‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 42 sur 149 · I. u. Lamartine, t. L · texte numérisé non relu

I. u. Lamartine, t. L

peu près la seule force publique qui veillât sur la capitale. L'armée se désorganisait avec une effrayante rapidité. La garde nationale, revenue d'un premier enivrement et comprenant enlin les conséquences d'un banquet, cachait sa honte et ses terreurs. Tout citoyen était devenu magistrat, selon l'expression du Gouvernement provisoire ; mais rien ne les reliait en groupe et, parmi les douze cent mille magistrats dont se composait la population de Paris, on pouvait bien compter trente mille voleurs, vagabonds et repris de justice. » (t). Cependant, le peuple n'incendie rien. En ce temps-là, il croyait en lui-même, en son avenir : il avait, jusqu'à un certain point, le sentiment de sa dignité. La religion de l'argent, bien que prêchée si fort sous Louis-Philippe, ne l'avait atteint que partiellement. Les hommes en blouse parlaient avec sérieux de vertu, de fraternité, de civisme. Le peuple espérait. Plus de trente années de parlementarisme dirigé surtout, à travers cent procès scandaleux, au profit d'un anonym.at capitaliste et vraiment féodal (2) qui a peu à peu absorbé, en l'étouffant, dans les coffres-forts de ses banques, le principe à la fois nationaliste et européen de la révolution, — de môme qu'en 181 5 la Sainte-Alliance l'avait dévoyé en le perdant au sevd bénéfice des GôurSj — i^lus de trente années de mensonge stérile sous lequel les prolétariats du monde entier sont en train de se forger les plus redoutables chaînes s'ils ne se reprennent, ne lui avaient pas appris, comme de nos jours, à désespérer de tout et de lui-même.

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