‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 80 sur 149 · Ferrère, Rêvé la lions, etc · texte numérisé non relu

Ferrère, Rêvé la lions, etc

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une fois FEnipirc fait, tout en s'en servant. Le pouvoir fut consterné. Jusqu'à présent, la Commission de la -constitution avait toléré le principe de la présidence par élection générale et directe ; elle ne voulut plus, cette fois, en entendre parler. Ici, se touche, à sa naissance même, le mensonge parlementaire, le subterfuge sur lequel s'élève sa théorie ; on saisit le point central des multiples tentacules qu'il jette partout, moins, en réalité, pour tâter le pouls au mouvement national -que pour Tinterrompre. Il s'y emploie dans un bon motif, mais les politiques qui ont eu à s'en servir reconnaîtront qu'ils ont été les premiers à se trouver entravés par lui car il est, de par son rouage même, au-dessus des réalités et des circonstances ; de là vient son flottement victorieux en temps de paix et de demisommeil, de là découle son impuissance en temps de crise où le gouvernement doit devenir vigoureux, de toute nécessité, s'il ne consent pas à périr. Les rivalités, la peur générale, la haine de ce qui s'élève le maintiennent. L'homme qui voudra gouverner sérieusement, l'organisateur, ennemi né du théoricien pur, sera presque toujours amené à le démasquer, puis, les circonstances pressant, à l'anéantir. — La Commission remania son travail et en changea les conclusions avec sérénité. Malheureusement pour elle, cet incident transpira dans le public où l'aveu d'une si grande frayeur grandit le prétendant ; de telle sorte que la candidature du prince à la première magistrature du pays fut, si Ion peut dire, posée en partie par le gouvernement même, — par ce gouvernement qui avait débuté en appelant, au moins dans la personne d'un de ses membres, son plus rude adversaire.

La presse enregistre l'élection sans commentaires^ iidèle à sa tactique de ne rien avancer (jui puisse

ET LA 1u':YOLUTION de 1848 2()5-

contredire trop franchement l'opinion de ses lecteurs, bien que l'exemple des années précédentes lui ait presque constamment montré combien elle se trompait dans ce jeu pitoyable et rémunérateur. Peu à peu, se croyant rensei^-née par ce qui se disait dans les couloirs de la Chambre, dans les soirées politiques plus ou moins onicicllcs et dans les bureaux de rédaction, elle commence à parler, — et elle ne constate l'élan populaire que pour ne pas l'admettre. Le 8 juin, les reporters ont examiné la foule quand on a proclamé à l'Hôtel de Ville les élus parisiens. Au nom de Louis Bonaparte, les chapeaux s'agitent,, les acclamations les plus chaudes retentissent ; les^ gardes nationaux lèvent la crosse en l'air en signe de sympathie (i) ; les tambours battent au champ. Des groupes se forment, s'allongent dans les rues, sur les boulevards et parlent à haute voix de mettre le prince à la tête de la République. Des ouvriers delà A'^illctte se réunissent et rédigent une pétition, qu'ils envoient à l'Assemblée, afin que Louis-Napoléon soit proclamé Consul ; dans la douzième légion de la garde nationale, on propose de le nommer colonel en remplacement de Barbes ; « l'émigration polonaise et quelques-uns des disciples de l'illuminé Towianski (2) agissent et parlent pour lui dans les clubs et les sociétés secrètes (3). » Tout Paris se réveille comme par enchantement ; ce mot banal, employé déjà par Orsi au sujet du portrait, en février,, reste le plus juste. C'est ensuite la banlieue, puis la

1. « Lorsqu'on a proclame le nom de Louis-Xapoléon à l'Hôtel de Ville, il y a eu un hourra qui a ému les voûtes et est allé seperdre en échos retentissants dans la place publique. Peuple el soldats jetaient en l'air leurs chapeaux; les tambours ont battu, aux champs. » L'Union.

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