‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 11 sur 49 · LOUIS-PHILIPPE J'ENDANT SON PREMIER EXIL · texte numérisé non relu

LOUIS-PHILIPPE J'ENDANT SON PREMIER EXIL

lant les souvenirs des dernières guerres. Puis ayant trouvé un guide, il s'en va chez les Lapons, plus loin que n'avaient été Regnard et Maupertuis. Il est jeune, d'une santé vigoureuse, ardemment désireux de s'instruire. « Qu'il profile de sa disgrâce, avait écrit Dumouriez à Monlesquiou: dites-lui que ce vertige passera et qu'il trouvera sa place. Les princes doivent produire des odyssées plutôt que des pastorales!' »

« Tout ce qu'il devait au hasard de la naissance, disait alors Mme de Genhs, il l'avait perdu, et il ne lui restait plus que ce qu'il tenait de la nature et de moi! »

Il passe à Christiania des mois paisibles et studieux, puis' recommence à voyager, et est atteint dans la petite ville de Holstein, par un message de sa mère. La Duchesse d'Orléans avait passé le temps des fureurs l'évolutionnaires à Vernon, dans la maison de son père, le Duc de Penthièvre, étroitement surveillée. Des jours meilleurs sont venus, et le Directeur Cârnot a proposé de lever le séquestre des biens, de mettre enfin en liberté Montpensier et Beaujolais, si le frère aîné consent à s'en aller avec eux en Amérique. Désespérés par la captivité, ces malheureux princes avaient tenté de s'échapper : dans une escalade, Montpensier s'était cassé le bras, et Beaujolais était revenu se livrer aux geôliers, ne voulant pas quitter son frère.

La Duchesse d'Orléans reçut aussitôt la lettre que voici, remplie des sentiments les meilleurs et digne, par le style, d'un élève de Mme de Genlis :

« Quand ma tendre mère recevra cette lettre, ses ordres seront exécutés, et je serai parti pour l'Amérique; je m'embarquerai sur le premier bâtiment qui fera voile pour les États-Unis.... Et que ne ferais-je pas après la lettre que je viens de recevoir? Je ne crois plus ([ue le bonheur soit perdu pour moi sans ressource, puisque j'ai encore le moyen d'adoucir les maux d'une mère si chérie, dont la position et les souOVances m'ont déchiré le cœur depuis si longtemps....

1. BouTMY. Époques mémorables de la vie du rui des Franrais. Paris, 1845. *

Je crois rêver quand je pense que dans peu emûrasserai mes frères et que je serai réuni à eux; car je suis réduit à pouvoir à peine croire ce dont le contraire m'eût paru jadis impossible*.... »

Il partit aussitôt, quitta Hambourg le 24 septembre 1796, et aborda en Amérique le 21 octobre. Cela passait alors pour une très heureuse et rapide traversée. Ses frères, embarqués à Marseille sur le bateau suédois Jupiter, échouèrent à Gibraltar, et ne le joignirent à Philadelphie qu'en février 1797. Le siège du gouvernement était alors en celte ville, et le général Washington fit aux trois jeunes princes le meilleur accueil. Louis-Philippe assista à la cérémonie de la remise des pouvoirs à M. Adams, le second Président des États-Unis.

Washington s'était retiré à Mount Vernon où il menait la vie d'un gentilhomme campagnard : « Suivez mes deux conseils, lui écrivait La Fayette, de la Grange ^ ayez un secrétaire et montez à cheval de temps en temps. »

Il aimait à s'entretenir avec le jeune Duc d'Orléans, et lui donnait de sages leçons de politique libérale. « J'aime celte nation, écrivait celui-ci à sa sœur. Elle sera peut-être un jour une puissante alliée de la nôtre. »

II a raconté pour elle un voyage entrepris avec ses frères jusqu'aux chutes du Niagara, voyage dont Washington avait bien voulu tracer le plan et qui a duré quatre mois. Ils ont couché quinze nuits dans les forêts, dévorés par les insectes, quarante nuits dans de m-auvaises cabanes; été entourés un jour par une tribu d'Indiens Senecas, « les meilleures gens du monde quand on ne les met pas en colère », et en somme l'ait plus de mille lieues sur les mêmes chevaux. Et il rapporte pour sa sœur une gouache d'après la cascade de Niagara, « qui tombe de 137 pieds de haut ». Ce ne devait pas être un chef-d'œuvre.

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