I. Odilon Barrot, Mémoires, l. III
s'attachent tous les regards des mécontents. Tant que la société française ne sera pas rassise, tant que la constilution ne sera pas fixée, je sens que ma position on France sera très difficile, très ennuyeuse et même très dangereuse pour moi. J'ai donc pris la résolution de me tenir à l'écart et de lésister à toutes les séductions (|ue peut avoir, pour moi, le séjour de mon pays. Si la France avait besoin de moi, si enfin je croyais pouvoir être utile à mon pays, je n'hésiterais pas à passer sur toutes ces considérations secondaires pour reuqdir mon devoij', mais, dans les circonstances actuelles, je ne puis être bon à rien ; je ne serais tout au plus qu'un embarras. D'un autre côté, j'ai des intérêts personnels graves à surveiller en Angleterre. J attendrai donc encore quelques mois ici que les afi'aires prennent une tournure plus calme et plus dessinée. — J'ignore si vous me blâmez de cette résolution, mais si vous saviez combien de propositions ridicules me surviennent, même ici, vous comprendriez cond)ien davantage à Paris je serais en butte à toutes les intrigues. — Je ne veux me mêler de rien. Je désire voir la République se fortifier en sagesse et en droits et, en attendant, l'exil volontaire m'est très doux, parce que je sais qu'il est volontaire, (i) » Cette lettre permettait beaucoup dans l'avenir, promettait l'avenir même. Chaque ligne portait. Elant donné le mouvement croissant en sa faveur, elle le sauvait à l'avance au cas d'un éciiec ; elle le grandissait, pour les gens attentifs, en cas d'insuccès. L'affiche avait posé un premier jalon. Sans avoir une grande induence, elle ne passa pas inaperçue ; elle fit peu de plaisir au gouvernement provisoire.
Au milieu de mai, tandis qu'on discutait dans les