Moniteur du 18 dccembre
a donné tant de preuves, j'emporlerai sur la terre étrangère, avec l'espoir que des temps plus propices me rouvriront leportes de la France, le souvenir si consolant pour moi qu'avant de la quitter j'ai eu le bonheur de combattre pour elle, et de ^concourir à la délivrer de l'invasion étrangère dont elle vient de triompher ! »
Quel contraste entre cet honnête langage, et la rhétorique pitoyable de la Gironde et de la Montagne!
Il prend toutes précautions pour que sa lettre soit remise en propres mains au Président, lue par conséquent par celuici à l'Assemblée, et publiée dans le Moniteur. Après cela, il n'y aura plus d'hésitation possible.
Comme il veut forcer la main à son père, il prend les plus grands soins pour ne le point avertir de sa démarche. Il envoie à Paris son valet de chambre Gardanne en qui il a toute confiance; il règle le voyage de façon que celui-ci arrive le matin, avant neuf heures. Gardanne ne se montrera ni au Palais-Royal, ni aux écuries de la rue Vivienne avant d'avoir accompli son message : il ira tout droit à la Convention. Le prince sait que son père, régulier dans ses habitudes, n'y paraît jamais avant midi.
Mais ce jour-là est précisément le 18 décembre 1792, jour fixé pour disputer l'ajournement du décret; le Duc d'Orléans n'a pas voulu assister à la séance où son sort et celui des siens va être débattu; et pour un motif quelconque, il a voulu passer à la Convention le matin. Le fidèle serviteur est occupé à demander accès au cabinet du Président quand une voix bien connue l'appelle : « Hé! que faites-vous ici, Gardanne? Mon fils est-il donc à Paris? » Le voici obligé de tout dire. Il est envoyé de Tournai. Il a une lettre à remettre au prince; mais d'abord une autre lettre à faire parvenir au Président. « Donnez, donnez, je me charge de cela. » Et le message ne fut pas accompli !
Montpensier écrit à Chartres que leur père parla le soir de l'incident, sans humeur : « il n'en avait jamais! »
Mme de Genlis -aconte que le Duc de Chartres, « tombé
dans le plus grand découragement après la mort du Roi, » £e serait décidé à écrire à la Convention, la priant d'approuver son projet de quitter la France. Sur ce projet il aurait consulté son père; et le Duc d'Orléans aurait répondu : « Cette idée n'a pas de sens : n'y plus penser. »
Mme de Genlis ne se trompe pas sur les intentions des deux princes. Mais elle commet une erreur de date : aucun doute n'est possible sur celle du 18 décembre 1792. C'est avant le procès de Louis XVI que Louis-Philippe, regardant le décret de bannissement comme un coup du ciel, voulut partir le premier, afin d'entraîner son père et de l'arracher à ce tribunal fatal oii ce malheureux allait siéger et voter! Le fils clairvoyant et courageux tentait un effort désespéré pour protéger le père contre sa faiblesse trop connue.
Mais aucun effort ne pouvait l'emporter contre la volonté entêtée de rester à Paris. Voici un brouillon de discours écrit un peu plus tard, après la mort de Louis XVI, par le Duc d'Orléans et destiné à la Convention '.
« A la fin d'octobre 1789, La Fayette, sur les sentiments duquel j'élais abusé, ainsi que presque tous les Français, m'engagea à m'éloigner pour quelque temps de France. Aujourd'hui, mêmes discours, mêmes moyens. Je retrouve toutes les mêmes choses, excepté la plate et froide figure de La Fayette. Moi et mes enfants, nous nous soumettrons toujours sans murmurer. Nous ne serons jamais que de simples citoyens français, ou bien rien. »
Ou bien rien : cela est écrit peu de mois avant sa propre condamnation à mort!
Sa dernière tentative ayant échoué, Louis-Philippe, du moins, supplie Montpensier de demeurer au Palais-Royal et de veiller sur leur père. Il y demeura jusqu'en février. « Ses opinions, a écrit le frère aîné, (bien changées depuis), étaient plus voisines de celles de mon père que des miennes. »
Rien ne put empêcher la catastrophe.