L. de La Hodde, Histoire des Sociétés, etc
2. A. Chenil, Les Conspirateurs, Paris, Garnier, i85o. — Les Chevaliers de la République rouge en i85i, Paris, Giraud, i85i. — Clienii et Delaliodde (véritable orthographe)^ de la police, doivent être consultés avec quelque réserve pour certains faits. Voir aussi ; Al. Lucas, Clubs et clubistes. — Caussidière dit bien que les Sociétés secrètes exercèrent leur influence pendant toute la Monarchie de Juillet, mais cette influence, après iSSg, fut en réalité très faible. Les sociétés secrètes étaient étroitement surveillées et celles qui parvenaient à se maintenir déviaient sous la double action, chacune indépendante l'une de l'autre, de la police et du clergé. L'idée révolutionnaire lit son chemin d'elle-même. L'avis de Caussidière est intéressé ; il tient à agrandir son rôle. Tous les chefs avaient été dispersés depuis l'essai d'insurrection si vite réprimé. Barbes, Martin Bernard et leurs principaux amis étaient en prison et sans communications avec le dehors. La discipline du Mont Saint-Michel restait implacable.
3. Carrcl, en i83o, ne croyait pas davantage à la Révolution ; il ne voj'ait celle-ci que « légale » — toujours ! — même quand Dumas était venu lui dire qu'elle commençait. Mémoires d'Alex. Dumas, déjà cité, t. VI.
espérances et des ambitions. Non ! en dehors de toutes les org-anisations, de toutes les directions, de tous les arrangements, sans autre préoccupation que le droil, sans autre mobile que l'honneur, sans armes, sans munitions, sans chefs, le peuple allait acconq)lir un acte de souverainelé (i). » Plus simplement, le peuple, à son tour, tranchait la question comme le parlement, par la guerre civile, mais plus logique, plus décide, plus courageux, moins responsable, poussé à bout par l'incurie du pouvoir et l'indécision de ceux qui aspiraient à en édifier un nouveau, il concluait dune manière complète en exécutant la Révolution à laquelle ses initiateurs n'avaient pas voulu se résoudre. Lamartine, collègue de (larnier-Pagès, parle comme lui ; et ce n'est pas le moins curieux que de voir confirmer les fautes de l'opposition par ceux-là mêmes qui les commirent : « L'impulsion du peuple dépasse toujours le but assigné par les hommes politiques. La raison ou l'ambition calculent ; la passion déborde. Le peuple est toujours passion (2). » Le poète voit dans ce peuple : « l'esprit de Dieu (3) » ; derrière le peuple, il distiugue « des sectes i)lus radicales qui rêvaient un bouleversement complet de la société (4)- » Pour atteindre ces sectes, fallait-il donc, après leur avoir
1. Garnier-Pagès, Histoire de la Ré\'ohilion de /'S'./' -S', di'jà cité, t. IV.
2, 3, 5. I.amarliiie, Histoire de la Bévoliition de i8^S, tî vol., Paris, Piriotin, iS');), t. I, p. '(">. Toute une partie du peuple se montrait plus sinipiiste et d'un idéal moins haut. Un ouvrier d'alors résuma, non sans une belle Iranciiise, la ra(,'on de penser de quelques-uns des siens, nombreux, mais moins sincères «pie lui, au moins dans leur lanj^age. Au cours d'une réunion publique, il monta à la tribune pour s'écrier: « Il faut me l... un bon dîner, il faut me f... cent sous pour aller au spectacle, il faut me f... la plus jolie femme <le Paris. » Le président aloi-s: « Citoyen, f...-moi le camp. » (;e président avait tort. Journal du maréclial de (Jastellane, t. IV, p. 58.
déjà donné des raisons de vivre en méconnaissant certaines réalités civiles, puis un nouvel essor en fomentant le tumulte, leur offrir enfin un terrain de manœuvre et y tuer tant de monde au nom de l'apaisement (i) ?
Examinons les faits, résultats des diverses situations fausses où nous venons de voir s'évertuer les différents partis des corps g-ouvernants, le gouvernement même et les classes dites dirigeantes. Le roi, leur expression suprême, au fur et à mesure de son règne, est devenu de plus en plus étranger à son pays et à son siècle. Enfermé dans ce qu'il nomme « le pays légal », il ne veut, de parti pris, rien envisager d'autre. Cadenassé dans cette prison volontaire, à force de gagner une bataille factice d'où la moitié des intérêts nationaux demeure absente, à force de dominer les événements sans les avoir assez étudiés, malgré un savoir (2), une intelligence et une adresse peu discutables, en dépit d'une douceur, d'une conciliation et d'une bonté réelles, Louis-Philippe, au sommet de son pays, ne le distingue plus (3).
1. Si l'on en croit ce qu'avance Caussidière, il y aurait bien des chances pour que Lamartine eût aidé à la révolution. Le soir du 21, les principaux membres des sociétés secrètes étant réunis dans les bureaux de la Réforme, « vers dix heures, d'Alton Shée et Ledru-Rollin arrivèrent de chez M. de Lamartine et firent connaître les décisions qu'on y avait prises ». Mémoires de Caussidière, déjà cités, t. I, p. 36. Il est fort probable que Lamartine faisait partie de la franc-maçonnerie. Il est indiqué, du moins, comme tel dans plus d'une caricature du tenq)s. Voir, notamment, VAsseviblée Xationale comi({ue.
2. L'opinion que l'on s'est faite en France sur le roi Louis-Philippe, d'après certains manuels intéressés, est fausse et ne durera jias. Ce prince aura son heure que je crois procliaine. Ses fautes sont beaucoup, parfois, celles du pays qu'il ne pouvait gouverner toujours comme il l'entendait. Au nom de la sagesse, le fds de Philippe-Égalité s'inqjosa souvent de trop étroites fi-ontières, mais au moins, dans celles-ci, lit-il preuve d'une adresse incomparable. Certainement il fut le premier politique de son temps, comme Louis- Napoléon le fut du sien.
3. «L'aveuglement étaitpartout. Science aride, ignorances dédai-
ET LA RÉVOLUTION DE 1848 3j
Le 2a février, sous une pluie fine, ce mélange qu'on appelle — principalement les jours d'émeute — la jeunesse des écoles (i) se mêle aux ouvriers sur la place du Panthéon en criant : « Vive la réforme ! A bas Guizot ! » Des jïroupes plus exaltés se forment en colonne et chantent la Marseillaise. Après avoir vainement cherché Odilon Barrot, « introuvable d'un nouveau genre qui n'est pas plus chez lui que sur le terrain de la révolution (2) », les étudiants débouchent place de la Concorde, obliquent vers le Palais Bourbon où personne ne les arrête, en font deux fois le tour avec une sorte de solennité (3), s'entassent contre
gueuses, sagesses rétrogrades, railleries provocantes, voilà ce ffiii taisait grand bruit de paroles à la surface du pays, dans les sphères du pouvoir, dans les salons, à la lîaïujue, au Parciuet, à la table des riches. Transportons-nous aillevu's ; laissons pour un moment aux tourbillons de ses plaisirs cette France à Icntendenient épaissi, aux entrailles muettes. Il n'y a là qv le mensonge de la vie. C'est dans d'autres régions que nous sentirons la vie A'éritablc, la passion dans toutes ses formes, l'amour et la haine, le sentiment du droit et linstinct de la vengeance, les convoitises sauvages et les nobles dévouements, la foi surtout dans les principes, l'enthousiasme pour les idées, le pressentiment de l'avenir. » 1). Stern, Histoire de la Ucinliition de i(S^8, t. l, p. 3i. Le système parlementaire isole. Gui/ol, si reuuirquable sur tant de points, lui devait de ne plus se rendre compte du pays, ni même des affaires extérieures. Voir : Granier de Cassagnac, Souvenirs du Second Empire, 3 vol., Paris, Dentu, 1881, t. 1, p. iG. — De même, bien qu'autrement, Cavaignac croira, le 10 décembre, qu'il sera nommé, et son aveuglement étonnera. Le pouvoir parlementaire accapare même les plus habiles, comme Louis-Philippe. Certains résistèrent plus longtemps que d'autres, et c'est tout.
1. Au temps de Louis-Philippe, cette jeunesse était moins mêlée en réalité, que maintenant; elle était demeurée plus particulière, plus originale.