‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 91 sur 149 · Tax. Delord. Histoire, etc., déjà citée, t. I · texte numérisé non relu

Tax. Delord. Histoire, etc., déjà citée, t. I

4. Lord Normandy. Une armée de révolution à Paris, déjà cité. I i5

pas me faire l'apologiste de son passé politique ; ce passé m'est complètement étranger, citoyens, et je ne voudrais pas que vous lui en fissiez un crime. Il est des lois de justice, de loyauté, d'opportunité polique que vous devez observer envers lui comme envers tout citoyen qui n'a jamais rien entrepris contre la République. Quoi de plus naturel que des gens qui veulent attaquer la République s'arment contre elle de ce nom sous lequel ils cachent leurs coupables intrigues ? Est-ce une raison pour vous, citoyens, de rendre Louis Ronaparte responsable des agitations que son nom soulève ? Le citoyen Ronaparte est parti... Il est retourné à Londres où il est resté parl'aitement étranger à toutes les menées qui se font en son nom depuis quelques jours. Il a refusé nettement, positivement, plusieurs candidatures... son élection a été inopinée ; personne ne s'y attendait ; elle a étonné tout le monde et moi tout le premier ; elle a surpris Louis Ronaparte lui-même. » Lorateur a espéré déjouer la tactique ministérielle ; mais le pouvoir s'était préparé ; sur le terrain parlementaire, le seul où il sut à peu près manœuvrer, il gardait l'avantage. — Le ministre du Commerce, Flocon, répond que le gouvernement, pénétré de la gravité qui s'attache à la situation présente, assumerait toutes les mesures nécessaires pour que la sécurité de la République ne soit pas compromise et rejette momentanément la question en mettant d'abord en avant ses propres affaires. L'ordre du jour appelle la discussion d'un crédit de douze cent mille francs pour les frais de traitement de police de la Commission. Ce crédit est accordé, non sans, cependant, que le ministère évite certaines flèches ; plusieurs représentants profitent de cette demande pour signaler, avec véhémence même, les tiraillements, les tcrgi-

ET LA RÉVOLUTION DE 1848 ll'J

versations et les faiblesses de la Commission, entre autres le général lîedeau qui jure (jue l'armée serait toujours fidèle à la République : « La force armée, en France, est essentiellement intelligente ; elle est passive dans l'accomplissement d'un ordre dont elle accomplit la légalilé, mais jamais elle ne sera aveuglée par le prisme d'un prétendant quelconcjue. » Il affirme qu'elle le mel trait en accusation immédiate. C'est après ce loyalisme qu'il lombe sur la Conunission, dénonçant « la paralysie » qu'elle engendre, insistant sur rinefïicacité de la forme actuelle, avançant qu'il presse de la modifier et laissant entendre que Cavaignac serait le meilleur ouvrier de cette tâche indispensable.

Lamartine choisit ce moment pour parler et double ainsi la difficulté de son rôle. Presque olympien en temps ordinaire, il marche lentement sans assurance. Il est pâle ; son visage qui se contracte accuse des teintes violacées par endroits (i). De temps en leuips, sa main convulsive froisse dans son habit une feuille à moitié dépliée (2) : un décret de proscription contre le fils d'Horlense. Il aimerait le déposer de suite sur le bureau, il le devrait, à son point de vue, car il vaut mieux paraître certain de son opinion quand on veut l'imposer et le doute est préférarable à huis-clos ; d'autre part, une pareille action est grave ; elle établit un nouveau passe-droit, une négation absolue du suffrage universel, — Pendant ces minutes chargées d'avenir, la foule s'épaissit toujours. Les cris n'arrêtent pas : « Vive Napoléon ! » L'attente apparaît anxieuse. Tous les yeux cherchent. La police entière est sur pied. A deux heures, on bat le rappel. Deux régiments de cavalerie elun régiment

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