Ferrère, Révélations, déjà cité
'2l6 LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE
graphies, des médailles et des portraits aide l'enthousiasme ou la curiosité. — La presse, qui ne désarme pas, continue de combattre assez mal, mais rapporte sur la propagande des faits intéressants. Le Patriote de la Meurthe annonce qu'à Nancy, aux environs de la place du marché, de nombreuses proclamations ont été collées et que, dans les campagnes, on parle de l'avènement du prince comme d'une chose sûre ; indigné, le journal conclut : « Il paraît qu'il y a une nouvelle charbonnerie qui a ses émissaires dans les départcmenis pour travailler à la réédification du trône impérial. » Le National, de plus en plus retourné, s'entretient avec mépris de « cet aigle impérial qui s'était fait prendre dans une cage à Boulogne en 1840 » ; et il esquisse du régime napoléonien un tableau propre à le représenter comme un fléau de Dieu. Ces satires servent à échauffer les cervelles, rendent les attroupements plus nombreux, plus hostiles. Les disputes prennent un caractère de provocation personnelle et chaque groupe se disloque par des scènes de pugilat. La police devient impuissante. On appelle la garde nationale contre les attroupements, chaque soir plus considérables, qui s'étendent depuis la place de la Madeleinejusqu'à la porte Saint- Martin. L'agitation des esprits est extrême. « Le peuple commençait à s'inquiéter du retard de l'arrivée du prince ; nous étions à bout d'inventer des canards pour lui faire avoir patience. D'une autre part, les républicains, exaspérés de l'élection, provoquaient à une lutte. C'était évident pour toutes les personnes qui fréquentaient les rassemblements... La police répandait le bruit que tout ce mouvement n'était pas l'expression de la volonté du peuple, que c'était le résultat d'une conspiration bonapartiste qui se faisait avec de l'argent tiré de l'étranger et que l'on distri-
buait(i). » — Fialin, reparti pour Londres aussitôt rélcclion terminée, était revenu vite. II dînait chaque soir au Café de Paris avec Ferrère. Ils parcouraient ensuite les boulevards jusqu'à minuit, se mêlant aux badauds, écoutant parler. Ces promenades les fortifiaient dans leur croyance napoléonienne. Ils constataient l'eiret des maladresses policières. « Les agents, aidés par les révolutionnaires et favorisés par la garde nationale, entraient dans les groupes, saisissaient les orateurs bonapartistes et laissaient parler les répul)licains {•2). » Ils avaient beau faire. Le nombre des soldats individuels qui continuaient de s'enrôler augmentait toujours. La Gazette de France du 12 et du i3 juin, La Patrie notent que les afTiches et les biographies en faveur du prince sont répandues à profusion. Des hommes à cheval et en voiture parcourent les principales rues en distibuant des imprimés et en criant : « Vive Napoléon ! »
Lamartine pensa qu'il serait habile de produire dans le peuple un mouvement contraire à celui qui s'y accusait. Il manda près de lui quelques délégués du Luxembourg ainsi que d'autres chefs de corporations. Ceux-ci venus, malgré leur réserve, il s'elforça de les animer au tableau des dangers qu'allait courir la République ; il leur olfril des capitaux i)our aider les associations ouvrières et linit, devant leur silence, par les prier, sans plus d'ambagc, d'organiser une manifestation contre l'arrivée du nouvel élu. La froideur avait augmenté au fur et à mesure qu'il parlait. « Les délégués du Luxembourg, sur l'avis de Louis Blanc, avaient voté pour Louis Bonaparte. Ils se tenaient (l'ailleurs en grande défiance des paroles qu'ils entendaient et des promesses qu'on leur faisait