‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 144 sur 149 · I. Mémoires de Caussidière, déjù cilc, t. II · texte numérisé non relu

I. Mémoires de Caussidière, déjù cilc, t. II

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redoutait trop pour se permettre, surtout parmi de telles contradictions, puis, dans la lutte qui devait suivre, une finesse, une persévérance et une flexibilité à la fois souple et rigoureuse qu'il savait, — je persiste à le croire, — plus ou moins ne pas posséder. Il reconnaissait aussi qu'en s'isolant sur place, tout en accomplissant un devoir absolu, il n'exécutait pas, néanmoins, tout son devoir véritable ; son langage à Caussidière permet de penser (pi'il avait reconnu la nécessité d'un coup d'Etat Une fois à ce point, la difTiculté se compliquait encore pour hii parla besogne qu'il devait entreprendre contre l'Assemblée : il tenait tout d'elle, n'existait qu'à cause d'elle et la confondait avec le gouvernement qu'elle se trouvait être ou conduire, en effet, par sa majorité : elle figurait à ses yeux le véritable, le seul gouvernement actuel de la France. — La nécessité du coup d'Etat apparaît évidente, indéniable. Dès que l'insurrection est finie, le 26, un républicain convaincu et sans tache. Bastide, vient trouver Cavaignac et la lui met sous les yeux. « Mon cher enfant, répond le général, en se servant d'un de ses mots favoris, si je faisais ce que tu me demandes, j'autoriserais dans l'avenir n'importe quel ambitieux à fomenter une émeute, à se faire déléguer le pouvoir pour la réprimer et à le garder indéfiniment, sous prétexte de salut public ; je ne donnerai un tel prétexte à personne, (i) » Et plus tard, quand l'heure de ce coup d'Etat sera passée pour le parti du National, un des anciens ministres de Louis-Philippe auquel Cavaignac avait jugé bon de rendre un portefeuille, pour plaire au tiers, Dufaure, dira: « Ne savez-vous pas que tout gouvernement de minorité conduit à la dictature ? »

I. Maxime Du Camp, déjà cité. — Encyclopédie moderne, t. VII. article juin. — Mémoires de Bastide, etc.

Lu t'onU'iiiporain, ([iii [)ubliail en 1847 une étude sur Cromwell (i), n'a j>as craint d'avancer que le général était un sot (2). — Il existe des monïents particuliers, certaines transitions, où s'en tenir au seul devoir journalier, naturel en temps de paix et de rèi,dc, et n'envisager (jue ce devoir seul, est l'aire preuve de sottise, ou même de plus. L'Assemblée le pensa. Edifiée sur son manœuvre lorsqu'il remit noMeuient le pouvoir entre ses mains, elle s'empressa de le lui conlerer de nouveau. Armand Marrast couronnait son triomphe et celui des siens (3). La Constitution pouvait enfin être tentée. L'Assemblée ne se rendait pas compte que la guerre civile l'avait blessée à mort. Quand la céréuionie en l'honneur des victimes fut célébrée sur la place dite de la Concorde, [)rcs de l'obélisque fatidique, elle ne se montra pas avertie davantage par la froideur compassée des assistants. Pas une blouse parmi la foule, alors cjue tout le monde, en uuii, affectait d'en porter. Le Parlement était tout à sa victoire. Comme le roi des Français, connue ses ministres, comuic leurs émules, comme les dictateurs successifs, il ne voyait plus le pays ; il ne distinguait que sa polili(jue personnelle. — Parce qu'il existe à cette heure souveraine, il croit avoir réalisé la révolution de iH'fB, alors que partout souflle, grandit, comiuande un mouvement réactionnaire. La majorité de la société française [X'use aux anciens gouvernements, à lii monarchie, même absolue ; écœuré, fauché sans

\. Olhicr (Iroinwell, sa vie prh'éc, kIc, pai- IMiilarilc Ciliasles, Taris, .Vniyol. iS'Jy.

li. Mriiioin's, t. II, déjà cilé.

■}. l'i-ouilhoii a\'ail <l»'voilé la lactiijup du [>arli. (lonsiiltcr Le Ilt'f)ri'senfatit /lu peiifile du !."> août iH\H. I/arlicle est la jiisli'sse im'iiir. (;a\ aij,'nac, cl siirloul ceux (lui s'en servaient, ne le lui pardoiinèicnl [»as.

pitié, le peuple, auquel on avait promis le pardon el qui a dû subir la vengeance, ne veut plus s'occuper de rien ; son désespoir morne avoue sa passivité, et qu'il laisserait faire. De part et d'autre, les rêves s'oublient, les désirs d'entente disparaissent ; ni la bourgeoisie, ni le prolétariat n'osent plus croire à l'avenir. Tout est nivelé, enterré, et l'intelligence humaine, arrêtée, retourne en arrière. Le pays éperdu recule plus loin que sous Louis-Philippe (i), jusqu'au début de la ivestauration. Là, sur cette frontière, reprenant haleine, permettant à un dernier espoir de l'effleurer encore, il interroge l'horizon où tomba l'aigle de Waterloo et retrouve ce qui l'a soutenu déjà, malgré l'eflort de ses maîtres bourboniens, à travers tant d'épreuves, l'espérance d'un pouvoir libérateur et conciliateur à la fois. Les événements le conduisaient ainsi où l'avait déjà mené son instinct secret.

Le gouvernement ne cessait de fournir Texemple des mesures arbitraires. Après avoir déjà voué à la mort des milliers d'hommes au nom d'un idéal plutôt douteux, mal interprété en tout cas, il supprimait sans commentaires de nombreux journaux ; en frappant La Presse et en emprisonnant son directeur (2), il se gratifiait d'un terrible adversaire, qui ne pardonnait pas ; il en faisait même, en quelque sorte, cadeau à Louis-Napoléon. Dans cette circonstance, Cavaignae,

1. En septembre se placera le fait suivant : « Un débiteur proposait à son créancier de lui faire un l>illet ///i république. » — « Je neveux pas pas, lui dit l'autre, vous mettre le couteau sur la gorge, je vous donne deux mois. » On a mis ce mot dans un vaudeville où il a été fort bien accueilli. Un seul silTlet s'est fait entendre. Un grand monsieur s'est levé et a dit gravement : « Est-ce que, par hasard, il y aurait ici un républicain ?» J. d'Eslourmel, Derniers souvenirs, p. 827, déjà cité.

2. Girardin. Journal d'un journaliste au secret. — Mémoires du docteur Véron, t. VI.

poussé par Marrast, perdait toujours du terrain. Il irritait aussi en maintenant sans nécessité le rég-ime de Tabsolutisnie militaire par la prolongation de l'état de siège pour un temps indéfini. Il blessait en décorant avec une ostentation exagérée un trop grand nombre de soldats courageux contre les barricades. La garde mobile, fêtée d'abord par la bourgeoisie, puis rejetée, presque aussitôt, par elle, se réjouit seule de ses croix ; l'armée, en général, n'en ressentit aucune fierté et beaucoup refusèrent la décoration, surtout parmi les troupes de ligne, ce qui montre bien l'esprit parfait dont elles étaient animées ; il fallut, pour faire accepter le ruban rouge, que Changarnier en appelât au principe de l'obéissance (i). Le dictateur ne s'attachait même pas ainsi la seule force sur laquelle il put sérieusement compter ; sans prendre encore i)arti, l'armée ne l'aimait guère et le mêlait aux hommes du Palais Bourbon. Enfin, après avoir laissé mettre en accusation Caussidière et Louis Blanc, il précipite les débats le jour de leur jugement ; il jette son épée sanglante dans la balance et, par la hâte qu'il manifeste à voir tout se conclure, se déclare trop avant une justice déjà partiale, rendue qu'elle est par des députés intéressés. En cette occasion encore, il n'agissait pas, probablement, que de lui-même ; par son moyen, plusieurs hommes achevaient de servir leurs rancunes ou leurs appétits, car de pareilles ambitions n'en sont pas {-2).

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