‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 82 sur 149 · Daniel Slern, t. II. — Lespès, Mansfeld, elc · texte numérisé non relu

Daniel Slern, t. II. — Lespès, Mansfeld, elc

2. Maxime du Camp. Souvenirs de l'année / 8^8. Hachette, 1876.

mière révolution ne raviiil établie qu'à deux degrés ; elle ne subordonna l'éligibilité à aucune condition de cens et d'indépendance. Ainsi, i848 réalisait la cause même pour laquelle Louis-Napoléon avait deux l'ois combattu. Ouvrier obscur à Strasl)()urg et à Boulogne, il apparaissait tout à coup en évidence; les faits, irréfutables, prouvaient que le neveu de l'Empereur avait vu juste avant tous. La France elfectuait ce (jue, seul, il n'avait pu qu'indiquer ; elle allait naturellement à lui comme à son meilleur et plus sur soldat. L'accord existait entre eux ; au contraire, il n'y en avait pas avec le gouvemeuient provisoire. Voilà pourquoi « ce fut son nom qui, au lendemain de l'événement, sortit du long silence delà foule ))(i). Le peuple s'était tu depuis Waterloo, sauf pendant les Trois Glorieuses ; il se préparait à parler encore. « C'est l'imagination qui mène le monde (2) », a dit l'exilé de Sainte-Hélène. Le peuple, ce grand fabricant de légendes, désirait un Empereur. — La presse n'entendit rien non plus à tout cela; fixée sur la sincérité populaire, forcée de l'admettre, sa stupeur fut extrême, mais ne se réfugia pas dans l'analyse. Comme le gouvernement, elle répondit à l'acclamation de la France par un long cri de colère, de moquerie sotte et d'opposition. Mise en face de cette immense poussée, elle la nia ; certaine de la place prépondérante dont le prince s'emparait en quelques heures, elle prélendit la récuser ; épouvantée de la force populaire tout à coup réapparue, elle essaya de l'ironie. Pourtant, de même que pour le général Bona[)arte avant brumaire, aussi fort, plus peut-être, je crois sentir ici, dès maintenant, un peu du grand souille unanime

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