‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 28 sur 49 · Il n'oublie pas Bremgarten et le Chevalier de Rionel · texte numérisé non relu

Il n'oublie pas Bremgarten et le Chevalier de Rionel

« Nous allons demain à l'Hôtel de Ville, comme il y a deux ans. Monsieur nous mène, et le grand-maître des cérémonies a fait de môme mettre toutes les voitures à deux chevaux, io save the point; never mind. »

Louis XVIII meurt. Et Charles X accorde aussitôt à son cousin et à tous les siens le titre tant souhaité d'Altesse royale. Le vicomte de Chabot est aussitôt informé de cette grande nouvelle.

Neuilly, ce mardi 21 septembre 1824..

« C'est, en effet, une Altesse royale qui vous écrit, mon cher Vicomte, le Roi m'a annoncé cette faveur avec la plus grande grâce. C'est pour tous, ainsi tout est bien. Je vous dirai le reste quand je vous verrai. En attendant, nous irons demain le remercier à Saint-Cloud; ainsi veuillez nous ordonner deux voitures drapées pour dix heures et quart, à Neuilly. L'une de ces voitures ramènera les princesses de Saint-Cloud à Neuilly, l'autre me conduira au Palais-Royal où je dois recevoir, à une heure, le ministre de Prusse, avec une lettre de félicitation sur la naissance de mon fils cadets J'y serai tout porté en uniforme.

« Quant à jeudi, c'est à neuf heures et demie précises que M. le Dauphin arrivera aux Tuileries pour en repartir à dix avec le convoi. Je partirai donc de Neuilly à huit heures trois quarts, dans une voiture^rapée à quatre chevaux, et la voiture houssée à huit chevaux se rendra du Palais Royal aux Tuileries, de manière à y être à neuf heures et demie précises. Nous irons dans la voiture de M. le Dauphin, les nôtres en avant. Dans l'église, il sera dans un fauteuil, et nous dans des chaises à dos, et je le trouve très bien comme cela.

« Je vous embrasse. «

Il n'est insensible à aucun honneur attribué parles anciens . Antoine Philippe, duc de Moutpensier.

usages à sa naissance el à son rang. Il s'attache même aux formalités de l'étiquette : deux chevaux, mais pour tout le monde.., to save the point; quatre chevaux, huit chevaux, voitures drapées, voitures houssées, aux funérailles du Roi.

Il s'occupe de sa fortune, et l'administre avec soin : il a connu le désordre de son père, la misère pour lui-même, el il a huit enfants. Il l'emploie sans avarice. Le comte Rodolphe Apponyi, dans ses amusants récils des élégances mondaines, loue les fêles données à Neuilly, surtout une soirée vénilienne, avec promenades en barque sur la Seine. Le comte Apponyi était secrétaire de l'ambassade d'Autriche, alors installée dans lo bel hôtel qui, ayant été acheté par M. Seillière, est devenu l'hôtel de Sagan; et juge sévère des élégances el des fêles.

Il se consacre avec amour à l'éducation de ses enfants. Bellechasse lui a laissé de bons souvenirs, mais il a reconnu l'inconvénient des éducations particulières. Il ne veut pas, comme a fait son père, confier à une institutrice le soin de former des colonels. Il envoie simplement ses fils au collège.

Le Moniteur universel (.29 août 1829) publie l'information suivante :

« Mgr le Duc d'Orléans, accompagné de toute sa famille et d'une foule considérable de parents, s'était rendu hier, à midi, au collège Henri IV. pour assister à la distribution des prix. La cérémonie était présidée par M. Lebeau, membre du Conseil académique, assisté de M. Taillefer, inspecteur de l'Académie de Paris.

« C'est M. Giton, professeur de philosophie, que le collège avait choisi pour ouvrir la séance,

« M. Giton est lui-même ancien élève lauréat de ce même collège,

« Les couronnes ont été partagées entre les Institutions de MM. Vautier, Jubé, Hallays-Dabot et Dehsle. Le jeune Duc de Nemours a remporté le deuxième prix d'histoire, en troisième. »

Quelques mois plus lard, le jeune lauréat du collège Henri IV entre dans la vie publique.

Le 2 mars 1850,lo Duc de Nemovirs, Prince du sang et, en celle qualité, Pair de France, prôte serment devant, la Chambre des Pairs.

Son frère aîné sert déjà dans l'armée. Le Moniteur xinîver sel du 25 août 1829 nous apprend que Mgr le Duc de Chartres, colonel du 1'^'' régiment de hussards, accompagné de M. Baudrond. son aide de camp, part pour le camp de Lunéviîle où S. A. R. fera les grandes manœuvres de cavalerie.

Ingres a perpétué pour nous, quelques années plus lard, le souvenir des beaux traits et de la taille élégante de ce jeune Prince. Le comte Apponyi raconte qu'à la fin de la Picstauration il allait beaucoup dans le monde, et avait su triompher par sa bonne grâce, dans le faubourg Saint-Germain, de certaines préventions.

Le Duc d'Orléans aimait les livres et avait chargé du soin de sa bibliothèque Casimir Delavigne, le chantre des Messéniennes, disait on alors. Il aimait aussi les arts; les œuvres de Gros, Girodet, Gérard, DroUing, Géricault, Horace Vernet ornaient sa maison; et ces peintres distingués en étaient souvent les hôtes.

La Princesse Marie, dès l'âge de douze ans, dessinait, avec les conseils d'Ary Schefler : il a raconté' dans ses lettres combien il avait été frappé de son intelligence etde son talent précoce. Elle imaginait et composait d'une façon charmante, mais se désolait de ne pas posséder la science du dessin. € El moi-même, écrit le peintre, las de redresser des bras cassés et des jambes tordues, je l'engageai à essayer de la sculpture. » Réflexion bizarre, les bras cassés et les jambes tordues n'étaient pas moins contraires à l'idéal sculptural.

Schefler, esprit très littéraire, poète plein de séduction, mais fort loin de dessiner comme Ingres ou comme Degas, devait s'entendre à merveille avec une jeune princesse douée elle-même de plus de sentiment et d'imagination que de science. En fait d'invention, elle a égalé son maître. Le basrelief qui re[)résenle le réveil du poète est une création pleine

Page 1