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'216 LOUIS-PHILIPt>E.
Ouvrez au hasard un des vingt volumes el cherchez entre les sessions parlementaires, si vous voulez trouver autre chose qu'un minutieux compte rendu des débats des Chambres. En août 1858, vous apprendrez, par exemple, que le Roi fit atteler ses chevaux et alla, à six lieues de Paris, déjeuner chez JM. le Comte Mole, son ministre, au château de Champlatreux; le peintre Ary Scheffer fixa, par une esquisse, le souvenir de cette visite. Un Conseil des Ministres fut tenu avant le déjeuner, et une Ordonnance signée, àChamplatreux. Tout cela vous semblera sans grande importance. Mais voici les réflexions de M. de Vielcastel.
9 août. — Cela sent bien l'ancienne Cour.
12 août. — Ces manières sentent plus le Louis XIV que le xix« siècle. Cela rappelle les fêtes de Vaux ! Il faut avouer que le Roi n'a pas eu de Président du Conseil qui lui convînt mieux que M. Mole : aucun n'est plus propre à l'omnipotence du souverain et à la parfaite subordination du ministre avec des ~f ormes convenables et même dignes!
14 août. — « Articles pompeux et flagorneurs des Débats ». Le rédacteur des Débats (à propos des jardins dont le maître de Champlatreuxa changé l'ordonnance) avait écrit: « M. Mole qui a toujours été de son siècle.... »
Cette flatterie paraît insupportable. Dans le même mois, Odilon Barrot, dans un banquet offert après une plaidoirie, dénonce un « système de corruption et de tyrannie hypo crite », et dans son journal, Vielcastel cite le passage, non sans quelque complaisance. Ainsi parlaieiit et pensaient des hommes qui n'étaient ennemis ni du régime, ni de la personne du Roi, mais seulement opposés à M. Mole, et partisans de la Coalition!
ÎI
Nous avons montré le parti pris dans l'opposition : voyons maintenant quels en furent les aliments de cet esprit d'opposition et les principaux arguments mis en œuvre.
Le traité conclu le 15 juillet 1840, par Lord Palmerston avec la Russie, l'Autriche et la Turquie excluait la France de cette entente européenne. Ce grave échec diplomatique, survenu au plus beau moment du règne, devint pour la .Monarchie de juillet plus qu'un mauvais présage. Celait un défi lancé par l'Angleterre.
En 1839, s'était engagée devant le Parlement, à propos de la question d'Orient et de la révolte du Pacha d'Egypte contre le sultan, une discussion mémorable signalée surtout par le discours de Lamartine.
Nous pouvons choisir, disait Lamartine, entre le système turc et le système arabe. Le premier repose sur un droit légitime. Il serait le mien, si, en Turquie, je n'avais vu et touché un cadavre. Alliés avec le Sultan contre l'immense Russie, nous pouvons l'être. Ce ne sont plus des dogmes — la Croix et le Croissant — ce sont des mtérêts qui se combattent ou s'allient de nos jours. Mais à quel fantôme serionsnous alliés? L'Empire turc a perdu la Crimée et la mer Noire. La Moldavie, la Valachie sont des terres de Protectorat dans lesquelles pas un soldat turc ne pénètre. Milosh, le Washington d'Orient, a vaincu trois l'ois les Turcs en Serbie. Quatre millions de Bulgares, les Grecs de Macédoine et dÉpire seront libres demain. Vous-mêmes vous avez arraché les îles de la carte de l'Empire ottoman.
A Chypre, une garnison de' 60 soldats turcs veille sur un peuple de 40000 chrétiens. La Crète n'est pas mieux gardée. Cependant l'héroïque Mahmoud, dans Constantinople pleine d'intrigues, se tient encore debout devant le colosse russe.
Quel est le système arabe? — Laissez faire Mehemet, a dit un orateur. On a vu un homme fonder ou ressusciter un Empire. Oui, en Occident, où un grand homme est l'expression, le produit de son temps. En Orient, un grand homme est un monstre : quand il meurt, il replie son génie, sans laisser de traces, comme il a souvent replié sa tente, en lais, sant la place nue. Mehemet est vieux. Ibrahim est un héros.
mais usé par la guerre. El il n'est pas fils de Mehemel. Voire Empire arabe est mort comme Tautre.
Et on propose alors un système intermédiaire turco-arabe. Le statu quo que disent les Anglais.
Alors la Turquie d'Europe va denaeurer sous la main des Russes; il en est ainsi depuis Navarin, acte de démence accompli par les Anglais et nous, au seul profit de la Russie. Et c'est l'Asie Mineure dominée par le sabre d'Ibrahim.
Ce statu quo c'est l'asservissement de la Méditerranée à l'Angleterre. Elle entend que Gibraltar, Malte, Corfou, bientôt Candie et l'Egypte lui appartiennent, et que, maîtresse des embouchures et du Nil et de la Mer Rouge, elle possède sans rivale la route des Indes, par laquelle a'ous verrez passer tout le commerce de l'univers : ce sera un monopole.
Que faire donc? — Que peut-on tenter? — N'hésitez pas à envoyer des troupes et des ingénieurs au secours du généreux Mahmoud : voyez, s'il est possible encore de refaire la Turquie de 1790. Avcz-vous peur d'être entraînés dans une guerre contre la Russie qui a soixante millions de sujets, un million de soldats? — Ne cà-aignez rien. Le bronze de cette colossale statue a été coulé trop vite; il est mêlé de sable; il doit s'effondrer!
Croyez-vous, au contraire, que l'Empire russe est destiné à durer? — Les Empires suivent des pentes comme les fleuves. La pente de celui-ci l'entraînera vers l'Asie. C'est tant mieux pour nous, car il nous laissera la Méditerranée.
Enfin, voulez- vous un remède à l'agitation révolutionnaire? — Livrez-yous à de grandes entreprises au dehors. Donnez de l'air à la France, qui étouffe dans les limites du traité de Vienne.
Que de prophéties! Et quel langage admirable, qu'on est honteux de détruire par la sécheresse d'un résumé! Poêle, prophète, dominateur des foules : jamais le nom de vates, sans équivalent dans notre langue, ne convient mieux à un orateur.
Odilon Barrot parla en faveur de la Turquie, contre l'op-
pression russe. Nous ne voulons, affirma Dupin, ni Turquie russe, ni Egypte anglaise. C'était facile à dire !
M. de Tocqueville monta à la tribune le 5 juillet 1859, le lendemain du discours de Lamartine. La Russie, dit-il, veut la ruine de l'Empire ottoman. Là, doit penser le tzar, est la clef de ma maison. La Russie doit vouloir faire vivre Mehemet Ali, afin de s'ériger plus sûrement en tutrice du Sultan Mahmoud, que son sujet rebelle aura affaibli.
L'intérêt évident de l'Angleterre est au contraire de rendre quelque force à l'Empire turc, et tout au moins de le faire durer. Elle souhaite que l'Egypte demeure la dépendance éloignée d'un Empire en. décadence, et ne devienne pas la tête d'un État nouveau et florissant.
L'intérêt de la France est double. Il est -désirable pour elle que l'Empire turc continue à vivre; et que cependant Mehemet Ali soit assez fort pour rester indépendant. Aussi, en cette affaire, la France se trouve-t-elle isolée, sans alliés.... Le Sultan sera-t-il vainqueur? Cela se peut, bien que M. de Lamartine prétende avoir vu et touché un cadavre. Et l'événement serait heureux pour nous. S'il est vaincu, ne demandons pas un congrès, mais mettons-nous d'accord avec les intéressés, Angleterre, Russie, et au besoin Autriche. Souvenez-vous de 1826 : la Russie et l'Angleterre voulaient agir à elles seules. La France est intervenue par l'expédition de Morée. La Monarchie ottomane, sans un secours, est condamnée à périr. « Et cette monarchie est le seul point de halte qui existe entre nous et de grands malheurs où nous serions précipités sans elle. »
Entre le Sultan et le Pacha, la politique de M. de Tocqueville semblait indécise. Mais, au moins, il donnait un bon conseil : ne pas se laisser tenir à l'écart par les autres puLsgances.
Il n'était point seul à recommander celte élémentaire prudence. Dans presque tous les discours apparaissent les idées qui devaient un jour nous conduire à l'expédition de Crimée. Dans tous se montre la préoccupation de ne pas laisser, dans
le conflit entre le Pacha et son suzerain, la France hésitante et isolée.
Or, notre politique fut hésitante et la France finit par être tout à fait isolée. Le Parlement fut en cette circonstance très supérieur au Gouvernement.
Le Roi voulait à tout prix éviter la guerre. Les lettres de Desages à M. de Jarnac montrent ce célèbre directeur occupé des détails de l'affaire et fidèle aux traditions, mais sans vues d'avenir. La victoire d'Ibrahim Pacha à Nezib et la mort de Mahmoud, survenues presque en même temi>s, c'est-à-dire fort peu après la discussion des Chambres, jetèrent le trouble dans les bureaux du quai d'Orsay. Et, chose fâcheuse à constater, entre M. Thiers et M. Guizot, surpris l'un et l'autre et vaincus par Lord Palmerston, cette grande affaire se termina par une dispute de portefeuilles. Les rivalités de personnes ont souvent troublé la politique des Cours : de ce malheur, de ces misères inhérentes à la nature humaine, le régime parlementaire n'est pas toujours exempt.
Au commencement de l'année 1840, M. Guizot était ambassadeur à Londres et M. Thiers, ministre des Affaires étrangères. Les Puissances voulaient ramener en Orient la paix; elles y avaient réussi en 1855, mais en laissant la Syrie sous la domination d'Ibrahim Pacha. Et, contre un retour olïensif du Siiltan, cet habile capitaine venait de remporter la victoire de Nezib. Il était maître du pays d'Adana et menaçait, pour la seconde fois, de franchir le Taurus et de marcher sur Constantinople.
Les ambassadeurs d'Autriche et de Prusse, MM. de Neumann et de Bulow, conseillaient une transaction : abandonner à Mehemet Ali et à sa postérité l'Egypte; à Ibrahim la Syrie, mais pour le temps de sa vie. Lord Melbourne, le Duc de Wellington étaient favorables à cet arrangement. L'état des forces du Sultan ne semblait pas permettre à ses partisans d'espérer davantage. Et une guerre avec la France, alliée de Egypte, pouvait devenir menaçante. Mais Palmerston
refusait de vouloir rien entendre ; il était résolu à ramener en arrière le victorieux Ibrahim, depuis Adana jusqu'à Saint- Jean d'Acre. A aucun prix il ne tolérerait la présence du Pacha et de ses troupes au nord de cette forteresse !
Le 26 mai, M. Cochelet, consul général à Alexandrie, rend compte à M. Thiers d'une visite faite à Meheraet Ali pour lui annoncer la destitution de son inîime ennemi, le grand vizir Khosrew. Mehemet a poussé un cri de joie. Il est ambitieux et résolu ; mais son âme de vieux musulman ne peut se défondre contre un secret désir de rentrer en grâce avec le Commandeur des Croyants. Tout lui paraît devoir s'arranger, son ennemi étant chassé. Il va envoyer au Sultan Sami bey son premier secrétaire. Il rendra la flotte prisonnière; Saïd, son fils, ira l'offrir à Sa Hautesse. Quand il entend l'agent français approuver son projet, il saule à bas de son divan, marche à grands pas dans la salle, revient à M. Cochelet, lui serre les mains.
«... Mais, dit celui-ci un peu effaré de lui voir tant d'enthousiasme, êtes-vous donc prêt à rendre au Sultan Candie, Adana, les villes saintes?
— Laissez-moi faire ; tout s'arrangera. Ou si les conditions étaient trop dures, il me suffirait de permettre à Ibrahim de faire quelques pas en avant. »
Et tout en se prosternant aux pieds du Sultan, Sami bey et Saïd ont ordre de ne pas lui laisser ignorer que l'Egypte est perdue pour lui à jamais, et la Syrie perdue tout entière, au moins pendant la vie d'Ibrahim.
Quelques mois se passent; et le 17 juillet M. Guizot est invité à venir au Foreign Office. « Pour nous entendre avec la France, lui dit Lord Palraerston, nos efforts ont été sincères, et personne plus que moi na souhaité un accord si heureux. Vous savez pour quelles raisons il n'a pu se produire. »
Le Ministre anglais fait allusion à l'offre inacceptable qui bornait les conquêtes d'Ibrahim à la possession viagère de Saint-Jean d'Acre.
Il continue : « Nous nous sommes donc vus réduits ou à
abandonner toute action en Orient, ou à négocier en dehors de vous. Nous avons pris ce dernier parti. »
Il exhibe alors un Mémorandum préparé pour la France et informant cette Puissance alliée qu'un traité a été signé sans elle, entre l'Angleterre, la Russie, la Prusse, l'Autriche et le Sultan!
Mais, objecte Guizot, comment contiendrez-vous Mehemet Ali ?
— La flotte anglaise coupera les communications du Pacha d'Egypte avec Ibrahim.
— Ce dernier, poussé à bout, ne va-t-il pas franchir le Taurus?
— Le sultan a réuni derrière le Taurus une armée.
— Elle peut être battue comme l'ont été les premières par Ibrahim à Konieh et à Nezib.
— Un corps russe est prêt à entrer en Turquie. L'Empereur Nicolas a manifesté, de la conclusion de notre traité, la plus vive satisfaction.
Suivent des déclarations de tendresse. Nous ne voulons pas, dit Lord Palmerston, changer nos alliances; nous n'y songeons pas. Nous restons vos amis. ^lontrez-nous aussi votre amitié en invitant le Pacha à accepter nos conditions!
Le dernier mot est d'une ironie cruelle.
Guizot s'en va. C'est ce qu'il a de mieux à faire. Il rentre en France, et il rencontre Thiers au château d"Eu. Les Mémoires ne racontent pas comment ces deux hommes d'Etat se firent part mutuellement de leur déconvenue ; ni quels reproches ils s'adressèrent. Guizot, quand il retourna à Londres, fut reçu avec des honneurs exceptionnels, qui durent le consoler médiocrement. Il avait pour instruction d'essayer de maintenir le slatu qtio : comment pouvait-il l'espérer? Dès le 14 août, l'amiral anglais Napier ordonnait à Soliman, gouverneur au nom d'Ibrahim, d'éA-acuer Beyrouth; et l'amiral Stopford s'installait devant Alexandrie.
Guizot, sur l'invitation de Thiers, se présentait au Foreign Office le 19 septembre, et annonçait que Mehemet Ali vou-
lait bien céder Candie, Adana, les Villes saintes; mais il se réservait lÉgyple, avec droit héréditaire, et la Syrie, à litre viager.
Palmerston sourit et ajourne toute réponse. Il sait que le 11, Napier a dû bombarder Beyrouth, et que le Sultan a déjà destitué de ses fonctions le pacha d'Egypte!
L'Iradé est du 14 septembre. Tout à coup cette nouvelle et celle du remplacement de Mehemet Ali par un certain .Izzel éclate à Paris. L'indignation est à son comble. M. Thiers qui, en septembre, avait écrit à Londres pour se disculper d'avoir engagé Mehemet Ali à la résistance, fait savoir maintenant qu'il considère la disgrâce et la révocation du Pacha comme une rupture de l'équilibre européen.
Palmerston affecte alors un ton plus modéré. Il invile le Sullan à laisser à Mehemet Ali et à ses descendants le gouvernement de l'Égyple, tant quils ne se rendront coupables d'aucune forfaiture. Mais la Syrie est perdue, même Saint-' Jean d'Acre.
C'est là, pour la France, un échec diplomatique formidable. En l'année 1859, M. Thiers et ?>I. Guizot ayant formé une coalition, avaient précipité du pouvoir le comte Mole. Leur association avait de mauvais débuts. La domination de l'Egypte que Leibnitz avait proposée à Louis XIV et qui avait tenté Napoléon, aurait pu échoir à la France. L'apparition subite en ce pays d'un intelligent politique et d'un grand guerrier son fils, dévoués l'un et l'autre à notre cause, avait été une chance inespérée. La volonté hardie, intraitable de lord Palmerston sauva la cause anglaise.
M. Guizot, dans ses Mémoires, raconte fort loyalement celte histoire si fâcheuse. Il cherche à se consoler. Nous n'avions pas £(ssez pensé, dit-il, à l'Égyple elle-même, et nous étions trop occupés d'Ibrahim et de ses courses à travers la Syrie, auxquelles nous attachions trop d'importance. Cependant Ibrahim gouvernait la Syrie y compris Adana et Alexandrelte, y compris les Villes saintes, depuis sept ans, malgré une nsurreclion du Liban. El quant à la souveraineté de l'Egyple,
ce n'est plus à nous que Mehemel Ali allait en être désormais reconnaissant, mais à Palmerston; et à l'accord coliclu entre les quatre Puissances, accord dont la France était exclue! Les dernières conséquences de celte fâcheuse histoire devaient se produire quarante ans plus tard.
M. Guizot termine ce chapitre de ses Mémoires par ces mots : « L'heure des mécomptes était venue et c'était le Cabinet présidé par M. Thiers qui avait à en supporter le poids. »
En effet, le traité était du 15 juillet 1840 et, avant la fin d'octobre, à la place de M. Thiers, M. Guizot présidait le Conseil des Ministres.
Ainsi la ruine d'Ibrahim Pacha amena la chute de M. Thiers. Quand plus tard cet homme d'État voulut prendre sa revanche, la chute de M. Guizot entraîna celle du Roi lui-même.
L'attaque fut dirigée par M. Thiers en 1847 sur deux points. Il reprocha au Gouvernement l'état de ses finances, en particulier de la dette flottante augmentée par les dépenses des travaux publics; il critiqua aussi la politique extérieure, surtout l'affaire des mariages espagnols. Construire à la hâte des chemins de fer, suivant l'exemple donné alors par toutes les nations civilisées; avoir cédé à l'ambition de maintenir la Couronne d'Espagne dars la descendance de Philippe V, et de rapprocher peut-être de cette Couronne un descendant de Louis-Philippe; tels furent les deux griefs. Le premier était injuste. Le second était plus défendable. Mais lord Palmerston s'en était emparé déjà; et attaquer le gouvernement sur ce point faible, c'était s'associer à la politique malveillante du ministre anglais.
L'opposition, d'autre part, exploita des scandales, et accusa de corruption un régime que personnifiaient d'honnêtes gens
tels que Louis-Philippe et M. Guizol. Les afTairos Teste et Cubières firent les frais de la campagne, et donnèrent des prétextes à la violente et pompeuse rhétorique d'Odiion Barrot. Le régime n'était pas plus responsable de la malhonnêteté de M. Teste que du meurtre de la Duchesse de Praslin et du suicide de son criminel mari. Mais ce furent là des moyens d'inquiéter l'opinion publique.
L'assaut final fut donné en janvier et février 1848, au cri « Vive la Réforme ».
Était-il juste, était-il opportun de céder et d'accorder la Réforme? Il semble bien que cette nécessité s'imposait. Tocqueville a écrit : « Dans ce monde politique ainsi composé et ainsi conduit, ce qui manquait le plus, surtout vers la fin, c'était la vie politique elle-même. Elle ne pouvait guère naître ni se soutenir dans le cercle légal que la constitution avait tracé. »
Un éminent diplomate qui admire beaucoup l'Angleterre m'a dit : « J'ai posé la question suivante à un Ministre anglais qui nous traitait d'esprits légers et trop aisément révolutionnaires : que fùt-il advenu chez vous, si, un jour, des Ordonnances avaient supprimé les journaux ; et si, un autre jour, le bill de Réforme eût été obstinément repoussé par le Roi et ses ministres? »
Il est certain que la conduite de M. Guizot, en 1848, fut contraire à celle que, en 1852, avait tenue Lord Grey dans des circonstances tout à fait semblables. Les hommes d'Efat anglais les plus sages, les plus conservateurs, seize ans plus tôt, avaient considéré cette concession comme nécessaire. Lord Grey, premier ministre, avait proposé d'abaisser le cens électoral, et de supprimer les bourgs pourris. 11 obtint du Roi Guillaume IV un ordre de dissolution de la Chambre des Communes, qui protestait; l'opposition fut si obslinét: que Robert Peel parlait encore avec véhémence quand le canon tonna, annonçant la marche du cortège du Roi vers Westminster'. « La prochaine fois qu'on emploiera ces