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2, 3. Thirria, déjà cité, t. I. 4. Léo Lespès, t. L
ET LA i;i':VOLUTION DE 1848 22 T
nialganiaieiil clroilcnienl parut adroit aux directeurs; ils pensèrent a\<)ir diilé son devoir à l'Assemblée. Ilspurent conslati'i- dès le débuta (|u«'l point ils se trompaient. « La ])reiu!ère des Irois ([uestions fît rire ; la troisième déplut: on y vil une atteinte irréfléchie au> sull'rajj^e universel et la marque d'une politique sournoise (i). » L'ellcrveseenee s'accrut. Les ouvriers necaclièrent |)lus leur lavon de penser ; on aurait entendu dire : « Si le prince avait été à l'Hôtel de Ville quand on a proclamé son nom, cincpiante mille hommes le portaient aux Tuileries (2), » Furieuse, la Commission ne voulut plus allendre pour frapper un grand coup et choisit la séance du 12 juin.
Le peuple accepta le rendez-vous. — Le mouvement napoléonien ne s'accentuait plus seulement de jour en jour, mais de minute en minute (3), et le comité central était débordé. Il agissait inutilement ; les choses roulaient d'elles-mêmes. « Nous ne conduisionsj>lus, avoue celui qui, plus tard, fera valoir ses services, nous étions entraînés par ces masses composées de révolutionnaires, de bonapartistes, d'orléanistes et de curieux. On retrouvait là, mais plus vives, plus animées, plus ardentes, les mêmes opinions qui s'étaient dessinées aux élections ('i). » Par delà les dénominations exclusivement politiciennes et nuancées, on peut essayer de définir les éléments en présence : d'une part, les niveleurs et les bourgeois républicains, moins séparés qu'on ne pense, les uns réalisant par le sang ce (pie les autres, l'argent excepté, établissent en développant la médiocrité, tous deux momentanément unis contre le prince ; puis des répu-
I, 2. Léo I.esnès, t. I.
■{. «Le nom (lu i)rince le disputait en popularité à celui de Barhi-s. » J. Heaiijoini, IJistuire des Tuileries. 4. Ferrère, Révélations.
blicains sincères, épris d'un rêve difficilement réalisable ; de l'autre, les forces vives du pays qui, nécessairement, malgré les divergences, malgré les dissensions même, se ralliaient autour du nom napoléonien. Il existait un troisième groupe plus particulier, plus éphémère, composé d'hommes qui semblaient prêts à tout et dont on ne peut dire exactement l'opinion ; la plupart en avaient tant qu'ils finissaient par n'en posséder aucune ; le reste, en plus petit nombre, suivait la simple consigne de la préfecture de police, acteurs d'un rôle connu. Le gouvernement, à force de craindre, et redoutant chaque jour davantage l'arrivée du prince, avait ordonné les précautions les plus radicales. Elles menaçaient, il est vrai, un ennemi toujours masqué, un nom, une foule, — trois insaisissables. L'affiche du général Piat, à moins qu'elle n'eût été rédigée que pour augmenter le mouvement ou décliner toute responsabilité dangereuse, montre que le comité avait éventé les agents provocateurs (t). Les ouvriers y lisaient : « Des meneurs perfides sèment l'agitation autour de nous ; ils couvrent leurs projets du nom de notre concitoyen Louis-Napoléon Bonaparte, de ce nom qui repousse le désordre et l'anarchie. Evi-
1. Le gouvernement se faisait renseigner, selon son devoir, le plus possible et suA^ait à quoi s'en tenir, si ces extraits de police sont vrais : « 7 juin. Propos relatifs à Napoléon-Louis Bonaparte ; on appelle l'attention du gouvernement sur les propos tenus publiquement par les ouvriers. Beaucoup d'ouvriers assurent que le citoyen Bonaparte sera élu représentant du peuple et que, bientôt, il sera jnis à la tête du gouvernement. Enfin, on va jusqu'à affirmer que le complot bonapartiste doit éclater cette nuit ou demain... Les ouvriers disent qu'on ne pourra pas maintenir la République. — 12 juin. Emotion profonde au sujet de Louis Bonaparte. On craint de graves événements. Louis Bonaparte n'est pas à Auteuil, tout Paris est en émoi, etc., etc. Mécontentement causé par la démission de Louis Bonaparte... L'agent spécial de surveillance de service au chemin de fer du Nord nous a attesté qu'il n'avait pas eu connaissance, jusqu'à aujourd'hui dix heures du matin, de l'arrivée de Louis Bonaparte à Paris, etc., etc. » P. de Cassagnac, Histoire de la Chute, etc., déjà citée, t. IV, p. 21.
tez les pièges qu'on voudrait vous tendre ; attendez avec calme la décision souveraine de l'Assemblée. Des ennemis peuvent seuls vous pousser à de blâmables démonstrations ; elles seraient, èroyez-moi, énergiquement désapprouvées par notre nouveau représentant auquel la Républicjue vient de rendre une patrie et (jui m'écrivait de l'exil, le i() mars dernier : « Je n'ai pas d'autre ambition (pie d'être utile à mon pays et je crois en avoir donné une grande preuve en m'éloignant. car je préférerai toujours sacrifier même le bonheur d'êlre en France à l'idée de nuire en (pioi que ce soit à l'aHermissement d'un gouvernement qui doit tirer sa force de la libre élection de toute la nation (i). »
Le prince ne devait pas se déranger (2). Il l'avait décidé au dernier voyage de Persigny, n'estimant pas encore le moment opportun. Il voulait laisser à « la vague de fond qui le portail, le temps de submerger toutes les résistances » (3). Il comptait fournir ainsi ses nouvelles preuves de conciliation et de paix. Afin d'insister, il avait également projeté d'envoyer une nouvelle lettre à l'Assemblée en lui offrant sa démission. Persigny etFerrcre, de leur côté, comptaient sur cette lettre pour calmer les esprits, leur permettre d'attendre et les sauver l'un et l'autre de la police (^). INIais Louis-Napoléon s'était ravisé. Rien ne i)ressait. Il avait pensé préférable de laisser venir les événements. Qui veut agir est tenu de prévoir ; en tem[)s de révolution, au moment de la crise même, les prévisions se présentent trop nombreuses et derrière elles s'étend trop d'inconnu; il vaut mieux juger sur une