‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 143 sur 149 · Klli" a élu la plus gciicralL'monl admise · texte numérisé non relu

Klli" a élu la plus gciicralL'monl admise

avait ordonné, de nouveau, la plusslricte réserve. Il continuait de recevoir un volumineux courrier, des propositions à l'infini, des conseils ; des hommes de tous les horizons politiques se rabattaient autour de lui comme vers le seul avenir possible ; des républicains s'offraient « à faire ses affaires à Paris » (i). Un de ceux-ci, journaliste, avait accompli le voyage de Londres pour lui proposer de mettre à son service un organe influent de l'opinion démocratique. Après plusieurs entretiens, la réponse (2) du prince avait élé catégorique : « Dans la position qu'on m'a faite, je ne dois fournir aucun aliment à la haine et à l'injuste défiance de mes adversaires. Le silence, l'oubli même, voilà ce qu'il me faut maintenant. Je vais faire le mort et mes amis feront bien de m'imiter. Nous nous montrerons plus tard, mais aujourd'hui, pas de bruit, pas d'articles de journaux, pas de lutte : la discussion serait contre nous. Laissons dire, laissons passer ; c'est ici le cas où trop de zèle compromettrait tout ». — Ces paroles lui sont peut-être attribuées, mais le sens en est exact. Louis-Napoléon voulait toujours attendre. La solution napoléonienne combattait pour lui, cheminait sans avoir besoin d'être aidée. Ce qui suivit les journées de Juin ne pouvait que la fortifier encore.

La répression fut féroce. Les très rares humains qui gardèrent un peu de générosité en furent attérés, et longuement, car elle dura. On a parlé de celle ({ui suivit le deux décembre ; on a trop oublié celle qui nous occupe. Elle acheva d'enseigner la haine à la classe prolétarienne et à l'armée révolutionnaire. Englobés dans les mesures de sûreté, les Polonais

I, 2. Paul Lacroix, Histoire politique, anccdotiqiie et populaire de Napoléon UI, de, Paris, Diiiour, Mulat et Boulanger, i8o'3, 4 vol.

ET LA llÉVOLL'TIOX DE 1848 34"

lial>ilanl Paris furent soumis à une sorte d'inquisition, alors que la République avait commencé par proclamer l'évangile des peuples. Towianski, accusé d'avoir élé vu sur les barricades et mis en prison, eût été déporté sans l'intervention de la Icmme de Miekiewicz. Sa présence sur les barricades était pouilani impossible à soutenir car il ne demeurait [)as à Paris au moment de l'insurrection, mais en Suisse, et n'en était revenu qu'au début de juillet (1). Est-il nécessaire de rappeler les conseils de ^'•ucrre trop rapides, les fusillades sommaires, les condamnations aux travaux forcés et à la déportation? Le mot de « terreur bourgeoise » (2) dont on a baptisé cette i)ériode est exagéré, mais pas autant ({uon pourrait le croire ; il exista réellement alors un paroxysme de peur qui entraîna aux excès ; on fut persuadé que la société tout entière avait manqué disparaître. La province, terri(lée, déversa vers la capitale une armée vaudevillesque aux armes étranges, coiffée de cascpics ou de bonnets à poils aneestraux, brandissant d'énormes fusils (3). Ces braves gens étaient sincères, eux aussi ; leur comi(|ue, (Qu'ils ne sentaient naturellement pas, en fournit la preuve et permet de saisir une des faces de la question. Le gouvernement utilisa

r. Ladislas Miclcicwicz, Adam Miekiewicz, déjà cité,]). a'W.

2. l'ii article (le la Neiie rheinische Zeitung que cite JMarx(p. 'V)), Iticn (jiic i)artial, ik; iiiaïKjUL' pas de justesse dans son enseniljlc : « (^e <|ui restait ollieiidlenienl de la rcNolntion de Février, la (^duiniission l-Lxéculivc, s'est évanmii ei^niine une ondiie devant la gravité des eiiconstances. Les l'eux tl'ai-tilices de Lamartine sont devenus les fusées de (^avaignae. L'expression réelle, sineère, prosaïque de la Iraternité entre les elasses opposées dont l'une exploite l'autre, de celte fraternité |)roclaniée en février, inscrite en grandes lettres au front de Paris, sur chaque prison, sur chaque caserne, celte fraternité, c'est la guerre civile, la guerre civile sous sa fornu; la plus épouvantahle, la guerre entre le travail et le capital. »

i. .Slaxiine Du (^aiup, déjà cité, Stern, etc. Les journaux ; — l'h. de Massa, SoiU'ciiir.s cl iiitprcssiuns, (]alniann-Lé\y, 18^7, i \()1.

sans pitié cette inquiétude de l'esprit public ; il ne comprit pas la mission pacificatrice qu'il avait à remplir ; il pensa même s'attacher le pays en répondant à son ressentiment. Il oubliait que les gendarmes, appréciés au moment du danger, font sourire le lendemain et que le bourreau, même nécessaire, est toujours tenu à l'écart. On ne pardonnait pas à la République d'avoir laissé venir l'orage ; on rejeta, dès lors, sur elle, la responsabilité des mesures prises pour arrêter le danger ; jamais la France, dans son ensemble, ne l'avait admise véritablement ; pressée, forcée par l'émeute, elle l'adopta ; aussitôt le calme revenu, elle commença de la maudire.

Le public se plaçait vis-à-vis de l'Assemblée comme TAssemblée vis-à-vis de Cavaignac qu'elle avait subi pour se faire défendre; elle aussi l'avait poussé, contrainte par les circonstances ; la besogne faite, elle le supportait parce qu'elle le jugeait trop honnête pour prendre le pouvoir, insuiïisamment politique pour y voir clair dans le rôle qui lui avait été assigné ; elle se disait également qu'il ne possédait rien de ce qui permet à un homme de se rendre populaire et. en cela, elle avait raison. Cavaignac ne risquait pas de tromper ceux qui mettaient en lui tant d'espoir. Sou orgueil et sa solitude — deux vertus avec lesquelles il convient de savoir jouer de temps à autre afin qu'elles ne deviennent pas dangereuses — lui nuisaient, au lieu de le soutenir ; forcé, d'autre part, à une certaine sincérité intérieure jiar la ditTiculté des questions à résoudre, il reconnaissait peut-être tout ce qui lui manquait pour avoir le droit et la possibilité d'agir. Il savait qu'il ne possédait pas, bien que dictateur, de pouvoir réel, mais, outre le sentiment de sa faiblesse politique, il se disait que, pour conquérir la puissance, il fallait tou-

ET LA K t:\OLLTION DE iS^S 349

cher à celte iiitanj^ibililc iéi)ul)licaiiie dont il respectait le principe, piiiicipc dans lequel il voyait, comme pendant l'énieule, le roc du devoir, — du devoir étroit qui était le sien et qui pouvait l'être seul. Il souffrait de celte posiliou laussc. « Mon pouvoir n'est point aussi Tort (jue vous le su[)posez, avail-il dit à Caussidière ; la majoiilé de l'Assendjlée conduit loul. Je ne suis qu'un instruincnl entre ses mains. Avant quinze jours, je serai use. Du reste, vous voyez que je vais peu à l'Assemblée et que je ne fais rien pour me maintenir au poste que j'occupe, (i) » Ces paroles^ sont presque certainement véridiques ; elles ne résultent pas de quelque ruse ni de la prudence, et l'attitude du général à l'égard de Caussidière après celte conversation montrerait plutôt qu'il les regretta. Elles laissent apercevoir riionncle homme que fut Cavaignac, le fond d'indécision personnelle et même d'apalhie qu'il cachait sous sa dureté de langage comme sous son masque atrabilaire, son incapacité douloureuse à agir seul, de son plein et unique chef, sans qu'un ordre lui fût donné. Les meilleurs militaires en sont là devant une assemblée, en face d'un pouvoir que leur àme d'obéissance, foncièrement loyale, indolente aussi de ce côté, leur ordonne de respecter, et cette réserve forme une partie, la plus précieuse, de leur honneur ; mais la mêlée actuelle réclamait plus qu'un général, même excellent ; il fallait un homme d'Etat. Cavaignae ne l'était d'aucune façon. Il eût peut-être esquissé quelque tcnlalive, malgré tous ses scrupules, si son inlcUigcnce lui eût fait saisir l'accord à essayer et le terrain du droit qui lui était nécessaire ; mais cette découverte demandait une largeur de vues que sa rectitude un ])cu sinqjle

Page 1