‹ Louis-Napoléon Bonaparte et la Révolution de 1848Chapitre 96 sur 149 · I. Correspondances particulières · texte numérisé non relu

I. Correspondances particulières

Figaro, le lo, La Constitution, journal des vrais intérêts (lu pays qui, le 12 du même mois, tout en con» servant son premier titre général, remplace le second j)ar : Journal de la République napoléonienne : le i3, il change de nouveau et dc\'ninl La République napoléonienne. Le 12, c'est encore Le Napoléonien, le 14, Le Bonapartiste, le i5. Le Petit Caporal, le 17, La Redingote Grise, puis Le Petit Chapeau. En juillet, apparaîtra Zrt Gazette Nationale, en aoùi, Le Peuple Constituant , en septembre. Les Humanitaires et surtout un Journal de Napoléon-Louis Bonaparte, en octobre, La Présidence, sorte de prospectus, et Le Napoléon, en décembre, Le Pays, revue du peuple (i).

I. Voir la nomenclature de tous ces journaux dans Castille, à la fin de l'ouvrage. — Ces journaux renseignent sur l'état des esprits, sur les moyens employés pour produire de l'impression. Tous, en majorité de petit format, contiennent le portrait de l'Empereur ou celui du prince. Le premier numéro du Napoléon républicain porte en épigraphe : Le peuple est le seul souverain. Abolition de la peine de mort. — Un article, intitulé : Républicaine ou cosaque, lait parler l'Empereur ainsi : « Français, j'avais désiré que mon corps reposât au bord de la Seine, au milieu de ce peuple français que j'ai tant aimé. Dieu a exaucé le plus cher de mes vœux. Mon âme est toujours avec vous. Je reviens après un quart de siècle, mûri par le mallieur, la retraite et la méditation... Je l'ai dit du rocher de l'exil : la démocratie, comme la corriq)tion, coule à pleins bords ; avant i8ôo, la France, l'Europe entière, sera répuldicaine ou cosaque. — Démocratie ou monarchie ! Vertu ou vice ! llépubliciue ou esclavage ! Régénération ou dégradation ! Vice ou mort ! Peuple français et vous Italiens, Prussiens, Autrichiens, etc., voilà ce qui vous est offert. Ennemis des peuples, despotes encroûtés, aristocraties corrompues, vous avez élevé contre moi toutes les puissances de la fourberie alin de m'absorbcr dans l'icuvre militaire, de faire diversion, de m'ôler le temps d'f)rganiscr la démocratie révolutionnaire. Je n'étais i)as né pour la guerre: Mon expédition d'Egypte l'a bien prouvé. J'avais de fortes vocalicms scientiliques ; je voulais que la science, que l'art pénétrassent partout... Je voulais que l'ouvrier fût heureux et gjignàl ses six francs par jour... Je voulais organiser le commerce, ce grand prol)lème, cette question de vie ou de mort des sociétés modernes. Les despotes, les parasites, les fainéants, les repus, les cochons à l'engrais (mot de Ronaparte consul) iTiierçurent vile (|ue... le mérite, la vertu, le progrès, la démocratie, allaient être à l'ordre (hijour... que l'intrigue, le vice, la corruption, «jui forment la base des vieilles sociétés européennes, allaient être forcés dans leurs reIran-

— Sur le boulevard, la distribulion des porlrails, des médailles et des feuilles n'arrête pas. Voici le tableau» daprès Le Charivari : « Demandez le portrait du prince Louis, un sou ! Demandez Ze Napoléon républicain,

chements ; que, par la force des choses, le peuple révolutionnaire allait concpicrir le inonde... alors, ils déchaînèrent contre moi toutes les puissances de la calomnie... ils nie forcèrent d'acccjjter la guerre que je ne voulais pas.. . parce qu'un pouvoir démocratique ne peut vouloir la paix à tout prix. Dès lors, la coalition des despotes forma le vœu imj)ie d'anéantir l'Empire français, de faire une guerre acharnée, incessante, au pouvoir qui était le produit de l'élection tacite des masses, à l'homme qui était l'incarnation du principe révolutionnaire, qui représentait et réalisait autour de lui le triomphe du mérite personnel sur la naissance ou l'intrigue, de l'égalité relative sur le privilège, de l'élément populaire sur l'aristocratie. Alors, j'ajournai mes i)lans de régénération intérieure, je m'absorbai dans l'étude de la guerre, j'entrepris de conserver intacte cette grande nationalité française. Il me fallut... faire marcher le peuple français à la conciuète de la destruction des dynasties féodales. » Dans un autre article, Aux hommes piws qui gouvernent In France, on lit : « La république que vous voulez, c'est la courtisane usée qui donne de l'or jiour ses caresses à ses nombreux amants... Le peuple, votre maître vous chassera... Et toi, peuple, lorsque tes commis violent le mandat que tu leur as donné, souviens-toi du drapeau rouge du Champs-de-Mars et du courage de tes pères en 1798... » Cette proclamation A V Armée de Ligne, Aux Ouvriers, Aux Gouvernants démissionnaires : « Citoyens soldats, nous sommes tous égaux, libres et frères... Vous ne dev-ez à vos chefs l'obéissance aveugle et passive que lorsque vous êtes en face de l'ennemi ; mais dans nos rues, en face de vos frères, vous ne voudrez pas agir comme des machines... Ils f)nt encore un grand intérêt à rétablir la monarchie qui les maintiendra à vos dépens dans les privilèges, grades supérieurs et autres avantages dont la royauté vous a toujours frustrés. On va donc tendre des pièges aux soldats qui sont sortis du peuple, afin de les exciter à frapper leurs frères... Le véritable ennemi du peuple, c'est le chef militaire ou aristocrate qui commande aux soldats de tirer sur les citoyens qui veulent jouir du droit de réunion ». Ce passage adressé A la Garde bourgeoise : « Braves gens ! Aous jouez aux vieux soldats d'une manière étonnante. Eu voyant votre discipline, votre belle tenue, votre propreté, vous le dirai-je ? Vous me rappelez ma vieille garde. (Car c'est encore Napoléon I" qui parle.)... Je ne comprends pas ce garde bourgeois qui voit dans un. frère revêtu d'une blouse, un factieux, un anarchiste, un ennemi, une bête fauve bonne à traquer ». Les apliorisnies sont ceux-ci : « C'est au profit de l'unité d'action que la souveraineté populaire engendre son chef. » — « Amasse les charbons ardents de la confiance sur le front de la responsabilité. » — « Les assemblées ne doivent être que des moyens de simple con-

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lin SOU ! L'Aigle républicaine, un sou ! toujours un sou ! Il y a encore Le Napoléonien... Refusez le portrait, on vous le met de force dans la main ; rejetez Le Napoléon Républicain, on vous le glisse dans la

suite au milieu des jours d'embarras ». — « Entre le peuple et sou élu, pas d'intermédiaires qui s'arrogent le droit de les renii)lacer l'un et l'autre. » — « Peuple, ne lais pas le pouvoir petit, de peur qu'il ne te le rende. » — L'Aigle républicaine cherchait à rassurer sur les sentiments de son candidat : « Républicains de la veille, républicains du lendemain et du surlendemain, s'il en existe, rassurezvous tous, le prince Louis-Xapoléon ne doit vous donner aucun ombrage. Républicains de toutes les couleurs, de toutes les nuances, depuis le bleu douteux jusqu'au rouge foncé, soyez sans aucune crainte ; le neveu du grand homme ne veut point jeter le bâton impérial dans les roues de votre char démocratique-.. Quel doit être l'avenir du j)rince Louis-Napoléon au milieu de la république française? A cette question, nous n'avons rien autre chose à répondre, sinon qu'il est des secrets que Dieu seul connaît. » — C'était une autre fois : Paroles d'un revenant ou lettre de VEnipereur à son. neveu Louis-Xapoléon, 19 juin iH^H. — De mon nouveau l'alais des Invalides... Paris républicain mérite d'être observé. Ma belle colonne de bronze, voilà mon observatoire: cet observatoirelà m'appartient, c'est mon œuvre, et je ne pense pas qu'on songe encore à m'en déshériter. C'est là que j'aime à établir mon quartier général. Bertrand et Duroc m'accompagnent ; à eux deux ils forment mon état-major ; quant à mon armée, elle est là, autour lie moi. Vous devinez maintenant pourquoi je neveux pas quitter Paris : l'amant craint de s'éloigner de sa maîtresse et ma maîtresse à moi, c'est la France ; dans ce moment, elle cherche; elle tâtonne, elle ressemble quelque peu à Diogène cherchant un homme à l'aide de sa lanterne allumée en ])lein midi. L'histoire ne dit pas si Diogène trouA-a ce qu'il cherchait... Quant à la France, elle trouvera, soyez sûrs. D'ici là, je vous approuve de lui souhaiter une république sage, grande et intelligente... Tout vient à pointa ([ui sait attendre. » Le Petit Caporal explique ainsi son texte : « Le Petit Ca[)oral n'est pas cet empereur de théâtre, habillé sur les dessins de DaA'id. mais le général avec sa redingote grise ; c'est le bourgeois de Paris qui se mêle aux groupes populaires les jours de fêle et qui apprend, par les conversations particulières, les abus à réformer, les injustices à rc[)arer ; c'est le chef de l'armée (pii n'oublie ni le nom, ni la ligure d'aucun de ses soldats et <pii, à défaut d'un grade, quand l'inslruction élémentaire manquait, savait récouq)eiiser le grognard ou le conscrit,

En lui faisant jaillir une étoile du cœur. Non ! le Petit Caporal n'est pas mort, c'est le Christ de la gloire et quand il reposait là-bas dans rAtlaiili(iue sous les mimosas brûlés de Sainte-Hélène, il n'eut fallu ([u'un Pierre l'Eruiile [)our entraîner des millions de croisés à la concpu'-le de son tombeau. — (juavez-vous à lui reprocher au Petit Caporal ? D'avoir égorge la

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poche. L'aigle Dapoléonienne vole sur la foule, de chapeau en chapeau, ne pouvant, comme autrefois, voler de clocher en clocher. Hier, on distribuait de petits drapeaux tricolores avec cette inscription : Vive le prince Louis ! les passants n'en voulaient pas, on les leur mettait de force à la boutonière. » C'était la réclame à l'américaine. — Actuellement, le journal important était La Liberté, détinitivemcnt acquis et « qui distribuait chaque jour plus de cent mille exemplaires (i). »

Tout se joua le i3 juin. Lamartine avait manqué la partie en ne réussissant pas de suite. L'eiTet des coups de feu ne pouvait que s'atténuer, à moins d'une mort ou de quelque amplification; or, personne ne s'apprêtait à mourir, personne n'était même blessé et, maintenant, tout le monde étant renseigné, il devenait impossible de mentir. Le rapport de Clément Thomas

République, sa mère ? Mais elle-même lui avait dit : Frappe le ventre ! tant elle rougissait de sa dégradation. Ce n'était plus la femme forte et courageuse, mais une ]Messaline dans le boudoir du directeur Barras. Et puis, il chassait les avocats, ce choléra du monde politique, et le peuple aujourd'hui ne désire-l-ilpas mélanger la tribune parlementaire, encombrée de rhéteurs ? Le Petit Caporal ne mourra pas ; comme le Christ présent dans l'hostie, il €st présent lui dans toute idée de gloire et de grandeur, et le peuple communie avec lui, car le peuple qui lui doit le rétablissement <lu culte n'oublie pas ses principes religieux ; il comprend trop qu'un Etat jiérit quand il s'élaje sur des mœurs provisoires. » Dans une autre lettre de Napoléon au peuple on lit : « Plus d'une fois, la nuit, le j^anorama du pajs s'est développé dans ma tète. Comme le père de famille, je ne songeais qu'à vous, sachant que je pouvais compter sur a^ous. Mon cœur était fécond de votre bon Aouloir. Mon vocabulaire était riche parce qu'il élait l'expression ■de mes actes. Le plus ridicule de tous les métiers, c'est de mâcher la phrase à Aide, Fermez Aotre oreille à tous les propagateurs de plans gigantesques, tout disposés à bâtir l'édifice de voire bonheur quand vous aurez eu la complaisance de leur donner des milliards... ))etc., etc. Voir aussi pour la nomenclature des journaux : Henry Izambard, La Presse parisienne, statistique bibliographique et alphabétique de tous les journaux, etc. Depuis le 22 février jusqu'à l'Empire, etc., Paris, Krabbe, i8à3.

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