Les journaux ne sont pas plus explicites
3. En réalité, la coiffure était un prétexte. Il s'agissait — on le sait — de la suppression des compagnies d'élite. En les rayant d'un trait de sa plume ministérielle, Ledru-RoUin enlevait, en quelque sorte, à la bourgeoisie la direction de la garde nationale,
•c'est-à-dire le moyen pour elle de dénouer la révolution, comme
Ceux qui faisaient passer leur souvenir, et surtout l'intérêt de leur elasse, avant leur commodité se (liii,i,à'rent, loimés en légion, sur l'Hôtel de Ville. Les vieux soldats, ayant à leur tète un nonnné Lecomte, endossèrent de nouveau leurs anciens uniformes, conseillés toujours par Persigny (i), et prirent le même chemin. Partout, sur leur passage, <^'clate l'acclamation : « Vive la Garde ! » Les deux troupes, réunies autour de la place, trouvent les approches de l'Hôtel de Ville barrées. Vainement, ils demandent le passage. Le tambour bat (2). En l'ace des Vieux de la Vieille se tiennent les iSIontagnards rél)ul)licains, les uns et les autres différemment fiers de leurs costumes. Une lutte serait impossible, honteuse et criminelle. A la lin, lesl)onnetsà poils passenl, aux applaudissements de la foule massée là et où l'on jette d'enthousiastes « Vive l'Iuiipereur ! » Ce cri est enlrch-nu grâce à des agents bonapartistes ('3).
])ar le passé, à son pi-ulit. — Le rôle de Girardin est à remarquer dans la circonslance. Voir La Presse du jG mars 1848.
I, 2, '3. Aristide l-'errère, liévéiations, etc. — Si Ion en croit Ferrère, le plan du Comité Bona[)artiste aurait été arrêté dans son cabinet, 134, rue du faubourg Saint-llonoré, le 16 mars 1848, dix-huit jours après la proclamation de la Iléi)ubli(jue. Le total des bonapartistes militants était mince. Dans les départements, on ne possédait presque personne ; Ferrère n'y avait que des correspondants ; à Paris, au contraire, marié qu'il était depuis vingt ans et d'une famille qui y habitait depuis ciufpiante années, il se sentait plus solide. On choisit donc parmi les départements ceux qui permettaient le mieux la propagande et dix-sept auraient été indiqués ainsi. La liste des bonapartistes de la capitale, établie par Fialin, comportait juste vingt-quatre i)ersonnes, en réalité vingt-deux, puisrpie deux sont des Honapartc. Parmi leurs noms, certains nous sont déjà connus : « Faussez, i4, rue de l'Ecluse, à Hatignolles ; — TremJdaire, HO, rue Notre-Dame des Petits-Champs ; — Bésuchet de Saunois, 14, rue (Irangc-Iîatelière ; — le général Sourd, j4, rue d'.Vlger ; — le colonel Laborde, \, rue Ventimille ; — M"' Gordon, ."i-, mv de Provence ; — le général Montholon, 12, rue Castellane ; — Pi^lri, '3i(j, rue Saint-llonoré; — Pierre Honapartc, <), rue de Vcrncuil ; — Napoléon Bonaparte, rue d'Alger ; — ('lialot, -(), rue .Saint-Antoine ; — Du|)ont, marchand de tabac, faubourg ijaint-llonoré ; — Tliélin, débit de tabac, rue Geoffroy-Marie ; —
Persigny, par prudence, est demeuré à Técart ; Ferrère, moins désigné, est venu. — Selon ses dires, les acclamations populaires furent infinies, surtout de la part des femmes. Il constata que la garde nationale était fort mécontente de son chef, le général Courtais, ainsi que du gouvernement. Il parla aux uns et aux autres, tâchant de persuader que, seul, un jNapoléon pouvait sauver la France, rétablir l'ordre, donner la paix et le travail. « Jusque-là, raconte-t-il, on écoutait mes discours, et l'on y répondait par ces mots : Oui, c'est vrai, mais il n'y a plus de Napoléon. — Et son neveu ? disais-je. — Lequel ? demandait-on. — Le prince Louis qui est à Londres. . . Je confesse qu'arrivée ù ce point, la conversation iinissait souvent brusquement ; d'autres fois, elle se poursuivait avec avantage, et il me suffisait d'avoir quelques auditeurs attentionnés j)0ur exprimer hautement mon opinion sur les facul-
Clapier, tapissier, 09, rue d'Hauteville ; — Forestier, 02, rue Louisle-Graml ; — Ornano, 87, rue TrufTaud, aux Batignolles ; — Labruj;al, cliarbonnier, 14, rue Braque ; — Arcliainbaud, 12, Rond Point de l'Etoile ; — Broulle, tailleur de pierres, 9G, avenue des Champs- Elysées ; — Holtier, marchand de bois à Montmartre, près le cimetière;— Lcvaux, bottier, passage des Panoramas ; — Coflier, fabricant de pianos, 86, rue Saint-Antoine ; — Le Comte, commandant des Vieux de la Vieille, rue Michaudière :*** marchand de bois à Belleville. » Ferrère raconte que Persigny disait : « On ne doit attendre aucun concours de quelques autres personnes qui, comme le duc de Padoue, tiennent leurs portes fermées de peur de se compromettre en ce moment. » Le banquier mettant en avant les noms du prince de la Moskowa et de Morny, Fialin le dissuade de les aller voir : « Gardez-vous en bien, vous déplairiez au prince. » Louis- Napoléon veut que tout demeure secret, et pour ses amis eux-mêmes. Ferrère, pour être plus libre, loua une maison à Chantilly oii il envoya sa femme et ses enfants ; les deux autres locataires de l'immeuble de la rue du faubourg Saint-IIonoré étaient partis, l'un, le comte Pambrocke, en Angleterre, l'autre, M. Blunt, à Saint-Germain. — Au Comité Napoléonien, il amenait bientôt un courtier en fonds publics, M. Renou, un autre homme débourse, M. Dumoulin, un capitaine de la Garde Nationale, M. Barrère, un lieutenant de la même arme, M. Caumont, un acteur au Théâtre- Français, M. Ligier ; dans la société mondaine, il recrutait M. Langlois d'Amilly, lié avec M. Mole, M. Franchessin, M. Lemblin et le marquis de Las Marismas.
tés et les vœux du prince qu'on dénigrait parce qu'on ne le connaissait pas. On écoulait en silence ; je m'éloignais ; la semence était jetée dans un fonds excellent qui ne pouvait produire que de bons résultats (1). » Los conversations publiques étaient « l'occupation principale... On vivait dans les rues, dans les cafés, sur les places ; le soir, on délirait dans les clubs; la parole élait donnée à tout le monde, et comme tous les rangs étaient confondus, comme il n'y avait qu'une seule classe de citoyens et frères, chacun émettait son opinion et était écouté (2). » Il semble niais, aujourd'luii, d'avancer que le suffrage universel a pu être sincère, il l'était pourtant alors, au moins dans sa majorité ; il existait ; neuf pour beaucoup, en dehors même de cette nouveauté, il représentait une sorte de rite civil ; et c'est pourquoi le parti napoléonien espéra dans les récents électeurs. Il lui fallait le nombre, de préférence à la qualité ; devant les urnes, l'égalité fait loi, et son calcul tabla sur les classes les plus humbles. La propagande y allait vite ; on n'avait osé, d'abord, escompter pareil succès. Tout eût été plus rapide encore sans le manque d'argent car, à chaque époque, la sincérité gagne à être entretenue. Aux réclamations de Ferrère, Persigny répondait que de fortes sonunes devaient venir ou, même, que, de Londres, on annonçait l'envoi d'un million. Le million n'arrivait jamais. Le lieutenant excusait son chef en expliquant que les opérations entreprises ne pouvaient encore se terminer. Etait-ce vrai ? Peut-être. Le banquier voulait croire à de si bonnes paroles. A la longue, il écouta sa méfiance davantage et, les excuses continuant de remplacer la vérité, il reprit l'idée de son comptoir d'escompte.