Sarrans. Révolution de Février iS^S, idem
seraient, seules, déconcertanlcs, sans les fautes nombreuses qui précèdent (i) ; ces fautes, ces abstentions tenaient au gouvernement, aux circonstances, — au pays même dont les dilférentes classes n'ont jamais su faire la paix et qui, depuis 1789, n'ont pas encore découvert ou construit d'assises solides pour y asseoir un nouveau système d'autorité. Tout le long- du xixe siècle, la France présente un caractère accidentel qui favorise les ambitions, fait éclorc les émeutes et permet à celles-ci de dépasser les prévisions de ceux qui les aidèrent, car l'action est femme, traliit et dévore ses ouvriers ; aucune cervelle humaine, jusqu'à présent, n'a prévu toutes les conséquences du mouvement qu'elle servit à déchaîner. La chute de la monarchie orléaniste est typique de ce côté-là. L'émeute la berce, puis l'enterre (2) ; le principe girondin qui la domine l'aide à parvenir, mais lui interdit de se fixer sérieusement puisque, de par ce principe même, et sans être assez puissante pour le conserver, elle continuait de propager, malgré elle, les doctrines d'où elle était sortie.
Au lieu de la cohésion qui permet d'agir à l'extérieur comme à l'intérieur, qui permet, en un mot, de régner, un duel entre le principe exécutif et le principe législatif les empêchait l'un et l'autre, en les con-
1. « Ainsi s'accomplit ccUe révolution, dont on peut ilire coninio de la révolution romaine dont parle Tacite: Un petit nomhrt^ la tirent, un plus jjrand nombre la conclurent, tous la permirent. Au fond, ce lut la désalFeelion et le mépris de la France et l'abandon de la garde nationale qui renversèrent la djnastie, parce que ce fut cette désaffection, ce mépris et cet abandon qui rendirent son renversement possible. » A. Nettement, La Hcvolntion de Février. Paris, 1H49.
2. Une médaille commémorative de répf>([ue porte à l'avers, sous trois fleurs de lys: Ministère l'oli-^nac, iS'3o, et dessoiis : Ministère (luizot, i8^8, entre <leux mains de justice brisées en lornu; de triangle puis, au revers, avec deux triau;;lcs mai-onniipu'S complétés au centre parle fil à plomb: Louis-l'liilipi)e d'Orléans, roi des barricades, i8'3o, renversé par les barricades, iX'J.S.
centrant sur ce duel même, au terrain mouvant, de remplir leur ofTice ; et tout continuait d'exister justement parce que ce duel n'avait pas de résultat. « Vous seriez à ma place, disait Guizot aux députés, que votre langage serait pareil au mien » (i) ; et les députés, par leur altitude, lui répliquaient : « Vous seriez à la nôtre que votre conduite ne dilTérerait pas de celle que nous tenons. » Dans ce lamentable jeu de balançoire, l'intérêt vital du pays passe au second plan ; il domine rarement le débat, lorsque le danger extérieur met en péril l'existence môme de la Chambre ; il est alors trop tard ; et cette Chambre, d'instinct, craint tant l'armée que sa majorité se retrouve dès qu'il s'agit de l'airaiblir. — En 1848, le pouvoir s'écroule donc bien de lui-même (2) ; et c'est dans les classes politiques, c'est « dans la rivalité des partis, dans le choc des ambitions » plus que « dans les éléments généraux delà société française, qu'il faut chercher soit les difficultés sérieuses qu'eut à surmonter le Gouvernement de Juillet, soit les causes de sa chute. Ces difficultés eurent leur source et leur siège dans les classes et dans les hommes politiques dépositaires ou organes du pouvoir, et la révolution de 1848 va
1 . Il y a là un enchaînement, une suite de rôles qui semblent ordonnés à l'avance. La République de 1848 ne lit pas aboutir, elle non plus, les réformes demandées par le peuple. Elle maintint, elle aussi, les traités de i8i5, elle fut même aimable à l'égard de la Sainte- Alliance. Le manifeste de Lamartine masque une abdication sous sa rhétorique. — Guizot pouvait d'autant mieux savoir, à l'avance, qu'il en serait ainsi, qu'il se trouvait renseigné là-dessus par son aventure personnelle.
2. « La France est un paj^s où les forces sont organisées d'une manière si puissante qu'il ne faut pas moins que le suicide même du gouvernement pour qu'il succombe. » Ch. Robin, Histoire de la Révolution Française de 18^8, t. I, p. 73. V. Lecou, Paris, s. d. 2 vol. Dans une lettre à la mère de la prochaine impératrice, Mérimée disait : « La Révolution a été faite par moins de six cents hommes qui, la plupart, ne savaient ni ce qu'ils faisaient, ni ce qu'ils voulaient. Maintenant tout est accompli. » Augustin Filon. Mérimée et .ses amis, p. 187. « Nous étions une poignée ! » dira Lagrange.
sorlir... de la rivalité, de l'ambition et de la lutte des partis parlementaires... C'est la troisième fois que la France, en pleine sécurité, va être troublée el bouleversée par les hommes qui avaient charge de la conduire. » (i). L'étude du mouvement révolutionnaire complète les preuves.
L'opposition s'avance sur le terrain de la réforme électorale. Afm de la répandre, elle donne de grands banquets, dits banquets nationaux ; pour n'être pas débordée, d'une part, par ceux qu'elle entraîne, pour ne pas éveiller, de l'autre, les susceptibilités, elle déclare s'en tenir — ce sont ses propres termes — à l'agitation légale. — Son plan la dévoile, avec ses fausses réticences et sa fausse audace, ses fausses innovations et ses fausses garanties ; elle était ingénument sincère, ce qui aggrave son cas et montre ici encore son besoin de parvenir, sa jalousie, son incompétence. Parmi ces comédiens affamés de succès et de pouvoir, partageant des nourritures nombreuses et probablement mauvaises, y a-t-il un seul homme d'Etat véritable ? Pourtant, beaucoup veulent diriger la France. Ces bateleurs, n'ont, du reste, rien inventé ; ils continuent de se montrer les écoliers rebelles de leurs plus récents maîtres, leur dérobant l'arme dont ils s'étaient servis dans le passé (2): ainsi avaient fait M. Guizot à Lisieux, M. Lacave-Laplagne à Mirandc, M. Duchàtel à Mirambeau (3). La dilfé-
I. Cassagnac, déjà cité.l. I. — On peut dire, néanmoins, que les classes [loliliques représentaient des frajrnienls de la Société.
•2. On retrouve sous L<juis-I'hilipi)e toute une |)artie di', la (;oinédie jouée sous la Restauration. (loninie (iuizot, Michelel ^■oit interdire ses cours, et par (iui/.ot lui-niêiue, le ministre oubliant toute la popularité «lu'une j)areille mesure lui avait value lorsqu'il était professeur sous (Jiarles X.
3. Daniel Slern, H. (lastillc, (larnier-l'a>^ès, Hobin, etc , et P. de I.a Gorce, Histoire de in Seconde lié/niblique Française, t. 1, -2 vol. Pion.
rence se ferait senlir dans le résultat : ni Odilon- Barrot ni ses amis ne devaient bénéficier long-temps des banquets ; leurs ennemis véritables auxquels, pour le moment, ils s'alliaient sans inquiétude auraient lieu de s'en montrer plus contents. — Il serait trop long de raconter les diverses phases de la comédie dont le parti conservateur de l'opposition paya les frais ; il suffît, pour ce qui nous occupe, de retenir l'indifférence des Tuileries en face de la manifestation. Les ministres haussaient les épaules; le roi gardait toute sa confiance dans l'avenir et l'opposition de Ledru-Rollin ne lui déplut pas (i), à cause de ses excès qui la perdraient, pensait-il, dans l'opinion publique. Le discours du trône révéla bien sa pensée : « Au milieu de l'agitation que fomentent les passions ennemies ou aveugles (le mot offensa parce qu'il était juste), une conviction m'anime et me soutient, c'est que nous possédons dans la monarchie constitutionnelle, dans l'union des grands pouvoirs de l'Etat, les moyens les plus assurés de surmonter tous les obstacles et de satisfaire tous les intérêts moraux et matériels de notre chère patrie... » Aucune ostentation
I. Ce sentiment montre l)ien, d'une part, la sécurité du pouAoir, de l'autre, l'état des esprits. Ledru-Roliin, le i8 déceniljre, au banquet de Dijon, résumant et définissant six ans de luttes parlementaires, avait porté et développé un toast à la Convention, sauvant la France du jouj»- des rois. — Guizot, le 22 février, dînait chez Saint- Aulaire. Le comte d'Estourmcl fut tout surpris du calme que montrait le ministre. « 11 se repose sur les mesures prises. Il compte sur l'appui que la majorité donne au ministère. Dans la conversalion, le fameux plan d'occupation de Paris, en cas d'émeute, dont j'entends parler depuis quinze ans, revient sur le tapis plusieurs fois. « Tout est prévu de Itjugue main, nous disait M. G... (Guizot) ; « chacun a son poste indicjué. En ce moment les mouvements s'exé- « cutent dans tous les quartiers, et la trovq)e les enveloppe comme « un réseau. — La troupe? — Oui, c'est-à-dire la Garde Nationale. — « Comptez-y... » — Derniers soiweiiirs du eomte Josejtli iVEsloiirinel. Dentu, 1860. Ce volume est plein de détails intéressants. Consulter notamment les pages 21 et 22 sur la Révolution de 1S48 et la grande Révolution que l'auteur avait vues l'une et l'autre.
dans ce lant^agc ; le roi, à son point de vue, qu'il envisageait seul, ne comprenant pas que la France put avoir des aspirations naturelles et ne sachant pas démêler dans celles-ci les bonnes des mauvaises, refusant enfin de reconnaître la vérité, parlait bien.
Un seul homme, jeune encore, inconnu des foules, deviné peut-èlre par quelques-uns mals^ré le soin qu'il send)lait mettre à dissimuler sous une élégance aisée l'inleUigence la plus pratique et la moins scrupuleuse, se montra spécialementperspicace cnnepartageantpas la confiance générale, ce fut jNIorny. Nouveau venu au Parlement, il y voyait d'autant plus clair. Il expliqua ses craintes à Guizot puis écrivit un article dans la Revue des Deux-Mondes (i); ami des princes, il regrettait que le ministère n'eût pas désarmé la gauche en accordant quelques réformes et, comme Louis- Pliilil)pe, conseillait à son tour de ne pas introduire l'amour-propre dans la politique. La séance du 12 février lui donna raison. IMalgré la victoire, — la dernière remportée par Guizot, — les radicaux de gauche devenaient les véritables maîtres; ils grandissaient au fur et à mesure des complications possibles et l'opposition dynastique, par la consternation qu'elle laissa voir, donna une fois encore la mesure de sa pénible incapacité.
Ces banquets, au lieu de la réunir en un bloc nécessaire, servaient à marquer les divisions. Ledru-Rol-
I. i" janvier 1848. Quelques réjlelcions sur la politique actuelle. — Guizot ne pouvait rien entendre, étant donnée sa position. Sa passion de l'ordre et de l'autorité l'empêcha de voir la réalité du pouvoir qu'il sr-rvit avec tant de noblesse et de talent. (Itiizot nul une fj^randi' i)rol)ité au service d'un «gouvernement, mal^nélui, malgré le roi, mallionnéte, qui réalisait l'ordre surtout au prollt de l'argent. A[)rés la révolution de juillet, on sait (pie le banquier Lafliti' mena Louis-Philippe à l'Hôtel de Ville ; il j)araitrail que, dans la joie du triomi)he, il laissa échapper ce mot : «Maintenant, le régne des banquiers commence. »
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lin inquiétait, Flocon était jugé trop catégorique, Louis Blanc passait pour redoutable. Dans une séance où l'un des alliés momentanés expose une partie de son programme, la moindre cependant, Odilon Barrot proteste et menace de se retirer. Il se croit déjà ministre, et en exercice, quand il s'écrie au déjeuner d'Annezin-lez-Béthune : «... Il n'y a plus de lutte qu'entre les passions qui veulent renverser et les passions qui exploitent le gouvernement, et la lutte s'envenime jusqu'à ce qu'enfin on arrive à une catastrophe ; et la nation n'intervient jamais dans les affaires du gouvernement que pour les briser. » Tant de clairvoyance n'arrête pas ce singulier agitateur chez lequel, comme chez tous les ambitieux vulgaires, l'ambition, môme sans audace, masque vite ce que la raison a éclairé. Nous voici loin de l'agitation légale ; les banquets deviennent d'excellents moyens de désordre. Ceux qui en sont responsables, ne pouvant plus les empêcher, s'efforcent de ne pas voir les résultats de leur ouvrage et, tout en entendant la révolte forger ses armes, affirment qu'il n'en est pas question ; seul, peut-être, Duvergier de Hauranne qui, l'émeute une fois en train, s'écriera, terrorisé : « Courons nous jeter aux pieds des évêques ! » (i) considère gaiement l'éventualité d'une commotion nouvelle, — comme il avait admis précédemment celle de i83o ; oubliant que les circonstances étaient bien différentes, il se montre brutal : « Ou bien, dit-il^ le pouvoir cédera, et nous aurons fondé sans lutte, sans catastrophe, le gouvernement représentatif ; ou bien le pouvoir s'insurgera contre la majorité, contre la constitution, et alors ce ne
I. Maxime du Camp. Souvenirs de l'année 1S48, i vol. Hachetle,
ET LA RÉVOLUTION DE 1848 3l
seront pas les carbonari seulement qui se soulèveront contre lui, ce sera la France entière. » En parlant ainsi, l'ami de Mérimée montrait une des lactiques du Parlement prcs({ue toujours prêt à lancer le pays dans une aventure désorganisatrice sans avoir un but arrêté, sans avoir su prévoir, tranchant une question qu'il comprend mal et dont la solution lui est inconnue, mieux, indillérenle, au moins momentanément, par une catastrophe. Incapable de mener à bout ses revendications sans désordre, il en arrive, une fois au terme de lui-même, (juand les passions s'exaspèrent, à conclure, — comme la nation affolée devant le spectacle navrant qu'il lui présente, — par la nécessité d'une révolution ; or, une vraie révolulion, pour aboutir et éviter les excès inutiles — le mot est de Louis Blanc — devrait avoir pris soin de discipliner ses forces. Après avoir ainsi tout déchaîné,, le Parlement se retourne contre le peuple pour condamner chez lui ce qu'il préconise dans son enceinte, détruire dans la réalité ce qu'il a préparé puis fait naître, pour voler à ceux qui ont été ses plus rudes et plus braves agents, le droit du bénéûce, — droit au suffrage universel complet, au plébiscite qui permettrait à l'ensemble renié sans cesse, au profit d'oligarchies diverses et successives, l'acte de commandement et de soumission tout à la fois qui, jusqu'à meilleure découverte, paraît le plus susceptible de réconcilier avec l'autorité : la nation s'obéirait à ellemême dans la personne de son élu. Un Parlement qui se dévore sans cesse en luttes intestines ne gouverne pas, ne peut pas gouverner ; pourtant, il s'est imposé à la France. La liberté y meurt empoisonnée ; et la troisième République, arrivant de la sorte à établir le contraire de son princip(; par suite de sa déviation continue, ne cesse de prouver (Qu'elle est un système
3 2 LOUIS-NAPOLÉOX BONAPARTE
monarchique dépourvu de roi(i), fonctionnant à vide, offert aux plus intrigants, aux plus riches — étrangers ou nationaux — peut-être aux moins qualiliés. L'agitation légale, — ce terme, décidément, fera rêveries historiens futurs — voulut se clore par un dernier banquet solennel célébré à Paris et qui, dans le plan des organisateurs, devait donner à réfléchir au souverain, car ces hommes aux ligures graves, aux façons impeccables, aux gestes toujours mesurés, contiennent mal une gaminerie pédante, un enfantillage extraordinaires. Le pouvoir s'émut — mollement. Il vit la menace et se jugea au-dessus d'elle ; il n'osa rien interdire, et se réserva le droit d'en déférer aux tribunaux. Etrange faux-fuyant qui consistait à avouer ses craintes. De son côté, l'opposition, incertaine, accepta le compromis qui lui laissait la possibilité d'une retraite et, malgré ses grandes phrases, céda. Le banquet fut remis. Sa date nouvelle une fois fixée, Ledru-Rollin, Flocon et Blanc ayant accepté d'en être, Marrast rédigea « un programme » et convoqua la garde nationale à faire la haie sur le passage du cortège ; il décréta toutefois qu'elle serait sans armes. — Le ministère commence alors à se fâcher ; voyant dans cet empiétement sur les pouvoirs publics une violation de la trêve et des conditions qu'il avait acceptées, il reprend sa parole, interdit le banquet. « Odiloa Barrot désarme ses amis.Duvergier de Hau-
I. Barbey d'Aurevilly disait dans le Constitutionnel, en 1874. au sujet du parlementarisme : « Aujourd'hui qu'il s'appelle république au lieu de s'appeler monarchie, il n'en est pas moins toujours, malgré les mutilations qu'il a subies, le gouvernement parlementaire et fatal qui a perdu en cinquante ans trois dynasties... Cette espèce de gouAernement qui n'en n'est encore qu'au mépris, achèvera un jour notre éducation par le dégoût. Qui sait ? Ce gouvernement monarchique des assemblées aura creusé plus profondément le sentiment du besoin d'un homme qui, dans ce jiéant d'hommes, se précise un peu davantage tous les jours. »
rannc persiste par point d'honneur. Nombre de députés retirent leurs signatures, tandis que les républicains raillent avec justice cette comédie grotesque d'une opposition qui lutte sur des distinctions byzantines et qui, le moment venu d'agir, abandonne le terrain et laisse le peuple à lui-même (i). »
Le peuple, au moins, est-il prêt? Non. Il ne sait pas exactement ce qu'il désire ; il souffre d'un malaise sans se rendre compte des raisons de celui-ci ; le désordre devenant possible, il s'y jettera, naturellement excité par des pasteurs sans adresse ni conviction, et, tout à coup acculé, revendiquera ses droits. Pour le moment, tout se passe en dehors de lui. Les meneurs seuls, quelques-uns sincères, épient l'instant ; encore l'épient-ils de loin et en ne croyant pas qu'il soit venu. Les sociétés secrètes ont été dispersées ; contraintes à la plus grande prudence, elles nont vécu que pour de rares adeptes ; l'élan une fois donné, elles se réveilleront avec une vitalité singulière ; c'est à elles alors, sans le voir non plus, (|ue l'opposition parlementaire, expression de la bourgeoisie qui se juge la plus intelligente, et la garde nationale, livreront la France.
Ces sociétés constituent une minorité très restreinte. Les Saisons n'ont guère que six cents membres, et une autre, dissidente, mais alliée au moment d'agir, quatre cents ; on peut y joindre cinq cents vieux conspirateurs, toujours prêts à profiter des troubles, et cela donne quinze cents clubistes (2) ; mettons deux mille, en conq)létant avec les ignorés, la mesure sera large. La garde nationale réunit, au contraire.
1. Viclor Pierre, Histoire de la République de 1S48, 2 vol., Ploii, 1873, t. I.
2. Lucien de La Ilodde, Histoire des Sociétés secrètes et du parti républicain de iS'Jo à /6./6', etc., Paris, Julien Lanicr, i8Jo.
soixante mille hommes . — Les affiliés s'attendent si peu à une révolution qu'en octobre un des leurs, Albert, refuse son concours à une prise d'armes ; Ledru- Rollin déclare de son côté, sur un ton sec, qu'aucune insurrection ne doit éclater (i). Trois jours avant le drame, le 21 février, rien n'était prêt : « Je vis Albert le soir, dit l'un d'eux ; il m'avoua que le comité n'avait rien prévu et que l'on n'avait pas d'armes. » (2). — L'émeute n'a pas besoin de longs préparatifs; elle s'organise avec une incroyable aisance (3), surtout quand on a laissé entrevoir précédemment sa possibilité. Le peuple, dès lors, a dépassé l'agitation légale. « Ces prudences, ces faiblesses de la politique, il les tenait pour des défaillances de cœur ; il ne voulait ni les absoudre ni les comprendre ; et puisque ceux qui se portaient ses chefs l'abandonnaient, il serait à lui-même son instigateur et son chef. Ce n'était plus désormais une scène organisée, convenue ; ce n'était pas l'élan de quelques têtes ardentes ; ce n'était pas le complot des haines, des