Idem. Organisation du travail. Pans, 1848, p
ET LA RÉVOLUTION DE iH'jS IIQ
naires de leur serment ; — le 26, il change le nom des rues et des places publiques ; il fait écrire sur tous les drapeaux et toules les murailles la devise célèbre: Liberté, Egalité, Fraternité ; il met une rosette rouge à sa boutonnière en signe de reconnaissance pour cette révolution ; — le 27, il planle des arbres de liberté et ouvre ofTiciellement les clubs ; — le 28, il change les litres des officiers généraux et les noms des collèges de Paris ; — le 29, il abolitles titres de noblesse et défend au nom de la liberté de les porter publiquement. Une de ses dernières occupations consiste à régler en détaille costume des représentants (i).
Le résultat ne se fit pas attendre. Plus audacieuses maintenant qu'elles avaient reçu la consécration officielle, les sociétés secrètes accentuèrent leurs intrigues. Les clubs furent innombrables, comme les journaux, comme les docteurs d'humanité. Tout le monde, par décret gouvernemental, était devenu magistrat, tout le monde devint orateur. Pas de clerc de notaire qui ne se crijt philosophe, pas d'étudiant qui ne se comparât à Camille Desmoulins ; les poètes, frappés de vertige, pensaient, au seul chant de leurs strophes, comme dans le conte oriental, ouvrir les portes d'un nouveau paradis terrestre. Le bon Louis Ménard écrivait des articles flamboyants (2). Leconte de Lisle tonnait dans le porte-voix républicain des phrases redondantes et creuses, souvent belles, d'ailleurs, encore que monotones ; bientôt mis en contact avec l'action directe, peut-être ennuyé alors
1. Caslillc, etc. — Kiiiilc Carrey. Recueil complet des actes du Gouvernement provisoire. Paris, i)nrainl, iS^S.
2. Voir : Louis yU-miiVÙ, P rologue d' une révolution. Paris, an l)iireau du Peuple, i^.\^, rt-éd. par les iUthiers de la (Quinzaine. ]Ja.\\\.vnv nul en épigraplie celle phrase de Robespierre : « Une révolution (|ui n'a jias pour l»ul d'améliorer profondénieiil le sort du |)euple nest qu'un crime rempla(;ant un autre crime. »
d'avoir enfoui des milliers de vers dans des feuilles peu lues, comme la Phalange, et d'avoir jeté, sans qu'ils s'en fussent émus, un « avertissement terrible (i) » aux rois d'Europe, il se plaint, à peine a-t-il essayé de répandre ses doctrines, « de la stupide position dans laquelle l'ont jeté ces tètes vides du club révolutionnaire (2) » ; et il ajoute : « Bien fin qui me rattrapera à me faire le délégué de brutes semblables (3). » Ce démocrate farouche gronde contre « les sales populations de la province... leur état d'abrutissement (4) », car « le peuple est stupide... une éternelle race d'esclaves qui ne peut vivre sans bât et sans joug (5) » ; il avoue ne pas combattre pour lui, mais pour « un idéal sacré (6) » ; quant à ce peuple déjà si veule, au nom duquel on bouleverse tout le pays, « qu'il crève de faim et de froid (7). » Le peuple se doutait-il des sentiments singuliers qui animaient ses récents amis? Peut-être. A Lamartine, qui l'aimait du moins, à sa manière, il avait crié : « Assez joué de la lyre (8). » Il avait aussi appelé le poète : « bilboquet d'azur. » — Malgré sa popularité prodigieuse, Lamartine était dépassé, relégué presque dans l'oubli de sa première victoire, avant même d'avoir su profiter du temps pour utiliser sa puissance ; et Ledru- Rollin allait être abandonné bientôt également pour avoir dédaigné les avances de Blanqui. Le conspirateur traita comme un autre pouvoir avec celui qui semblait le méconnaître et récusa Ledru-Rollin en tant que collègue. C'était la guerre. Sobrier vint la déclarer ofiiciellement : « Si vous ne voulez pas marcher avec nous, vous serczjetés par la fenêtre, dimanche, avec les autres ; nous sommes en mesure. » Un
I à 7. M. A. Leblond, Leconte de Lisle. Paris. Mercure de France, 1900.