‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 74 sur 149 · I. Lespès, 1. 1, déjà cité · texte numérisé non relu

I. Lespès, 1. 1, déjà cité

fallait qu'il justifiât d'autant plus sa position. Absorbé par le seul souci de se maintenir et, pour cela, de résister d'abord aux luttes intestines qui le divisaient, il ne voyait plus, comme Louis-Philippe, le véritable aspect de la France; il l'imaginait d'après sa théorie personnelle et lui imposait sa façon de voir, sans que cette façon fût même le résultat d'expériences ou de connaissances positives. Il y avait là, principalement, du journalisme. Et, malgré la proclamation de principes généreux, suivant le penchant habituel de tout ce qui gouverne quand l'importance des autorités locales de la province n'est pas admise à côté de la centralisalion de Paris, le gouvernement poursuivait sa route en s'isolant de plus en plus ; sa force, déjà restreinte, mal employée, mal répartie, lui devenait, en se perdant, une raison nouvelle de faiblesse. Accablé de réclamations et de pétitions, ne possédant ni le temps ni le moyen d'en faire le triage, désespéré, il tendait à nier tout; il ne voyait que lui-même ou ses salariés, se croyait, cependant, l'expression la plus intelligente du pays, et, sans s'en douter, par suite de son incapacité à marcher en avant, était amené à retourner en arrière sur les positions de la monarchie qu'il venait de renverser. La république conduisait ainsi la révolution à rebours de ses vœux ; elle devenait une restauration constitutionnelle, provisoirement sans monarque, ou, par la logique même des choses, elle allait mettre ce morne opérateur, qui, en quelques mois de dictature, et de par la nécessité parlementaire, armant une partie de la nalion contre une autre, ferait exécuter plusieurs milliers d'hommes dont son incapacité à comprendre les faits réels avait entretenu la situation désespérée. Pourtant, aucun ennemi ne menaçait la frontière et, malgré plusieurs ellervescences, l'ensemble de la France était calme.

ET LA RÉVOLUTION DE iS.'jS 1()5

L'élection du 4 j"in montre combien la puissance de la presse, contrairement à l'opinion la plus courante, est restreinte. A part V Organisation des Travailleurs et La Liberté — acquise en sous-main à la cause — pas un journal ne parle de Louis-Napoléon, pas un ne mentionne sa candidature. Tous les ennemis de la donnée napoléonienne une fois récapitulés, on a le droit de rester stupéfait. « Nous avions contre nous le ^gouvernement provisoire, la majorité de l'Assemblée Constituante, toute la presse, la police, le commandant de la jçarde nationale, le commandement militaire, les chefs de la g:arde mobile, les socialistes du Luxembourg', les chefs des ateliers nationaux, une partie des orléanistes et tous les employés dans les administrations (i). » Les seules armes furent des afticlies, de toutes petites afTiches bien modestes (li), des bulletins de vote et des médailles de cuivre jaune ou nickelé. Les soldats qui surent s'en servir méritent d'être connus ; ce sont : Defronda, graveur, décoré de juillet, Damerval, ouvrier vannier, Adolphe^ ouvrier bottier, Hubert, ouvrier argenteur, Labrugal, charbonnier, Crémière, charbonnier, Thélin,

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