‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 30 sur 49 · Tbognon. Vie de Marie- Amélie · texte numérisé non relu

Tbognon. Vie de Marie- Amélie

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lettre , est d'une âme affligée, mais nullement ennemie :

Neuilly, ce jeudi 22 novembre 1827.

< Vous aurez vu dans les gazettes que le Roi s'est déterminé à dissoudre la Chambre des députés sans attendre qu'elle eût atteint l'âge de sept ans et que cette mesure a été accompagnée de la création de soixante-seize nouveaux Pairs ! Les élections nouvelles ne sont pas, jusqu'à présent, de nature à nous faire présager une grande harmonie dans les Chambres et il me semble impossible de prévoir les combinaisons que tout ceci va produire. Le choix des députés de Paris a été suivi d'illuminations partielles comme lors du retrait de la loi de la presse, et puis de pétards, de coups de pierre, de coups de sabres, de coups de fusil et de scènes bien affligeantes pendant les nuits des 19 et 20 novembre. Tout cela paraît fini, et l'est certainement quant à présent. Dieu veuille que cela ne se renouvelle pas!

« Au dehors, nous vivons la glorieuse bataille de Navarin wherc French and English fought most nobly and most cordially on Ihe same side, et j'en ressens une satisfaction extrême, mais l'avenir est sombre de ce côté et je ne sais guère ce qui va en sortir.... »

Telle a été la conduite du Duc d'Orléans pendant la Restauration. Il a ^ervi le Roi pendant les Cent Jours; il l'eût servi encore volontiers, et était prêt à apporter à la monarchie le concours de sa grande popularité.

Par une mauvaise chance, son caractère et sa personne déplaisaient à Louis XVIII; et ses idées inquiétaient Charles X. Il fut tenu à 1 écart par l'un et l'autre, pour des raisons difïerentes. Mais avec Charles X ses relations furent toujours amicales. Le Roi l'estimait, sans l'écouter, et ne croyait pas aux mauvais propos répandus contre lui. Cette sympathie existait depuis les jours de l'exil et leur rencontre en Angleterre en 1802. L'attrait de l'amitié n'est pas toujours en harmonie avec les tendances des esprits. Les sentiments et les

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idées ne suivent pas le même chemin. Oui de nous n'a pas compté de bons et estimables amis parmi ses adversaires politiques?

On lit, par exemple, dans le Moniteur d'août 1829 : « S. A. R. Mgr le Duc d'Orléans et sa famille ont dîné à Saint-Cloud avec le Roi. La table était de douze couverts. » j\I. de Polignac venait d'être nommé ministre. La conversation ne dut point porter sur ses projets.

En mai 1850, arrivèrent à Paris, avec une suite nombreuse, le Roi et la Reine de Naples : le Roi François !«' déjà courbé par le mal qui l'enleva peu aprAs. C'était le frère de Mme la Duchesse d'Orléans, et un beau-frère très aimé de Louis- Philippe. Il a dit de son beau-frère qu'il eût été capable en d'autres circonstances d'être un bon Roi constitutionnel, éloge le plus grand que Louis-Philippe pût décerner.

Apponyi assistait au grand dîner offert à l'ambassade de Kaples en l'honneur de Leurs Majestés siciliennes. L'ambassade occupait, place Beauvau, l'hôtel qui est maintenant celui du Ministère de l'Intérieur. L'ambassadrice de Naples, la Duchesse de Serra Capriola, mère de douze enfants, n'en était pas moins une des plus séduisantes personnes de la Cour. Et le Duc, suivant un usage napolitain" — un peu trop oriental — se tenait derrière le fauteuil du Roi, un plat d'argent à la main, jusqu'à ce que son maître lui eût ordonné de prendre place à table.

Leurs Majestés siciliennes assistèrent aussi à un grand bal

dans le Palais Royal, décoré et illuminé avec magnificence.

Là fut prononcé par M. de Salvandy ce mot prophétique :

« Fête vraiment napolitaine! Nous dansons sur un volcan! »

Le Roi Charles X honora cette fête de sa présence, etmontra,

uivant sa coutume, à ses hôtes la plus amicale bonne grâce.

|La nuit était belle, les jardins pleins de lumière; une foule

j nombreuse était accourue. Charles X parut à la- fenêtre du

I palais et fut salué par de joyeux cris de: « Vive le Roi! »

Quand Charles X, convaincu de l'erreur où l'avait jeté , M. de Pohgnac, révoqua les fatales Ordonnances, il sem-

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pressa, comme le faisait de son côté la Chambre des Députés, de nommer le Duc dOrléans lieutenant général du royaume. L'opinion publique indiquait ce choix; et le Roi l'acceptait sans répugnance. Ni lui, ni son sage conseiller, M. le Duc de Mortemart, n'hésitèrent. Plus tard encore, pendant même la lente retraite qui conduisait le vieux Roi vers Cherbourg, des négociations furent engagées, une proposition fut^faite à l'effet de ramener à Paris le Duc de Bordeaux; à tout risque Louis-Philippe offrait cette dernière ressource, et le faisait dire à Caen par le secrétaire de l'ambassade britannique Caradoc, qui s'occupait de régler les détails du passaga de Charles Xen Angleterre. L'offre émut un instant le vieux Roi; mais fut vivement rejetée par Mme la Duchesse de Berry.

Pendant les journées du 28 et du 29 juillet, le Duc d'Orléans ne parut nulle part, ne se montra pas à Paris. Le soir du 50 juillet, ce furent Thi ers et le peintre Ary Scheffer', suivant un récit de ce dernier, qui vinrent le chercher à Neuilly, et ils durent l'attendre; car il étiit allé, à cheval, passer la journée au Raincy.

Thiers avait fait irruption dans l'atelier de la rue Chaptal s'écriant : « J'ai besoin de vous, Scheffer, j'ai tout fait! — Ou'avez-vous fait? — J'ai été à l'Hôtel de Ville, vu le Comité municipal, et les chefs de groupes, chez Laffitte. Bref, je suis porteur d'un message pour le Duc d'Orléans. Tout le monde sait que vous avez de beaux et bons chevaux. Menez-moi à Neuilly. »

Les pavés sont arrachés; d'étroits passages sont à peine ouverts dans les barricades; il ne faut pas songer à atteler une voiture. Thiers hésitant à monter un des grands chevaux de Schefl'er, on prend dans une écurie voisine le cob du jeune Ney, fils du maréchal. On part, on franchit das barricades, avec l'aide d'ouvriers combattants d'hier, amusés de la petite taille et de l'aspect comique de Thiers sur son poney, avec ses escarpins, ses bas blancs et ses lunettes. Il est permis

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