez ces hommes l'orgueil individuel et le sentiment des hautes entreprises. La mesure était absurde car elle comportait le défrichement de terrains incultes avec un salaire de soixantequinze centimes par des individus dont quelques-uns ■étaient bijoutiers.
L'indignation éclata le jour même. Des troupes d'ouvriers parcoururent les rues en chantant la 3Iarseillaise et en criant : « Vive Napoléon ! » L'entente s'établit aussi vite. Rendez-vous fut pris pour le lendemain matin, à neuf heures, place du Panthéon. Quinze cents hommes, environ, s'y trouvèrent, portant leur drapeau. Ils avaient cherché partout un chef. Un des leurs en essaya le rôle, Pujol (i), qui se mit à leur tète et les entraîna au Luxembourg. — Pujol était un illuminé assez ordinaire, mais adroit, très homme d'action, connaissant le cœur populaire «t possédant le sens de la mise en scène. Il comparait le peuple au Christ couronné d'épines, flagellé par les grands de la terre, et cette image, dont il jouait sans ménagement, produisait toujours son effet. Il recommença la tirade avec le même succès
I. Voir sur Pujol, Bulletin de la société d'histoire de la révolii' tion de iS^S, t. I. n° IV.
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Il eut cette i)lirase absurde sur les directeurs, et qui porta : « Ils espèrent réserver les jours d'agonie pour le peuple et garder pour eux les fêtes et les ivresses de l'or ! » Tristes ivresses, auxquelles les directeurs n'avaient véritablement pas le temps de se livrer. — Au Luxembourg, Pujol choisit quatre délégués et demanda audience. La masse attendait dehors la décision du conseil. « Nous ne partirons pas, y disait- on : mieux vaut èlre tué d'une balle à Paris (|uc d'aller mourir en Sologne de la lièvre et de la faim, loin de nos familles. » On murmurait contre Lamartine, contre Thiers, contre l'Assemblée, et on en arrivait ici, également, au mot sinistre : « Il faut en finir »
Pujol fut reçu par jNIarie. « Citoyen, dit-il, avant la révolution de Février... » Marie l'interrompit : «Pardon, il me semble que vous remontez un peu haut ; souvenez-vous que je n'ai pas de temps à perdre. » Comment arriver à un accord, ({uand la conversation débutait ainsi ? « Votre temps n'est pas à vous^ riposta Pujol, il est au peuple dont vous êtes le représentant... — Citoyen Pujol, interrompit Marie pour la seconde fois, très choqué de celte prétention sévère^ nous vous connaissons depuis longtemps ; nous avons l'œil sur vous. Ce n'est pas la première fois que nous vous rencontrons ; vous avez parlementé avec moi le i5 mai, après avoir, un des premiers, franchi la grille de l'Assemblée. — Soit, mais sachez, que du jour où je me suis dévoué à la défense des libertés du peuple, j'ai pris vis-à-vis de moi-même l'engagement de ne reculer devant aucune menace ; vous me menacez donc inutilement. » Marie se tourna vers l'un des délégués : « Pourquoi reconnaître un organe du peuple dans un homme qui a l'ait partie de l'insurrection du 1 5 mai? Parlez, vous, exposez.
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VOS griefs, je vous écoule — Nul ici ne parlera avant moi, ordonna Pujol. — Non ! Non ! affirmèrent les délégués. » Le dialogue persévéra de la sorte. A la fin, Marie admit que Pujol exposât les griefs de la classe ouvrière. « Citoyen représentant, reprit-il alors avec beaucoup d'assurance, avant la révolution de ïi'évrier, le peuple des travailleurs suljissait la funeste influence du capital. Pour se soustraire à l'exploitation de ses maîtres, il lit des barricades et ne déposa les armes qu'après avoir proclamé la république démocratique et sociale qui devait pour toujours le soustraire à la servitude. Aujourd'hui les travailleurs s'aperçoivent qu'ils ont été indignement trompés ; c'est vous dire qu'ils sont prêts à faire tous les sacrifices, même celui de leurs vies pour le maintien de leurs libertés. » Marie ne put se contenir : « Je vous comprends. Eh bien, écoutez : si les ouvriers ne veulent pas partir pour la province, nous les y contraindrons par la force, par la force, entendez-vous ? — Par la force, c'est bien ; nous savons maintenant ce que nous voulions savoir. — Et que vouliez-vous savoir ? — Que la Commission Executive n'a jamais voulu sincèrement l'organisation du travail. Adieu (i). » Elle l'avait, peut-être, rêvée, mais vite incapable et forcée de se reconnaître sinon telle, du moins impuissante, elle ne la voulait plus depuis longtemps. Tout à l'heure, — trop tard, toujours trop tard — des députés iront sur les barricades avertir le peuple qu'il est égaré; mais qui donc l'avait ainsi conduit par les mauvais chemins? Le Parlement n'avait laissé au peuple qu'une seule religion, celle du désespoir.
Pujol fut acclamé quand il redescendit. On le croyait prisonnier. Il raconta le résultat de sa mission