‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 137 sur 149 · Taxile Delord, déjà cité, t. l · texte numérisé non relu

Taxile Delord, déjà cité, t. l

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vraisemblance de celles-ci. Si nous conservons le récit, malgré ce qu'il présente en soi d'assez dilTicilenient acceptable, il ne s'ensuit pas que Louis- Napoléon ait connu Lahr ni favorisé son embauchage, ni que cet embauchage ait existé, car, là encore, les preuves manquent Ion jours ; si nous nous permettons celte seconde hypothèse — et elle est bien aventureuse — le comité napoléonien est-il responsable de tous les actes de son agent? En fin décompte, au cas que cette hypothèse persiste, Lahr a pu être embauché avant l'insurrection, puis s'être jeté dans la bagarre de lui-même, sans le moindre mandat. Celte accusation repose donc sur des données chancelanles et ne possède pas une valeur assez évidente pour subsister. Lahr avait été soldat dans un réghiient d'artillerie en garnison au fort de llam et y avait reçu vingt francs du prince pour acheter des pipes et du tabac ; la conmiission faite, le prisonnier lui avait dit de garder la monnaie (i). Doit-on réellement voir là une Icnlalive d'embauchage ? Même en supposant qu'elle ait été' renouvelée et entretenue depuis par des intermédiaires, l'instruction entreprise contre Lahr n'en a pas découvert les traces,

La seconde accusation au sujet de Luc nest pas meilleure ; elles essayent de se consolider l'une par l'autre, et sans ([u'aucune d'elles, soit séparées, soit ensendjle, ne porte. Tout le monde, en ellel, élait à même de posséder des portraits du prétendant à la suite des distributions faites sur le boulevard. Luc, en qualité d'honnne du peuple s'occupant activement de polilicpie, avait pu garder le portrait, par intérêt ou par curiosité, ou encore par négligence. Quant à la Icllre, il semble un peu simple de faire

I. Louis lîlaiic, Le XoiU'naii Momie. — Taxilc i)r\(}i\\, llisluire du Second Empire, t. 1, p. io5.

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observer qu'elle n'était pas partie et portait, de plus, une fausse adresse ; si son contenu avait été de nature à discréditer de quelque façon que ce fût, même à peine, la cause napoléonienne, le gouvernement n'eut pas manqué de l'utiliser ; il ne la publia point ; mieux encore, il ne range même pas Luc dans le « parti napoléoniste (i) » ; car l'accusation ne vient que de Louis Blanc (2).

En dernier lieu, quel intérêt Louis-Napoléon et ses amis avaient-ils à faire tuer Bréa? Arrivés à ce point, nous touchons à l'absurde. Lalir put lire tout le premier, surl'épéedu général, après le meurtre : « Donné au brave de Bréa en souvenir de la bataille de Waterloo (3). » — Les preuves mises en avant, et que Blanc déclare « trop nombreuses, trop frappantes pour que le doute soit possible » (4), demearent minces, en dépit des efforts tentés afin de leur valoir plus de poids. Dans ce but, il apprend que le soirdu22 juin la candidature du prince fut posée pour le grade de lieutenant-colonel dans la 12" légion et que ceux qui s'en faisaient les propagateurs agissaient en vue de la lutte prochaine. Cela est possible, quoique douteux quant à l'intention, car comment faire revenir Louis Bonaparte volontairement exilé, et quel intérêt eiit-il eu à ce grade qui le mettait dans la plus fausse des situations au moment de l'émeute? Cela peut aussi ne pas l'être et ne point nécessairement prouver une intrigue. Louis Blanc tient le fait d'un M. Dupont, compétiteur de l'exilé à ce grade et son ennemi politique. Cet aveu loyal au sujet de qui l'a renseigné nous vaut un nouvel élément de défiance en face des paroles accusatrices

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