‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 28 sur 149 · Tinizot, De In Révnlntinn en France, 1809, Masson, Paris · texte numérisé non relu

Tinizot, De In Révnlntinn en France, 1809, Masson, Paris

2. Au lendemain niêine de la révolution. Déranger disait à Marrast : « Je crains moins la diiréreiice de vos opinions que la ressenil>lance de vos ambitions. » Daniel Stern, déjà cité, t. I, p. 4i.

i. Proud'hon le distingua nettement el.de suite, il accusa le gouvernement, dans Le Iie/>réscntont du [)i'ii/)le, de niarclier, sous le nom de république, à une reslaïuation bourgeoise au prix de quelques f'a\('urs accordées aux idées sociales. Caussidière, dans la préface de ses M('tnoii'es{{. I, j». "i). parus en 18^9, dit de la révolution qu'elle est « déjà presque ciracée ».

4. La théorie <lu gouvernement provisoire est la théorie même <le la société Aide-toi le ciel t'aidera. Klle disait : « Un gouvernement provisoire s'établira par la force de la uécessilc comme cela

mêmes, d'un côté l'opposition libérale, dite, injustement, dorée, de l'autre, l'opposition dite, injustement aussi, populaire, toutes deux issues de la bourgeoisie, sauf deux de ses membres, un ouvrier et un poète, la première employant pour agir dehors des gardes nationaux et des délégués, la seconde ses sections et les sociétés secrètes. Contrainte à une suspension d'armes, leur rivalité ne cède que momentanément (i) ; à peine le gouvernement que l'une et l'autre reconnaissent provisoire (2), afin de mieux s'entendre, établi, leur désaccord recommencera, et elles entreront en lutte immédiatement pour la possession du pouvoir définitif qui émanera d'elles. Le peuple sera mis une fois de plus de côté. A cause de cet éloignement systématique, faute d'avoir trouvé, dans quelque parti que ce fût, l'homme qu'il cherchait, il acceptera le principe nouveau, dominateur de tous les autres, qui recueillera de lui-même, plus tard, les suffrages désorientés ; en nommant un Napoléon, il aura le sentiment de se valoir une revanche contre les politiciens.

Parmi tous les apprentis, quelques-uns éternels, élus dans l'otïicine de la Réforme, aucun ne possède une valeur executive. Vainement on interroge ces noms rapides : Dupont de l'Eure, François Arago, Ledru-Rollin, Flocon, Marie, Marrast, Grémieux, Gar-

se fait tous les jours, et sauf la raliiicalion du peuple. C'est comme si mille personnes tombaient tout à coup clans une île isolée ; quelques-unes prendraient le commandement provisoire, sauf à faire ensuite approuver leur pouvoir et leurs actes par tous les naufragés. » Les trois dialogues de Maître Pierre, Paulin, i833.

1. L'entente ne fut même jamais complète. Les hommes mis en avant par les deux partis n'arrivèrent pas à créer une autorité eflicace. Parce qu'ils ne parvenaient pas à s'entendre, ils se partagèrent le pouvoir.

2. Ce sera le perpétuell^mot de Thiers à partir de 1871 jusqu'à l'établissement déiinitif de la l'épublique.

nier-Pagès, Louis Blanc (i). Cet aréopage trop littéraire est applaudi par la i'raclion du peuple massée dans la cour humide et boueuse du journal, mais, les jours suivants, le peuple ne cesse de reconnaître son erreur, ou plutôt, l'erreur qui lui a été imposée par des hommes nommés sur leur propre mandat (2). De quel droit ? Ce directoire se constituait tout seul, avant d'avoir interrogé la France, ce qui était admissible dans un cas grave, sans l'interroger davantage par la suite, ce qui le paraissait moins. De quel droit, enfin, proclamait-il lu liberté ? Il allait peser sur le suffrage universel, sous prétexte de le régler ; il allait en détruire sa base la plus logicjue, arrêter son développement, inévitable un jour ou l'autre , au moins comme essai : le droit, pour la nation, de nommer un chef exécutif, après avoir nommé les chefs législatifs. Le droit du peuple, c'est-à-dire, en somme, le droit de la majorité, est nié, aussitôt que proclamé, par ceux qui s'en prétendent les dépositaires. Le droit de ce gouvernement même existe*t-il davantage ? On le cherche en vain. Comment s'étonner,

i.Tous sont principalement des hommes d'o[)position et l'homme d'opposition, malgré que le résultat de la halanee politiciue soit généralement de le faire; aboutir par la suite, un joiu- ou l'autre, au pcnivoir, n'est pas de ce fait, un homme de gouvernement ni ne le devient à volonté. — Marrast avait trouvé la formule même de l'opposition : « Quand l'Ktat est jeté dans le ehaos par les chefs eux-mêmes, chaque citoyen rentre dans le droit de son individualité et la guerre civile est déclarée par le pouvoir lui-même. Qui l'empêchera, ainsi que le peuple, de se lever [>ar masse ? Envahir la place publique est la sauvegarde la plus précieust; du droit d'association :« Quand le droit est violé dans la légalité, c'est dans « les faits qu'il faut en puiser de nouveau la source. » La Tribune, t. II.

â. Le gouvernement provisoire sentait sa situation. Sa première proclamation, insérée au Moniteur, est ainsi foinnilée :« In gouvernement provisoire, sorti d'acelamati(jns et d'urgence par la voix du peuple et des députés d<'s d(''j>arlemenls dans la séance du a', février, est investi moinentani-ment du soin d'exercer et d'organiser la i)osilion du peuple. » Paris n'apprit pas alors la nouvelle sans surprise.

cela étant, que Paris demeure en armes (i) ? De plus, « l'impcrilie gouvernementale devait résulter de cette impuissante mixture de noms si diversement nuancés. Cela ressemblait trop à un dépècement du pouvoir par des ambitions secondaires. On ne sentait là personne qui eût le nerf d'un Cromwelloud'un Robespierre, qui dût absorber les individualités extérieures et imprimer au gouvernement de la République une forte impulsion (2). » Dès le début, le peuple eut le vague instinct qu'il n'était guère de cet amalgame singulier et voulut y avoir un représentant. Il fit ajouter Albert. La rédaction ratifia. P]lle savait l'insignifiance du contre-maître, ses facultés restreintes, sa loyauté courageuse et sans élans personnels. Le peuple les ignorait ; il croyait à la valeur de son élu ; il ne possédait pas mieux sous la main. Les francsmaçonneries diverses, — qui ont été si souvent un des moyens dont se servit la bourgeoisie pour exploiter la masse (3), utilisant au profit de leur église invi-

1. « Alors le peuple, interrogeant le passé de ces hommes qui s'étaient faits ses chefs et éclairant leurs résistances et leurs scrupules de la triste lueur de leurs antécédents, remarquait avec effroi que pour quatre voix amies qu'il comptait dans ce conseil, il en trouvait huit ennemies et suspectes... La victoire allait-elle donc s'évanouir comme en i83o ?... Le prolétariat devait-il enfin trouver une patrie sur ce sol fécondé par ses sueurs ?... A ces questions palpitantes, le sentiment populaire s'exhalait des groupes en gestes menaçants et en formidables murmures : « Si nous ne voulons pas tomber dans de nouvelles déceptions, veillons sur ce gouvernement et veillons en armes ! » Les Veillées du peuple, etc., nov. 1849, Paris, rue Mazarine. Article : Les premiers pas de la réaction.

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