‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 31 sur 49 · Grote's Life ©f Ary Scheffer, p · texte numérisé non relu

Grote's Life ©f Ary Scheffer, p

de soupçonner Ary Schefl'er d'avoir celle fois dessiné une caricature. En route, pour plus de sûreté, il a pris possession de la lettre signée La Fayette, Laffitte, Lobau et Gérard. C'est lui qui la remet à Louis-Philippe dans le salon d« château de Neuilly. De la scène qui eut lieu il n'a indiqué qu'un trait : Madame Adélaïde, dès qu elle vit entrer son frère s'avança vers lui et lui dit : « Sire, conduisez-vous en Roi. »

En celte même soirée, Charles X avait déjà et pour toujours quitté le château de Saint-Cloud.

Ses ministres étaient venus, quelques jours avant, le trouver dans le château solennel et silencieux, dominant de loin Paris; quelques-uns indécis et retenus seulement par le point d'honneur, M. de Polignac très résolu. Le Roi, dit-on, murmura à voix basse, se parlant à lui-même : « Il le faut. »

On lui a expliqué (car c'est la conclusion du Mémoire de M. de Polignac) que les mesures exigées sont à la vérité hors la loi, hors les conventions de la Charte qu'il a signées et jurées; nécessaires cependant : il jouit d'un droit supérieur aux conventions humaines, d'un pouvoir suprême seul capable de conjurer les périls de l'Etat. Que le Roi daigne signer et le minisire répond de l'exécution.

Or, aucune précaution n'a été prise, aucune difficulté prévue par ces ministres qui se vantent d'assurer l'exécution des Ordonnances. Ont-ils pu penser que les Parisiens consentiraient paisiblement à se réveiller sans journaux, M. le prince de Polignac ayant jugé que cette lecture leur troublait la cervelle?

II n'y a presque point de troupes à Paris à la disposition du Duc de Raguse. L'armée est à Alger, avec le maréchal de Bourmont, ou bien dispersée pour les manœuvres d'été dans des camps lointains. M. de Bourbon-Busset, avec ses dragons, voudra accourir de Lunéville à Paris : il lui faudrait le temps de deux révolutions î

Le Roi, cependant, sent qu'il tient un dépôt sacré entre SCS mains. Tous les siècles à venir lui en demanderont compte. Louis XVI, son frère, l'a laissé tomber et l'a égaré

par trop de faiblesse; c'est du moins ce que chacun lui répèle. Il repasse datis sa mémoire son règne de six années, inauguré à Reims par des prières. 11 sait bien que les diatribes de la presse sont fausses et que jamais il n'eut la pensée d'asservir le peuple, de le livrer augouvernement des prêtres, de rétablir la noblesse dans ses anciens privilèges; de manquer enfin à ses serments. Il s'inquiète de ces faussetés, se demande si elles ne finiront pas par ternir sa mémoire, et rendre odieuse sa dynastie. « 11 le faut, » dit-il, et, trompé par de mauvaises raisons, ne s'aperçoit pas qu'il rompt de sa main un contrat juré par lui-même et qui l'unissait à son peuple !

C'est le 25 juillet que furent signées les Ordonnances. Le lendemain '26, le Moniteur officiel, le dernier qui ait paru orné des fleurs de lis, annonce deux nouvelles qui surprennent d'abord. D'une part : RI. le Duc de Mortemart qui, seul, aurait pu, peut-être, étant appelé plus tôt, sauver la situation si compromise, est parti pour les eaux. Et deuxième nouvelle, Charles X est allé chasser à courre à Rambouillet avec M. de Luxembourg.

Ne reprochons pas au vieux Roi ce dernier plaisir. Sa part, dans la tâche si malheureusement entreprise, était terminée. Depuis Henri IV qui, avec émotion, célébrait « nos chers déserts de Fontainebleau », tous les Bourbons ont été épris de la vénerie. Louis XVI était à la chasse le 5 octobre 1789; à la vérité en meilleure saison. Le 26 juillet 1850, lendemain des Ordonnances, une dernière fois, on vit à l'étang de Hollande ou à l'étang d'Or Charles X accompagné de M. le Comte de Girardin, son grand veneur, et Odry, le célèbre piqueur, appelant ses chiens pour le bat-l'eau : tels que Carie Vernet les avait vus autour de l'étang de Ville-d'Avray, un jour où des laveuses étendaient leur linge.

La royale sonnée, la curée terminée, Charles X, avant de rentrer à Saind-Cloud, dîna au chûteau de Rambouillet. 11 y devait chercher un asile trois jours plus lard, poursuivi par l'émeute parisienne.

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