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Il le rêvait au capital de neuf millions, dont six seraient versés par le prince et trois par le gouvernement provisoire, ce qui semble encore permettre de supposer une alliance avec celui-ci. — Louis-Napoléon n'ayant pas d'argent, décidément, Ferrère conseillait de s'adresser à Saint-Pétersbourg ; il n'était pas très loin de penser que le tsar, l'avenir des idées napoléoniennes lui ayant été démontré, consentirait auprct(i). Le prince, dans le plan du banquier, accepterait cette somme en rente de 5 o/o au cours de 114 francs, prix auquel la Banque de France les aurait vendus. Mis au courant du projet, Louis-Napoléon l'approuva, mais ne le crut pasréalisalilc. — Ferrère déclare que s'il s'était conclu en mars les journées de Juin eussent été évitées (2). L'appréciation est délicate à justifier absolument, et, nonobstant les côtés séduisants qu'elle présente, je ne la crois pas exacte, pour ma part. Le plus significatif devant de pareilles combinaisons, c'est l'audace qu'elles révèlent, c'est la confiance qui les permet, et de voir comme pour ces hommes la vie ne cessait jamais de promettre un espoir, puis une bataille. Possédant la fortune nécessaire, le prince ne s'en serait peut-être pas encore servi. Je doute qu'à ce moment il ei!it recommencé le combat ; il tenait à demeurer sur la réserve. Il hésitait. Il lassait même Persigny, toujours ardent. « Il ne veut rien faire, disait celui-ci, il ne croit ni à l'armée, ni au sufi'rage universel et défend de poser sa candidature (3). »
1,2,3 Révélations, etc. — D'api'ès le docteur Véron : «Louis-Napoléon revenu à Londres, y resta complètement étranj;er à toutes les menées qui purent se faire en son nom. Lors des premières élections, quelques-uns de ses amis rexhortaicnt à se présenter candidat. Poussant le patriotisme jusqu'à l'abnégation, il répondit qu'il voulait obtempérer au désir du gouvernement provisoire et tenir la promesse qu'il avait faite de garder le silence et de rester éloigné jusqu'à la réunion de l'Assemblée nationale. » Mémoires d'un bourgeois de Paris, t. VI, p. 76. — En réalité, il attendit parce
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Fialin résolut d'ajïir seul(i). D'accord avec Yaudrey, il rendit sa loi poliliciuc républicaine, et se présenta dans la Loire. « J'ai voulu toute ma vie, démontraitil à ses électeurs, marier les j)rincipes de la Révolution française aux idées de la f^randeur et de la puis-
qu'il jHMisail que i)our le inoiuent il n'y avait rien à tenter. Voir: Odilon Barrot. Mémoires.
I. Pcrsi-ifay était une nature non seulement généreuse, mais fine, (jui avait besoin d'agir justement à cause de sa linesse même, par suite du Cd'ur Aibrant qu'il possédait ; l'action était pour lui une déli^■rance. 11 disait à une jeune l'emme, amie de George Sand, à laquelle il écrivait assez souvent de DouUens : « Vraiment, je rougis des expressions d'estime (jue vous me prodiguez. Vous nie croyez un homme d'un de ces caractères lernies el inébranlables qui, aux prises avec l'adversité, sont plus forts encore que la fortune. Eh bien, je ne suis rien de tout cela el je dois vous l'avouer, dussiez-vous me retirer votre estime. Je ne suis ([u'une de ces natures ardentes qui ont besoin d'activité et de mouvement pour se développer etcpii. privées de ces re^ssorts, retom])enl dans la plus désolante médiocrité. Le courage que vous pensez que je dévelojjpe dans mon malheur, n'est malheureusement qu'une véritable insouciance, une légèreté de caractère... J'ai sacrilié à une seule passion, à l'ambition, à une grande ambition, il est vrai, toutes les plus belles années de ma jeunesse, et j'ai étouffé ou comprimé dans mon âme toutes les autres passions plus naturelles à la jeunesse ; et il est arrivé ce qui devait arriver, qu'une fois l'ambition trompée, les autres passions ont pris leur revanche, mais trop tard, ce qui ne laisse i>lus que des regrets. » Sorti de prison, Persignj- voulait agir à tout i)rix. D'où sa précipitation. l'ar la République, il com[)lait préparer l'idée napoléonienne, et il s'en servait. Il avait cru, de i)lus, un certain temps, à DouUens, <jue l'avenir politique lui était dés(jrmais fermé : « Je crois sérieusement, à moins d'événements bien extraorilinaires, «pie la cause rput j'ai embrass(''i' est i)erdiu^. » Il avait poui- la France el pour lui-même les plus vastes auibilions. « .V Utvl ou à raison, disait-il, j'ai fait mon éducation politique daus l'Iiisloire de Kome. Dès ma plus tendre enfance, je me suis [)a5sionné i)our cette grandi; histoire et, une fois qu'un es[)ril persévérant a i)assé jiar là, il se trouve lorcéuienl l'ennemi d'uni; petite société br)ui'geoise, mesquine, sans ambition, sans grandeur. J'ai fait peut-être une seconde faute, j'ai étudié l'histoire; de noire pays pendant la courte période de la domination d'un houime tout l'omain j)ar le cieur el par la tête el c'est peut-être cela ipii l'a ()trdu. Mais je me suis imaginé (pi'une nation qui avait pu faire ce qu'elh; a fait, qui avail pu avoir un instant une granile ambition, de\ait l'avoir encore; el j'ai pensé qu'une nation comme la France devait être la i»remière du moiiile ou ne pas exister du tout. » l'ersigny n'avait pas évoque en vain l'histoire d'.Vugusti; dans ses Lettres de Londres el ce
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sance du pays. Dès ma plus extrême jeunesse, depuis dix-sept ans, j'ai lutté sans trêve, sans repos, contre une dynastie impopulaire, frauduleusement substituée à la souveraineté nationale, et qui ne pouvait se maintenir que par la corruption, la bassesse et la dégradation des consciences. Pour affranchir mon pays d'une telle honte, deux fois, j'ai jeté ma tète au devant de l'échafaud politique. L'exil, l'adversité, les persécutions de tous genres ont été les durs enseignements de ma jeunesse, et c'est au peuple de Paris que j'ai du ma délivrance, après huit ans de captivité. Quant à mes opinions, je vais vous les exposer avec franchise. Hier, je croyais sincèrement que, entre des habitudes monarchiques de huit siècles et la forme répul)licaine, but naturel de tous les perfectionnements politiques, il fallait encore une phase intermédiaire; et je pensais que le sang de Napoléon, inoculé aux veines de la France, pouvait, mieux que tout autre, la préparer au régime des libertés publique nous avions avancé à leur sujet se trouve justifié par cette correspondance qui nous a été coiuinuniquée depuis, fort obligeamment, i)ar M. Carterel, que nous remercions ici de nouveau. Nous la publierons en entier prochainement. A côté du romantisme politique qu'elle montre quelquefois, elle indique un sens du réalisme souvent très judicieux : « J'ai encore moins la prétention d'être sûr d'avoir raison. La vérité, qui la connaît dans ce monde ? Nous ne pouvons que nous donner des chances par le calcul, et chacun en choisit à son gré les éléments. Seulement, comme il n'y a de vérité absolue que les vérités mathématiques, plus les mathématiques peuvent prouver les vérités abstraites, plus nous pouvons y croire. Aussi, en soumettant au calcul des probabilités les chances de l'avenir, c'est-à-dire cette grande question de savoir si les sociétés suivrtmt une marche analogue à celle qu'elles ont suivie déjà, ou entreront dans des voies nouvelles, les mathématiques repoussent toute idée raisonnable du changement radical que promettent les socialistes de notre époque. » Ailleurs, il disait encore : « Il est très commode de bâtir une société d'une seule pièce, de faire table rase du présent ; mais le vrai, le grand, le difficile, le réellement utile, c'est de faire faire un pas, ne fût-ce qu'un tout petit, aux sociétés présentes. » Il voyait l'occasion de l'essayer et, incapable d'attendre plus longtemps, décidé à servir le prince malgré lui, il se lançait en avant.
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ques. mais, après les grands événemcnls qui viennent (le s'aceomplir, je déclare que la République régulièrement constituée pourra compter sur mon dévouement le jilus absolu. Je serai donc loyalcuicnt et franchement républicain. Mais, comme vous le voulez sans doute, je veux une république sage, modérée, puissante, magnanime, où l'ordre soit aussi garanti que la liberté, la liberté aussi assurée que l'ordre ; où, sans vaines récriminations, tous les services, tous les talents, tous les dévouements soient acceptés, où tous les citoyens sans distinction, le riche et le pauvre, le maître et l'ouvrier, s'unissent dans les liens d'une pure et sainte fraternité ; où, enfin, la religion du Christ, qui a proclamé l'égalité sur la terre, reste honorée, respectée dans son culte et dans ses ministres. Je termine par une solennelle et dernière déclaration. Délivré par le peuple, je dois ma vie au service du peuple ; tout ce ({ue Dieu voudra m'accorder de courage, d'intelligence et de résolution, sera désormais consacré à l'affranchissement de la seule servitude qui pèse encore sur lui, celle de la misère. » Dans son adresse aux comités électoraux, il disait, notamment au sujet de l'Assemblée nationale : « Elle doit, avant tout, se composer d'hommes d'ordre, mais, vous le savez, l'expérience des grandes assemblées politiques a démontré que les hommes d'ordre sont, en général, des hommes faibles <[ui, ([uoique bien intentionnés, n'ont jamais la fermeté nécessaire pour triom[)lier des mauvaises passions ; dans des temps de crise, de tels hommes sont toujours fatals à leur pays. Incapables d'imposer aux minorités violentes, ils en subissent et en sanctionnent tous les excès. Gardez-vous donc de ces hommes que, en temps ordinaires, on appelle modérés. Nommez des représentants aussi énergiques
aussi résolus pour mainlcnir la tranquillité publique que les hommes violents peuvent l'être pour semer la discorde et l'anarchie. Je vous parle beaucoup d'ordre et vous devez me comprendre. La liberté précieuse et sacrée, nous ne pouvons la conserver intacte que par le bon ordre. » Il ajoutait :« J'espère que personne ne s'opposera à ma candidature des préventions basées sur l'amitié dont m'honore le prince Louis-Napoléon. Ainsi que j'ai eu l'honneur de le dire à M. de Lamartine lorsque j'ai été chargé d'annoncer au gouvernement provisoire l'arrivée du prince à Paris, le neveu de l'Empereur, ayant reconnu le gouvernement provisoire de la république, n'est plus qu'un humble citoyen... » Vaudrey, dans la Côte d'Or, était plus audacieux : « Vous connaissez mes convictions démocratiques ; un gouvernement républicain pour la France a été le rêve et l'espérance de toute ma vie... Il faut, pour afFermir à jamais son établissement, n'envoyer à l'Assemblée que des hommes aux convictions républicaines déjà éprouvées. » Ils en furent tous deux pour leurs avances. On ne crut pas Vaudrey. On ne comprit pas le langage de Persigny. Peut-être, après tout, pensa-t-il réellement la majeure partie de son affiche. Un homme devient si rapidement convaincu, sinon sincère, quand il suit la mêlée politique ! Une révolution qui semble réussir transforme les esprits. Il s'aliéna momentanément les hommes d'ordre par la critique judicieuse qu'il s'en permettait,tout en proclamant leur nécessité, ces hommes-là ayant presque toujours, comme les révolutionnaires sans raisonnement, ou sans possibilité de force, l'intransigeance de la faiblesse. Il faut une certaine réserve, une certaine dose de puissance pour comprendre une observation et savoir en profiter. — D'autres, plus heureux.
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compensaient eel échec. Piclii, lîoiijean, Casahiancu entraient à l'Assemblée. La Corse, spontanément^ avait olï'ert la candidature au prince et à ses deux cousins. Un mouvement extraordinaire s'y révélait. La Liberté du 21 avril racontait qu'on lui avait écrit d'Ajaccio, le i3 du même mois, que les Bonaparte ayant été annoncés pour la fin de la semaine, la ville entière faisait de mag^nifiques préparatifs pour les recevoir (i). Pierre et le lils de Jérôme acceptaient; Lucien Murât, qui se présentait dans le Lot, allait être élu à une majorité considérable.
Fcrrcre.qui s'était absenté afin de tentcrdes empruntsen Espag^ne et pour ses affaires personnelles, constatait à son retour que la propagande avançait à merveille ; il ne douta même plus, désormais, prétend-il, ([ue l'élection ne fût assurée. « Tout le monde souhaitait un terme au long désordre qui régnait ; la bourgeoisie cf)nnnençait à prêter l'oreille à nos paroles et se trouvait disposée à se rallier au prince, non par sympathie, mais par ordre et raison. Nous prometlions en son nom stabilité, ordre, paix et liberté ; c'était tout ce que l'on voulait. (2) » Dressant le plan des voix (pi'il lui paraissait possible d'obtenir, il arrivait à ce résultat : « Dix à douze niille voix des anci<'ns militaires et des militaires ayant servi dans l'armée d'Afrique (opinion inqjérialiste) ; — dix-huit à vingt mille voix de domestiques sans places, tous mécontents du gouvernement (opinion monarchique) ; — douze à quinze mille voix des [)etits marchands prêts à fermer boutique et, par suite, mécontents de la
1. Lit Lilx-rlé: « Depuis le déharquenieMl du {général en chef de l'armée d'K^yple, on n'a enctjre rien vu qui approelie de l'enliiousiasnie. de la joie l»ruyanle de la jtopulalion el de l'aspecL riauL et animé de la ville. »