‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 3 sur 149 · Histoire des Girondins · texte numérisé non relu

Histoire des Girondins

sinaïtique sur les têtes rouges et exaltait les cervelles de rhétoriciens en rappelant la phrase fameuse de Saint-Just : « Je méprise la poussière qui me compose et qui vous parle ; on pourra la persécuter et la faire mourir, mais je défie qu'on m'arrache cette vie indépendante que je me suis donnée dans les siècles et dans les cieux (i). » Ces livres, et d'autres, nombreux, étaient, en outre, l'aboutissant ou le résumé, plus ou moins exacts, des mémoires parus pendant les années précédentes (2). La minutieuse et lourde artillerie sous laquelle Taine a essayé d'écraser la bastille jacobine, née de la bastille royale, n'était encore pointée nulle part et n'aurait pu l'être ; le normalien lui-même, satisfait de justifier devant sa conscience un certain côté talon rouge, n'en aurait pas eu l'idée à cette date (3), Le gouvernement de Louis-Philippe, en lassant tout le monde, avait ramené les cœurs à la possibilité d'une solution radicale. Pour ces convaincus, la Révolution n'était pas une lampe

1 . Al.Esquh'os, Histoire des Montagnards, F avis 1847. « Les temps de révolution sont des époques où l'humanité est en mal de Dieu.» Et ailleurs : « La révolution, c'est l'évangile armé par la raison humaine et par le sentiment du droit... La Montagne était le Sinaï de la loi nouvelle ; terrible, foudroyante, avec des éclairs aux flancs, un peuple pi'osterné à ses pieds et Dieu au sommet », etc. — Œuvres de Saint-Just, Paris. Prévôt, Havard, etc., i834.

2. Le nombre de volumes traitant de la Révolution et des questions sociales parus de 1840 à 1848 est considérable. La place nous manque pour les citer ici. Pour la seule année 1847, nous trouvons entre autres et pour ne citer que les plus importants : 6 février, i" volume de l'Histoire de la Révolution de Louis Blanc ; i3 février, I" volume de VHistoire de la Révolution de Miclielet ; du 20 mars au 20 juin, toute l'Histoire des Girondins de Lamartine ; le 3i octobre, le tome II de Blanc ; le 20 novembre le tome II, de Miehelet. Bûchez et Roux donnent la seconde édition de leur Histoire parlementaire de la Révolution. « Les livres ne remuent pas le monde, dit Sénancour, mais ils le conduisent secrètement. » De l'Amour, Paris, février 1806.

3. Les Origines de la Franee contem,poraine; — La Révolution. — Voir aussi : Touchard-Lafosse, Histoire parlementaire et vie intime de Vergniaud. Paris, 1847.

brûlant au fond d'un tombeau (i), mais un phare divin allumé sur la plus haute cime de l'esprit et de l'espoir et ils en suivaient les rayons fiévreusement, avec une implacable logique, meurtrière, au nom d'une théorie absolue, dani^creuse (2). La mine était prête. Derrière la façade connue, dans la construction d'apparence solide qui s'offrait à chaque regard, plusieurs éléments destructifs combinaient leurs forces. En dehors des événements singuliers (3) qui marquèrent la tin du règne orléaniste et où des esprits superstitieux peuvent se plaire à relever des signes avant-coureurs, des faits significatifs présentaient déjà une sorte d'avertissement. On reconnaîtra même que tout conspirait pour perdre cette monarchie préten-

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