‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 15 sur 149 · Idem, p · texte numérisé non relu

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2. Leur entente fut mauvaise et ne parvint pas à s'établir. Il y avait trop de chibs, trop de sociétés diverses ; chacune se voulait prépondérante ; néanmoins, la révolution une fois faite, elles s'évertuèrent de leur mieux. Louis Blanc, par exemple, qui était maçon, ignorait, ou voulait ignorer, Blanqui. Voir : Blanc, Histoire de la Révolution de 18^8, déjà cité, t. I, p. 296. Blanqui aspirait à dépasser la maçonnerie et le simple décor révolutionnaire. De Doullens, en novembre 1849, dans une lettre, il reprochait à ses adeptes de ne pas se montrer sutlisamment novateurs et de se perdre en aoulant ti'op imiter l'ancienne révolution. « Laissons là le bonnet rouge, les triangles maçonniques et tout le bagage fantasmagorique de l'illuminisme. y>Les Veillées du Peuple, journal mensuel de la démocratie, novembre 1849. Une autre phrase devait déplaire au (Irand Orient: « Ajoutez que le protestantisme est notre contrepied le plus absolu et que nous devons nous garder de tout contact avec cette religion de l'égoïsme et de l'individualité. La liberté n'est pas l'égotisme et l'avarice... » Proudhon, qui, pourtant, était franc-maçon, se j^laint aussi que l'on demeure enlisé dans les routines révolutionnaires et réclame des hommes jeunes. Voir: A. Darimon, A travers une Révolution, Dentu, 1884. Le Grand Orient eut, en 1848, un rôle excessivement prudent, très calculé. 11 est même assez difficile de connaître son action. On la saisit ici

eut le li'istc couraj^e d'appeler une bonne aubaine(i). » On sonne le tocsin, on pille les boutiques d'armuriers, on complète les bairicades.

Le tombereau, pendant sa promenade, a repassé devant le National. Armand Mai-rast est remplacé par Garnier-Pagès, la camomille après le tlié au cognac. Le ton a natuicllcment changé ; le National, tout à riunne menaçant, ses menaces ayant maintenant porté leur IVuil, épouvanté du résultat obtenu, est devenu tout à fait pailisan du calme, et son nouvel orateur prêche raj)aisement : « Le malheur qui nous frappe ne peut être attribué qu'à un malentendu. De grâce, rentrez chez vous, ne troublez pas Tordre. Il y a un coupable ; justice sera faite. Nous obtiendrons <[ue le gouvernement prenne soin des familles des victimes. Mais renoncez à cette démonstration qui peut amener des malheurs plus grands. » Le peuple se fâche en entendant ces étranges paroles ; il ne comprend plus rien à ses premiers meneurs et, logi-

et là, puis elle échappe. Sur les médailles frappées du 22 février au 20 décembre, on en relève environ cent neuf où apparaissent les signes mavonniques. Voir: Soiwcnirs nuiiiismati<iiit'N de la Rih'olution de 18^8. Paris, llousscau s. d. Des médailles à signes maronniques glorilient à la fois les martyrs île juin et Cavaigiiac ; on remar([ue également le triangle sur une médaille de Louis-Napoléon. Les insignes pour la boutonnière furent nombreux ; les soldats de la garde mobile en portaient un au commencement de mai, un bonnet phrygien au-dessus d'un écusson aux couleurs nationales où pendait nn petit triangle, beaucoup de brochures arborent aussi l'équerre avec le (il à plomb ou le compas: L'Alnianacli du l'cuple, le Projet de eonstitulion présenté à l'.Vssemblée Nationale par A. Billiard, Ln vérité aux pcij-.sfiiis, aux ouvriers, aux soldats, par Th. .Murel, Le mot d'ordre, L'organisation du travail par llamon de la Sagra, etc., etc.

1. .M. Du Oanq), déjà cite, p. -o. — Dclaliodde. malgré la liaine probable cpi'il porte à ceux cpi'il a trahis et par li'scpicls il a été, ensuite, déuiasrpié, ilil catégoriquement : «Tous les préltuduschefs, les (kiussidière, Albert, Flocon, Sobrier, .Marrast. étaient plus <pie jamais des individualités itcrdues dans les événements; la rcNolntion glissait cl s'avançait d'elle-même dans la mare du boidevard. »» L. de La Ilodde. La naissanee de la République en février 1848. l'aris, iV>:>o.

que, se détourne d'eux, comptant bien en découvrir d'autres. Il les trouve à la Réforme. A la fenêtre, apparaît la figure bilieuse de Flocon, « La satisfaction sera terrible, s ecrie-t-il. Faites voir à toutes les familles l'épouvantable ouvrage qui vient d'être fait, et que l'exécration publique anéantisse la tyrannie ! » Le tombereau s'arrête enfin à la colonne de Juillet. 1848 communie avec i83o par le baptême du sang. Cent mille hommes travaillent dans l'ombre à fortifier la révolution en marche. Le roi des barricades accepte la retraite de M. Mole que la grandeur des circonstances effraye, charge Odilon Barrot et Thiers de former un ministère nouveau, — livre ainsi, en ne faisant que du parlementarisme, la ville au désordre ; et ses troupes se replient sur le Palais Royal et la place de la Concorde. Les nouveaux ministres, surenchérissant sur leur maître, donnent l'ordre de cesser le feu : ils annoncent qu'ils vont dissoudre la Chambre. Aux Tuileries, le grand mot a déjà été prononcé : « Il est trop tard ! » Il n'y avait qu'à décréter l'état de siège. Mais la capitulation continue. Bugcaud a beau prévenir le roi qu'il est perdu s'il n'agit au plus vite (i) ; la population des faubourgs se fâchant de ce que

i.Bugeaud, au retour de la reconnaissance qu'il avait faite dans Paris, vint avertir le roi: « Sire, lui dit-il, c'est une insurrection organisée qui a saisi un prétexte pour éclater, la garde nationale est dupe, elle refuse de s'opposer au désordre, il faut concentrer l'émeute dans les quartiers populeux ; pour cela, il faut, depuis le Louvre jusqu'à la Bastille et les boulevards, depuis la Bastille jusqu'à la Madeleine, se ménager une ou deux grandes communications intermédiaires par les rues Richelieu. Montmartre, Saint- Denis et du Temple, bloquer l'émeute dans ces différents pâtés; les gardes nationaux, fatigués, l'anéantiront eux-mêmes. — Je défends de tirer sur le peuple, dit le roi. — Eh bien alors, Votre Majesté est f..., reprend le maréchal. — Le maréchal rentra à l'état-major, pâle décolère, et raconta cette scène. Je revenais de porter un ordre au centre de Paris, nous étions une vingtaine dolliciers autour de trois ou quatre tables... » Lettre du capitaine Amédée du Paty. — Coll. A. L.

ET LA RÉVOLUTION DE 1848 Sj

Buffcaud soit généralissinic, Thicis le renvoie, ne prévoyant pas que son tour va venir. Odilon Barrot partage celte insouciance. Rempli de lui-même et sur de son pouvoir, ravi de jouer un rôle (juil imagine d'avance prépondérant, il sort pour caluier l'émeute, accompagné d'Horace Vernet en colonel de la garde nationale, chamarré de plaques et de cordons. A cheval tous deux, ils [)résenleiit un spectacle assez déplaisant (i). Ils parlent, ils exhortent sans obtenir grand succès. Acclamé un peu. Odilon Barrot est bientôt arrêté. On crie : « A bas Louis-lMiilippc ! » A l'extrémité du boulevard Bonne-Nouvelle « une volée de pierres et d'injures (2) » l'avertit qu'il a déjà fait son temps. 11 revient à travers un silence hostile. Horace Vernet partage sa disgrâce. Ainsi, pendant ([uinze ans^ ce centre gauche n'a cessé d'aboyer avec harmonie contre le gouvernement pour arriver à être, d'abord, le ministre d'une nuit et d une courte matinée. D'un cou[), de libéral, il devient réactionnaire. Et il rentre apprendre au roi, devenu son ami forcé, (|u'au moment où il vient d'en recevoir un portefeuille, le peuple le lui a interdit.

Sur le boulevard, une sorte de troupe passe devant le magasin du confiseur Boissier. Les insmgés y ont une allure toute militaire; plusieurs portent le costume des équipages de la flotte. Ils défilent en bon ordre vers la rue de la Paix. En tête, un tambour <lc la garde nationale roule la charge. Arrivée place N'endôme, la colonne s'arrête; les tambours battent au chanq) ; on présente les armes ; on agite les casquettes et une immense acclamation monte vci's la statue de bronze :

1. M. Du Camp, p. Xi . « On ne ri pondait fîuiTc ; qiuMipn's-uns^ riaient, d'autres haussaient les t'imules ; l'iniitression générale était sévère. »

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