Idem. — Journal du maréchal de Casteliane
pour le présent ni pour le lendemain. « C'est une chimère que l'Empire. » Il proteste également contre toute corrélation entre les troubles qui ont lieu et le nom en haine duquel on demande un injuste décret. Il montre que l'on s'efforce d'établir un rapport étrange entre le coup de pistolet et le cri de « Vive l'Empereur ! » « Je comprends, dit-il, que cela est sans doute hors de la pensée de INI. de Lamartine, mais il y aune corrélation odieuse, un rapport indigne entre le coup de pistolet tiré et le nom qu'il vient de prononcer à cette tribune... Oh ! non, il n'a pas pu le penser, je rends trop hommage à ses sentiments. Mais il vous a dit : Voyez cette corrélation : d'un côté, on prononce un nom, de l'autre on commet un assassinat infâme ; de là, la nécessité d'un décret de proscription. Citoyens, si demain on invoquait les noms les plus honorables — et plus ils seront honorables, plus on les invoquera — pour commettre un attentat odieux, parce que les misérables se serviront sans cesse du nom qu'ils croient pouvoir servir de voile à leurs projets, toutes les lois qu'on tirera un coup de pistolet et puis qu'on criera : Vive le citoyen un tel ! — faudra-t-il en rendre responsable ce nom ? » Les Chambres, comme les girouettes, tournent en tout sens, au gré des vents qui se les disputent. Lamartine eut-il peur que sa proposition, applaudie d'abord, n'obtînt plus la majorité ? Probablement, car la séance prit fui sans qu'il ait été statué à son sujet. — Ce grand jour n'aboutissait à rien.
Pendant ces débats, Persigny cachait mal son inquiétude. Il s'attendait à être arrêté. Il craignait qu'on ne fût allé perquisitionner chez lui, 2 rue Saint-Georges, Il s'y rendit en faisant un grand détour. Personne n'était venu le demander encore. Sa crainte persis-
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tant, il enleva tous ses papiers, ranimés à l'avance dans deux cartons, et les porta chez Forestier qui les déposa en lieu siip. Accompagné de l'inséparable Fcrrci'C, il dîna au café Bignon, au coin du boulevard et de la rue delaCliaussée-d'Anlin. A neuf heures, ils étaient Galerie des Variétés, chez Devaux ; ils y restèrent quelques minutes et prirent le chemin de la porte Saint-Denis, En sortant du passage des Panoramas, Persigny remarqua qu'on le suivait. Ferrère lui offrit de partir sur-Ie-cfiamp pour Chantilly. Persigny refusa ; il semblait avoir perdu toute sa décision habituelle. Ferrèie lui proposa un lit rue du faubourg Saint-Honoré. Persigny refusa encore. Il se sentait toujours filé et ne voulait pas faire arrêter le banquier par surcroît. Comme celui-ci, ne sachant l)lus que lui indiquer, lui vante les agréments d'une promenade continuée jusqu'à l'aube. « Non! Non ! répond convulsivement Fialin, restez ici et séparonsnous au plus tôt, c'est nécessaire. Demain matin, de très i)onne heine, venez chez moi ; la lettre du prince sera sans doute arrivée, c'est mon espoir (i). » Il serre la main de son ami et traverse vite le boulevard. « Tout cela fut lait instantanément (2). » Ferrère rentra chez lui. Le lendemain, à six heures du matin, il alla rue Saint-Georges. La concierge lui apprit qu'on s'était assuré de Persigny à trois heures et qu'on l'avait mené à la Conciergerie (3). Le ItruiL se ré[)aridait ensuite qu'on avait arrêté Tremblaire, Thomassin, Laity et M""^ Gordon (4)- — Le (touvernemcnt commettait une nouvelle faute : il était Irop lard. La propagande n'avait plus besoin de personne. Dans les provinces, sans doute avancée [)ap le comité,
I, 2, 3. P'errcre, R<h'él(itiotiH clc.
i\. Taxile Delord, l. I. — L'arreslalion «le Laily aurait niômc indigné. Le Siècle du l'j juin.
mais merveilleusement accueillie, soutenue et répandue par les populations, la nouvelle de la proclamation de l'Empire à Paris grandissait. Les paysans espéraient et croyaient que Louis-Napoléon allait monter sur le trône ou, même, y commandait déjà. Celte réussite leur paraissait simple et nécessaire (i). Les journaux montrent la même inconséquence. Les Débats, innnuables dans leur dévouement au régime en cours, donnent raison à l'Etat. Le Charivari représente Louis-Bonaparte comme un imbécile, car la taclique la plus persévérante des adversaires sera celle-là, et on sait qu'elle a persévéré longtemps : « Il a poussé de terre en quarante-huit heures, dit-on encore ; il se montre aux yeux étonnés comme un phénomène de végétation. » Deux feuilles déclarent que la République fait fausse route, La Patrie et Le Siècle ; leurs rédacteurs pensent qu'il vaut mieux laisser venir le prétendant pour le diminuer plus aisément aux yeux des masses ; en l'excluant, au contraire, on le grandit. « Un prétendant vu de près, dit Le Siècle, deviendrait beaucoup moins dangereux ; le public serait bien plus vivement frappé de la disproportion qui peut exister entre l'homme et le rôle. » Et La Patrie : « Boulogne et Strasbourg sont là pour nous édifier sur ce que l'on doit attendre du prince Louis... La tribune laissée libre au prince ne montrera, nous le croyons, qu'un obscur représentant du peuple ; défendez lui cette même tribune, elle deviendra pour lui le marchepied d'un prétendant. » — A côté de ces journaux, d'autres, petits, éphémères, apparaissaient, serviteurs de la cause napoléonienne, permettant d'attendre l'approbation des grands quotidiens. Le 6 mai, c'était La Famille, le 29 mai Le Diable Boiteux à V Assemblée Nationale ; le 4 juin c'est Le Gamin de Paris, le 8, Le Nouveau