Idem
r>. Révclallons, etc., déjà cité.
f>. Lamartine, Histoire de la néi'olnlion de iS^S. Dans tout le cours de l'ouvrage, il est à remarquer «lue le poète transpire beaucoup.
23o LOUIS-NAPOLÉON BONAPARTE
Gomme dans la séance où il proclama la République, attend-il quelque chose du dehors?... La séance, suspendue pendant une demi-heure environ, reprend et Lamartine continue, interminable. — Clément Thomas ordonne de refouler les masses, toujours de plus en plus envahissantes. L'opération est pénible, lente, si lente que le général sifflé perd patience et, bien que démocrate, s'écrie : « Chargez-moi toute cette canaille! (i) » Un coup de feu part. Qui l'a tiré? Nul ne le saura, sauf l'intéressé. Ainsi éclate encore le coup de feu étrange et décisif, comme sur le boulevard. Le bruit se répand « qu'il s'agit d'un coup de pistolet tiré sur un officier et qu'il a reçu la balle à la main ». On ne découvre, malgré les recherches — car, rappelons-le, toute la police est là — ni l'assassin, ni le blessé. Il n'importe ; cette détonation est la bienvenue. Les agents et les troupes chargent. Ferrère et Persigny sont bientôt isolés en face des officiers de paix qui courent sur eux. Ils se sauvent et se réfu-
I. Le mot est formel. Il ne peut pas être nié. « Son arrivée en face de la foule fut accueillie par une bordée de silllets et d'injures. Il était très pâle. Il se tourna A^ers moi et cria en faisant un geste violent de la main : « Chargez-moi toute cette canaille! » Depuis, il a nié le mot. Je le regrette, car je l'ai entendu.» Maxime Du Camp, Souvenirs de Cannée iS^8, déjà cité p. 224. — « On a fait évacuer la place. Le général de la garde nationale, Clément Thomas, a dit : « Chargez-moi cette canaille!» Les groupes qui reculaient devant la garde nationale criaient: « A bas Clément Thomas! Vive Napoléon! » Il régnait une véritable agitation bonapartiste. La garde nationale ne criait pas non plus: « Vive la République ! » Il y avait parmi elle des cris de « Vive Napoléon ! » et quelquefois : fa Vive l'ordre ! Vive la liberté ! » Je suis inquiet de la République ; ce qui s'est passé aujourd'hui pourrait bien être le commencement de la lin. La garde nationale et les troupes sont fatiguées, et le cri général est qu'il faut autre «hose que ce qui existe. Tout le monde dit: «Il faut (]aelqu'un qui commande. » Nous verrons si nous passerons par un Bonaparte . — Suivant l'usage, il y a en des groupes nombreux à la porte Saint- Denis ; on entendait de tous côtés les chants de la Marseillaise et des Girondins ; et, par intervalles, le refrain suivant sur l'air des Lampions : Nous l'aurons ! Nous l'aurons ! — Louis-Napoléon. » Journal du maréchal de Castellane, t. IV, p. 79.
ET LA «ÉVOLUTION DE l8'j8 i23l
^ieiit sous la première [)ortc cochère ouveile, 3, place (le la Madeleine, puis ils en ferment la grille de fer. La cour de la maison est déjà pleine de monde (i).
Ce n'est plus la révolution, celle fois, c'est, de suite, le gouvernement qui profile de laubaine. 11 multiplie le coup de pistolet. Lamartine, écoulé désormais, plus solide en conslalant l'émotion parlementaire, reprend courage : « Citoyens représentants, une circonstance fatale vient d'interrompre le discours que j'avais l'honneur d'adresser à celle Assemblée. Pendant que je parlais de reconstitution de l'ordre et des garanties que nous étions tous disposés à donner tous les jours au raffermissement de l'autorité et de la moralité publique dans toutes les facultés données à la nation par la révolution, un coup de feu, plusieurs coup de feu, assure-t-on, étaient tirés aux cris de « Vive l'Empereur ! » Messieurs, cest la première goutte de sang qui ait taché la révolulion éternellement pure et glorieuse du 24 février. Gloire à la dépulation, gloire aux différents partis de la Uépublifiue ! du moins, ce sang n'a pas été versé par leurs mains ; il a coulé, non pas au nom de la liberté, mais au nom du fanatisme des souvenirs mililairos cl dune opinion naturcllemcnl, quoique involontairement peut-être, ennemie invélérée de toute république. {Bravo! bis)... Lorsque l'audace des factions est prise en flagrant délit et prise dans le sang français, la loi doit être appli({uée d'acclamation (Oui. Bis). » Le député Larabil inlerrouq)! le l)oèle pour protester contre le vole par acclamation mais, malgré quehpie mouvement, le i)r(iphèle de lady Slanhopc continue : «... (^onsidéranl «pie Charles-Louis Bonaparte est compris dans la loi de 1882 <]iii exile du territoire fran(,'ais les membres de la
i. i'errùre, Ilévéla lions, v\.c.
famille Bonaparte ; — considérant que s'il a été dérogé de fait à cette loi par le vote de l'Assemblée Nationale qui a admis trois membres de cette famille à faire partie de l'Assemblée, ces dérogations tout individuelles ne s'étendent ni de droit ni de fait aux autres membres de la même famille ; — considérant que la France veut fonder en paix et en ordre le gouvernement républicain et populaire, sans être troublée dans son œuvre par les prétentions ou les ambitions dynastiques de nature à former des partis ou des factions dans l'Etat et, par suite, à fomenter, même involontairement, des guerres civiles ; — considérant que Charles-Louis Bonaparte a fait deux fois acte de prétendant en revendiquant une république avec un empereur, c'est-à-dire une république dérisoire au nom du sénatus-consulte de l'an XllI ; — considérant que des agitations attentatoires à la république populaire que nous voulons fonder, compromettantes pour la sûreté des institutions et pour la paix sociale, se sont déjà révélées au nom de Charles- Louis-Napoléon Bonaparte (et nous parlions avant le fatal incident) ; — considérant que ces agitations, symptômes de manœuvres coupables, pour.^aient créer une difficulté dangereuse à l'établissement pacifique de la République si elles étaient autorisées par la négligence ou la faiblesse du gouvernement ; — considérant que le gouvernement ne peut accepter la responsabilité des dangers que courraient la forme républicaine des institutions et la paix publique s'il manquait au premier de ses devoirs en n'exécutant pas une loi existante, justifiée plus que jamais, pendant un temps indéterminé, par la raison et le salut public ; — déclare qu'il fera exécuter, en ce qui concerne Louis Bonaparte, la loi de i832 jusqu'au jour où l'Assemblée Nationale en aura autrement décidé »
Toute l'Assemblée applaudit frénétiquement. Elle se lève « comme un seul homme (i), » les mains hautes : « Vive la République ! (2) »
Le (ils de Lucien demande la parole. Il monte à la tribune au milieu d'un silence véritable, rare dans un parlement aussitôt après un pareil tumulte. « Représentants du peuple, s'écrie-t-il, tous ceux qui portent mon nom flétrissent et flétriront l'attentat qui vient de se commettre. Il est possible que ceux qui l'ont commis crient « Vive l'Empereur ! » mais ils sont bien coupables, en versant le sang français, d'avoir prononcé le nom de l'homme qui, pour l'éviter, en i8i5, a sacrifié sa couronne et sa famille. {Marques (V assentiment.) Les vieux soldats de la Loire le savent. La France le sait. Pour ma part, je ne comprends pas des soupçons que je ne mérite pas... A la première nouvelle de notre heureuse révolution, je suis accouru de l'exil ; j'ai prêté spontanément entre les mains du gouvernement provisoire un serment de fidélité à la République ; je n'en prêterai jamais d'autre. (Bravo ! Bis /) La main sur la conscience, je puis dire que je suis républicain de père en fils. (Très bien ! Bis !)... Si la République était attaquée par des réactionnaires ou des anarchisles, je suis également prêt à quitter ces bancs pour me porter au premier rang de ses défenseurs. (Marques unanimes d'assentiment.) La République, je la veux inviolable ; elle est mon idole ; je ne veux qu'elle et j'aimerais mieux mourir que de voir autre chose. » (Bravo ! Bis ! Applaudissements prolongés.) — Le fils de Jérôme apporte à nouveau l'aflirmalion de sa foi républicaine. Il déclare que l'Empire est vme grande époque, mais un souvenir, et que personne n'entend l'invoquer ici