Esprit des Lois, ch. X, L. VI
temps de Montesquieu. Devant l'Assemblée constituante le rôle laissé à la noblesse dans la société moderne avait été défini à jamais par les mémorables paroles de Louis XVI que nous avons citées. Et la Charte avait consacré ces idées nouvelles. Oui donc au temps de la Restauration eût rêvé d'établir les distinctions dont parle Montesquieu, entre les hommes? Personne, pas même M. le Vicomte de Donald, qui démontrait cependant, par le rapport constant entre les êtres, la nécessité scientifique de l'existence d'une monarchie et d'une aristocratie.
Montesquieu a dit encore : « Autant le pouvoir du clergé est dangereux dans une république, autant il est convenable dans une monarchie, surtout dans celles qui vont au despotisme. Où en seraient l'Espagne et le Portugal, dépuis la perte de leurs lois, sans ce pouvoir qui arrête seul la puissance arbitraire ? »
Il est possible que l'Espagne et le Portugal se soient bien trouvés au xviii^ siècle de ce frein opposé aux excès du despotisme. Mais eu France, en 1815, personne ne songeait, pour modérer le pouvoir royal, à proposer la Chaire au lieu de la Tribune et de la Presse; ou des sermons au lieu d'interpellations et dadresses. Cela eût été trop loin des idées qui satisfont « le gros des hommes modernes ».
Cependant, ajoute Litlré, les partis se combattirent avec une mutuelle fureur : « Fieramente fuero aversi ». Il répète le mot de Dante h propos des Guelfes et des Gibelins. D'où provinrent tant de colères, tant d'attaques virulentes à la tribune, dans la Presse, et même par la voie des complots? Essayons de passer en revue les griefs ou les prétextes.
La Monarchie était-elle combattue en principe? Non, même par les opposants les plus ardents.
Sous le Ministère que présidait M. de Villèle, le général
Foy terminait ainsi son discours célèbre contre l'intervention en Espagne :
« C'est à la France qu'il appartient de s'interposer comme médiatrice entre la vieille Europe et l'Europe rajeunie. C'est à elle de prouver au monde que la monarchie représentative est la forme de gouvernement qui concilie au plus haut degré la dignité du pays et la liberté des citoyens. Elle le prouvera le jour où elle aura un ministère constitutionnel et libéral? »
Elle l'a! s'écriait la Droite.
Mais le grand orateur libéral n'attaquait, on le voit, que le Ministère. Nous voulons la monarchie reformée et la Charte, déclarait, peu de jours avant lui, M. Bignon.
Les actes du Gouvernement étaient-ils de nature à exaspérer Topinion? Ce Gouvernement trouva la France ruinée par de longues guerres, dévastée par deux invasions.
En 1850, les ruines étaient réparées et la prospérité rendue au pays, dans son industrie et dans ses finances. Jamais la France n'a possédé une administration plus honnête, plus économe, ni plus sage.
Est-ce donc que les Ultras, les Émigrés furent écoutés avec une trop exclusive bienveillance? Non, jusqu'au 8 août 1829.
En 1828 était adoptée la loi qui consacre encore maintenant les libertés de la Presse.
La Chambre élue dans l'enthousiasme des premiers jours fut dissoute en 1816. On peut se demander si, à travers beaucoup de motions excessives et passionnées, la Chambre introuvable elle-même n'eut pas quelques bonnes intentions; si, par exemple, elle n'avait pas voulu desserrer les liens de la centralisation impériale.
I J'avais demandé, écrit Villèle *, la suppression de la Direction des Contributions directes. C'était sans inconvénient dans un système tendant à l'émancipation des administrations locales, que j'avais en même temps réclamée. On avait préféré la centralisation »