‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 84 sur 149 · Dan. Stern, t. II, p · texte numérisé non relu

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2. A la date du 18 juin paraissaient les lignes suivantes dans un journal très répandu : « Par quels hommes seront remplacés les membres de la Commission Executive ? Toute la question est là, ou, plutôt, était là, car si depuis hier les dispositions de l'Assemblée n'ont ])as changé, nous croyons positivement sa^■oir que son choix a désigné M. Marrast et ses amis. Que l'on se garde bien de confondre ces desseins avec la coterie que nous avons vue, dès le 25 lévrier, envahir les ministères et les administrations à la suite de l'ex-rédacteur en clief du .Vrt//o/tflL Cette phalange insatiable est plus que jamais en ap])étit d'ambition, mais elle n'est plus au service de son ancien chef. Pour remplacer des amis si lîdèles, M. Marrast a recherché les sympathies de quelques généraux i>opulaires... Si ces sentiments n'ont ]»as variés, si ces projets sont résolument arrêtés, nous aurons donc un pouvoir militaire. » Et Marrast écrivit aux membres de la Commission executive : « Je vous prie de recevoir ma démission de maire de Paris. J'ai compris aujourd'hui, à l'Assemblée nationale, combien j'ai besoin de mon indépendance comme représentant du peuple, et le

son indépendance. En face de cette combinaison entourée de quelques autres moins iuiporlantes, se tenait celle de Ledru-Rollin. El le malaise, grossi de ces éléments orageux sans cesse accrus, faisait pressentir de nouvelles émeutes. — La Commission connaissait ces dangers. Les votes nai)oléoniens survenant en plus, elle acheva de perdre la tète. Au lieu de gouverner enfin, se donnant l'illusion d'agir parce qu'elle allait exécuter une sinqjle manœuvre parlementaire, elle décida de ne pas ratifier l'élection. Celui qui en eut le premier l'idée fut Lamartine.

Il est à remarquer que les répul)licains, obsédés par la menace de la dictature, appelleront dictature, <lans la suite, le résultat fortifié d'une élection populaire, et qu'ai)rès avoir décrété de leur seul gré, en somme, l'établissement d'un régime reposant sur le suffrage universel, ils essayent aussitôt d'entraver les élections qui ne répondent pas à leurs vues, puis les cassent quand leur opposition n'a pas réussi. Louis- Xapoléon avait obtenu environ deux cent mille voix. Un pouvoir qui se disait la réalisation même de l'opi-

pcii de liens qui nie ralliulicnt encore à la politique du {ifouveriicnicnl ni'exi»osent à èlre tout à lait gène et gênant ; ce qui est une situation intolérable pour les uns et pour les autres. — Vous me rendrez la justice de penser que je n'en resterai pas moins associé à tous ceux qui partagent mon opinion. Une liberté complète leur sera, je crois, plus utile que la l'ausse position cù je serais désormais. Salut et b'raternilé. » Le i^ juin, 1<' général (Hiangarnier, gou\erneur général de l'Algérie, l'ait placarder ratllclie suivante : « Le gouverneiw général a reçu la dépêche télégraphique suivante : La (^ommissif)n du pfuivoir exécutif, com[)osée de M>L Arago, (larnier-l'agès, .Marie, Lamartine, Lt dru-Kollin s'est retirée. — (^elte commission est remplacée par une autre commission de trois membres qui sont M>L .Vrniand Marrast. Herryer, Ca^aignac. Alger, le i.H juiniS4S. » — Or la (Commission Executive ne tomba rpu' le 'j'-i juin et l'ut remplacée pai- le général Ca\ aignac, iinicpu' dictateur. >L Marrast devint présiflent de r.Vssemblée nationale. « La prétendue dépêche télégraphicpu-, si légèrement accueillie jtar M. Changarnier, était partie trop tôt. «Léo Lespès, l. I, pp. 53, b't.

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nion nationale rayait donc deux cent mille hommes du territoire. Les divers gouvernements ne seraientils pas tous, au bout du compte, absolus? Le peuple avait le droit de se le demander. S'il doit en être ainsi, l'expérience poursuivie et terminée, pourquoi tant de mensonges ? Le gouvernement, à celte heure, était tellement peu celui de la nation qu'il gouvernait contre elle ; le préfet de police, Trouvé-Chaumel, l'avait renseigné sur le napoléonisme grandissant des masses. Le sentiment et l'intérêt qui lui conseillaient la persévérance établissaient la négation des principes proclamés au dehors, la parodie de la république qui, par son nom même, prétend être la chose de tous, l'opposé de la révolution accomplie pour permettre à l'ensemble de la nation de formuler ses vœux. Le gouvernement ne s'arrêtait pas à ces scrupules ; il voulait qu'on augmentât son pouvoir dictatorial et il ne réclamait pas cette puissance au profit du pays, mais au sien propre. Il était bien une oligarchie, l'oligarchie bourgeoise. La République, si ce mot a un sens, — et il en a un — n'existait pas là (i). Elle s'y trouvait moins encore qu'on ne pense. L'Assemblée et la Commission Executive s'étaient arrangées pour rendre la révision de la constitution impossible. Dès maintenant, il ne s'agissait ainsi plus pour elle de savoir si elle serait violée, mais quand elle le serait. « M. Buffet, qui a toujours passé pour le type

I . « Si leiu" idéal républicain avait existé véritablement, ils auraient songé en premier lieu à le servir, en s'oubliant devant la nécessité de la tâche ; or les meilleurs firent passer leur cause personnelle avant la cause républicaine. A cause du jeu de leurs ambitions, ils n'avaient pu s'allier et, au lieu de s'efforcer de vaincre à tout prix une situation qui ne leur semblait une impossibilité que par leur faute, ils continuèrent leur lutte intérieure et comme, depuis i8i5, toute lutte commençait par la conspiration, ils conspirèrent les uns contre les autres. Depuis le 9 avril, il y avait ainsi quatre conspirations...» Georges Sund, Correspondance.

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achevé de la correction parlementaire, avouait luimême, le 8 juillet 1875, étant président du conseil, que les constituants de 1848 avaient voulu prendre des précautions contre le pays » ; sachant que le pays avait pour eux un « attachement douteux... ils avaient rendu la révision à peu près impossible, on pouvait même dire, en fait, impossible (i) ».

L'accueil lait à la proclamation du scrutin avait donc indigné l'Assemblée et déchaîné la Commission Executive. La suite les alTola. Le Journal des Débats constate qu'à la séance du 9, une « émotion extraordinaire règne sur tous les bancs ». Les représentants ne peuvent admettre une pareille manifestation populaire ; ils n'hésitent pas à déclarer qu'elle va contre le sentiment général et réel de la France. — Le 10, une foule immense, inaccoutumée, se presse aux abords de l'Assemblée pour voir Louis-Napoléon. Jusqu'à quatre heures, elle l'attend afin de racchuner. Elle est convaincue qu'il vient d'arriver à Paris : elle ne peut supporter qu'il n'y soit pas. — A défaut du prince, elle se heurte àde la troupe. Laligne et des bataillons de la garde mobile sont massés autour du Pidais, sur le pont de la Concorde. Les généraux Négrier, Lebreton et Tempoure, questeurs de l'Assemblée, ont revêtu leur grand uniforme. Trois régiments d'infanterie campent à la Présidence, dans la cour et sous le péristyle du Palais ; ce sont le 28'"'= et 29'"« de ligne et le 7'""= léger. — Désormais, chaque soir, des rassemblements se forment en faveur de l'exilé à la porte Saint-Martin et à la j)orte Saint-Denis. Le nom uni- <|ue rallie tout le monde. « Ceux qui n'avaient pas voté pour lui se i)roclamaient ses plus ardents paitisans (2). » Sur les boulevards, la distribution des bio-

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