I. Caslillc, t. III
aujourd'hui l'on tous trahit et il faut que la trahison s'éteigne dans le sang de nos ennemis ; elle s'y éteindra, je vous le jure. — Nous le jurons. — A demain, à six heures. » Demain, il les entraînait place de la Bastille et les jetait à genoux autour de la Colonne de Juillet.
Le récit est clair. Il prouve que, malgré les cadres des clubs, un pareil mouvement ne pouvait être Tœuvre d'un parti et qu'il ne résulte pas d'un simple désir de pillage ; ce désir s'y fit jour, mais en demeura la moindre part. De même, en admettant que la petite armée napoléonienne se soit mêlée là encore aux ouvriers, — et les preuves font toujours défaut — les cris de « Vive l'Empereur ! » seraient tombés s'ils n'avaient pas eu leur raison d'être, s'ils n'avaient répondu à aucun sentiment. Il y avait ici quelque chose de très grave, de profondément sérieux. La lutte le prouva ; on ne combat pas comme les insurgés combattirent, sans raison. Aucun plan général, aucun chef unique, — et tout marcha d'une manière formidable. Les lieutenants des sociétés secrètes furent espacés dans l'armée prolétarienne ; ils la conduisirent ici et là (i), mais aidés la plu-
I. La Société des Droits de l'homnie fut celle qui donna le plus; elle comprenait, outre ses troupes et ses chefs habituels, l'ex-yarde républicaine, les Montagnards dissous et certains officiers de la garde nationale, plus nombreux qu'on ne le pense; en elFct, les olhciers élus au Panthéon, au faubourg Saint-Marcel, au faubourg du Temple et au faubourg Saint-Antoine étaient, pour la plupart, des ouvriers. Quand on leur avait demandé ce qu'ils feraient si l'Assemblée devenait réactionnaire, ils avaient répondu : « Nous marcherions contre elle.» Gazette des Tribunaux. — Enquête Parlementaire. — Un club, le Club des Clubs, au Palais-Royal, possédait, aA'ant même le i5 mai, une carte de Paris intliquant les endroits favorables aux barricades, les maisons de coin aux fenêtres propices, les lignes à établir, etc. Beaucoup de sociétés secrètes ou de syndicats révolutionnaires en sont là, aujourd'hui comme hier. — Le lendemain du iT) mai, on fondait des balles au Club des Montagnards de Belleville, mais, par suite de l'instinct naturel qui faisait prévoir la lutte et engageait le gouvernement à la
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part du temps par des hommes qui n'avaient jamais été affiliés, anciens soldats, conlromaîtres, simples ouvriers. Les sociétés secrètes utilisèrent donc sans doute l'émeute en y poursuivant leurs vues pfirticulières, souvent opposées, mais ne la tirent pas naître et ne la commandèrent pas nonplus dans son ensemble. Les ramilications avec la province, avec Lyon notamment (i), viennent d'une sorte d'entente naturelle et des faits. Le peuple se reconnaissait un droit et il se l'exagérait en face de l'intransigeance hostile du gou- A ernement. Le sentiment de ce droit introduisit celui de la discipline et. la nufl, tout se prépara en silence, puissamment, dans Paris. Celte nuit-là, Maxime Du Camp, revenant de dîner aux environs, entendit une rumeur. « C'était une sorte de mélopée sourde qui rcjiroduisait toujours les mêmes notes graves, en mineur, d'une incomparable tristesse. » Voulant se rendre compte, il marcha vers ce l)ruit singulier qui grandissait lourdement : « Une bande d'honnnes, deux mille au moins allant trois par trois, gravissaient les méandres escarpés de la rue Saint-Jacques. Sur leur passage, toutes les ])ouliques se fermaient et des tètes effarées apparaissaient aux fenêtres : ils n'y faisaient pas attention. Ils avançaient en bon ordre, un peu penchés en avant, sans armes et marquant le pas. Tous, sans cris ni clameurs, ils répétaient hi même j^hrase, à (lemi-vtux, sui- un mode higubre : « Du j)ain ou du plomb ! Du pain ou du plomb 1 » C'était sinistre (2). »
préparer aussi de son côté. Répélons-le, loul le monde se rendait compte qu'il fallait en arriver là. La bourgeoisie disait aux soldats : « Vous avez été honteusement désarmés en février, il faut laver cette injure dans le sanjc ». L<; '.oiistilntionnel et LWssctnbléc .Vr;//onrt/e délayaient quotidiennement di- la lillératiire féroce contre la classe ouvrière qui osait se i)rélcndre malheureuse.