M. le comte de Sainte-Aulaire
marins de Baudin, de Roussin, de Mackau se montrèrent dignes eonlinuateurs des nobles traditions de l'armée française.
Le Roi était l'objet de critiques, mais sa personne n'était pas impopulaire. Son caractère, sa vie imposaient le respect. Ses fils, si brillants et si braves, étaient admirés de tous. La prospérité agricole régnait. L'industrie, par la création des chemins de fer, allait disposer d'immenses ressources nouvelles.
Quelles furent donc les causes qui amenèrent et qui rendirent possible la catastrophe de février 1848?
Ces causes peuvent être classées en quatre catégories :
L'exceptionnelle fureur d'opposition qui unit souvent les légitimistes aux républicains; et pairfois s'empara même des amis du régime. Ceux qui l'avaient le plus chaudement acclamé en 1830 ne lui firent pas un long crédit.
L'échec de notre politique extérieure en Orient.
L'obstination de M. Guizot à refuser une réforme électorale semblable à celle que le Gouvernement anglais avait accordée en 1852.
L'affaire, enfin, des mariages espagnols.
Dans le premier cas, les partis sont responsables.
Dans le second et dans le troisième, ce sont les Ministres.
Dans l'affaire des mariages espagnols, la responsabilité incombe au Roi lui-même. Cette aftaire irrita la jeune Reine d'Angleterre, exaspéra Lord Palmerston, mécontenta le sage Lord Aberdeen, ruina la confiance des hommes d'Etat anglais en la maison d'Orléans. En cette occasion, le Roi des Français s'était trop inspiré des souvenirs de Louis XIV.
L'opposition des partis fut très ardente et se manifesta dedeux côtés à la fois.
La fidélité politique, dans les années qui suivirent la Révolution, avait été peu en usage.
LES CAUSES Dî. LA RUINE.
La rapidité des changemenls de régime, l'ambition, les né cessités de la vie, quelquefois aussi, un sentiment plus honorable, le désir de maintenir l'ordre, de ne pas courir à de nouveaux bouleversements, avaient amené de fréquentes conversions en sens divers. On n'est pas surpris de trouver dans les camps de Napoléon des personnages de l'ancien régime; on est plus étonné a en rencontrer beaucoup dans les emplois de sa Cour. Les serments devenaient chose négligeable : «t J'en ai prêté onze; en suis-je moins considéré? C'est une chose aussi bêle à demander qu'à refuser. » Ce propos a été tenu par un spirituel et considérable personnage qui a vécu très vieux. Sa maxime pourrait très bien s'appliquer aux décorations. Les serments sont chose plus grave.
Après 1850, du côté légitimiste il y eut explosion de fidélité. Le nom même de légitimiste fut, à cette époque, inauguré. Le sentiment est respectable et on ne peut se permettre de le discuter. Il n'en faut pas moins rendre justice aux royalistes qui suivirent l'exemple donné dans la Chambre des Pairs par M. le Duc de Fitz-James, et furent avant tout fidèles à la Monarchie et à la Charte.
Berryer, en 1850, pensa autrement. Beaucoup de gens âgés renoncèrent à leurs fonctions; les jeunes gens refusèrent d'embrasser les carrières de l'Etat. L'abstention devint un mot d'ordre, et fut aussi décidée, aussi générale que l'avait été l'émigration. Il suffît d'un exemple illustre pour entraîner beaucoup de personnes. Le Prince de Condé, le Duc d'Enghien avaient entraîné les émigrés. La noble figure de Berryer devint pour 1 intransigeance politique un symbole.
Beaucoup d'esprits attachés au fond à l'ancien régime, refusèrent d'accepter la halte offerte au cours de la marche révolutionnaire, et aimèrent mieux brûler l'étape du Juste Milieu. Le sentiment l'emporte parfois sur la raison, même chez un politique éminent tel que Tocqueville : il n'a eu de larmes, nous l'avons vu, que pour Charles X! Et, nommé député après la chute de Louis-Philippe, il ira siéger à l'extrême gauche.
Tel fut aussi Lamartine : c'était un royaliste, comme Ta si bien montré mon frère Henry Cochin dans son livre sur Lamartine député. En 1845, il reprochait durement aux ministres de Louis-Philippe d'avoir laissé se succéder en Espagne, sans intervenir, les troubles de 1835, les insurrections militaires de la Granja, en 1835, de Barcelone, en 18i0. « A une Reine, disait-il, exilée par un soldat qu'elle avait comblé de biens, vous n'avez su offrir qu'une barque pour fuir sa Patrie. La guerre d'Espagne a été la gloire de la Restauration, que vous n'avez pas imitée! » C'était le langage d'un ultra, suivant le terme d'alors. Cinq ans après, il présidait le Gouvernement provisoire.
En 1848, dans une réponse au président Sauzet, il écrit : « Je n'avais jamais vu Mme la Duchesse d'Orléans; je connaissais ses titres au respect, je ne connaissais pas ses titres au Trône*. »
Les exemples de cet état d'âme des légitimistes sont nombreux. M. Léopold de Gaillard, jeune étudiant en 1848, va voir, dans un vieil hôtel de Toulouse, M. de Villèle, presque octogénaire. « Ah! mon enfant s'écrie le vieillard, quel bon troc vient de faire la France!* »
Nous trouvons d'autres exemples encore dans le livre si intéressant et déjà cité de Mgr de Cabrières^. A Nîmes, en 1848, on bénissait les Arbres de la Liberté. Sous les auspices du père d'Alzon s'était fondé un journal républicain : la Liberté pour tous ; « et dans le Collège de l'Assomption, écrit le Cardinal, nous aussi, à la suite de nos maîtres, nous éprouvions de l'enthousiasme pour la République inoffensive et pure qui se montrait au pays, sous des couleurs attrayantes, à la fois tolérante et juste. Nos cours retentissaient du chant de la Marseillaise.... Nos parents se plaignirent. Ma tante du Lisieroy s'indigna ».
M. de Cabrières, le père, écrit alors à la nouvelle feuille répu-
i. H. CociiiN. Lamartine en Flandre.