‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 3 sur 49 · Fonds Beugnot · texte numérisé non relu

Fonds Beugnot

" Montpensier ciîne au Palais-Royal la veille du voie. Lui et la dame de la rue Bleue implorent et protestent. <t Raesurezvous, répond invariablement Orléans. Non, je ne ferai pas cela. Je ne puis pas le faire. Je suis incapable d'une pareille action, et d'ailleurs je n'irai pas à la Convention. » Le fils, l'amie se retirent sans trop de crainte. Le matin deux députés arrivent. Ce sont des collègues, habituellement assis auprès d'Egalité pendant les séances et qu'il aime retrouver à ses côtés. L'un d'eux est son conseil, son avocat dans ses affaires de fortune. Ils viennent le chercher. Ils triomphent de ses hésitations.

Quand JMonlpensier, suivant sa coutume, vient assister à la toilette de son père, on lui dit que le prince est sorti avec MM. Merlin et Treilhard. Orléans s'est défendu encore; il ira; soit, mais il ne votera pas.... Funeste influence des groupes et des camaraderies parlementaires ! Tyrannie exercée par des figures qui prennent l'air indigné, ou offensé, ou stupéfait, à l'annonce d'une résolution! Il faut souvent, au Parlement, se fâcher pour suivre son propre avis; il faut braver des reproches et l'accusation d'abandonner ses amis. Mais si une scène de couloirs explique à la rigueur une faiblesse, elle n'excuse pas un cz'ime. A quel sentiment cet homme a-t-il pu obéir? Ce n'est pas l'ambition; il devait être guéri. Son fils n MIS assure que jamais personne n'a songé à lui pour la r ).autéetqu'à proprement parler, il n'avait point de parti. Ce n'est pas non plus la rancune. Le litre d'amiral, tant souhaité et refusé d'abord par le Roi, avait fini par lui Hve accordé le 16 septembre 1791 ; le 18 janvier 179â, Bertrand de Molleville lui on avait apporté la nouvelle. Il est à remarquer cependant qu(; le brevet ne lui avait pas été délivré, et le fut seulement par Monge, le 28 janvier 1795! D'autre part, Louis-Philippe- Joseph n'était pas méchant; l'amour de tous ses enfants en es' gai'ant. Il n'était pas h\che; il marcha quelques mois plus tard, sans faiblir, au dernier supplice. On est réduit à expliquer un acte monstrueux par de petites raisons, puissantes sur un caractère faible : la tyrannie de l'habitude chca un

Parisien que les émeutes et les raines ne pouvaient éloigner (le son banc au Parlement le matin, de son fauteuil à l'Opéra le soir; la camaraderie, d'autant plus impérieuse que le nouveau camarade s'est donné plus de peine afin de faire oublier aux autres son origine, et de se ranger à leur niveau.,..

Il vota.... A peine les poignées de main et les approbations refroidies, il revint désolé. On l'imagine rentrant dans son palais.

Montpensier, atterré dès le matin à la nouvelle du dépari du Duc d'Orléans avec ses deux collègues, et prévoyant un désastre, avait été s'enfermer dans sa chambre où il resta tout le jour. « Mon père (je oite ici le journal) l'envoya chercher. Il le trouva fondant en larmes, assis devant son bureau, et les deux mains sur ses yeux, i Montpensier, lui dil-il en « sanglotant, je n'ai pas le courage de te regarder. » Mon frère m'a dit qu'ayant lui-même perdu la parole, il avait voulu l'embrasser et que mon père s'y était refusé, en disant : « Non, je suis trop malheureux. Je ne conçois plus « comment j'ai pu être entraîné à ce que j'ai fait. »

« Et ils restèrent longtemps dans cette position sans proférer une parole de plus ! »

APRÈS cette catastrophe commence pour le Duc de Chartres une période cruelle. Que fera-t-il? Il veut servir encore, servir plus que jamais. C'est le meilleur refuge dans les embarras de la politique. C'est l'honneur retrouvé, après la chute paternelle. Il avait eu ce pressentiment dès le début de la Révolution; il s'était promis à lui-même de n'avoir pas d'au Ire ambition. Bien plus, il avait pris à cet effet un engagement; et cela dans de terribles circonstances.

Ilétait venuà Paris, récemment nommé lieutenant général, (It'siianl ne point changer d'armée et demeurer aux côtés de Kollermann. Celait en 1792, peu de jours après les massacres de septembre. Il va chez Servant, ministre de la guerre» pour présenter sa requête. Il trouve Servant couché, malade, la tète dans un bonnet de coton, orné d'un large nœud de ruban jaune, — une fontange, disait-on alors, — et de fort mauvaise humeur. Il éprouve un refus très sec et se retire. Un homme était dans la chambre, le dos tourné, regardant par la fenêtre. Cet homme le suit, et l'aborde avec ces mots : « Ne vous inquiétez pas de cet imbécile, et venez me parler.

— Qui donc ètes-vous, vous qui traitez ainsi les ministres?

— Danton. « Et Danton lui donne un rendez-vous. L'anecdote a été souvent contée. Le prince a pris soin

beaucoup plus lard, après la Restauration, de l'écrire très au long.

Le rendez-vous eut lieu chez le garde des sceaux, déjà installé place Vendôme, au premier étage. Dans la même salle, en 18ii, Louis-Philippe renoontrait le chancelier

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