Mémoires de Lord John Russell
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lanons, s'écria sir Henry Hardinge, ils ne seront pas seulement chargés à poudre ! »
A la Chambre des Lords la confusion régna après le départ du Roi. « Avez-vous songé à l'Irlande, dit Lord Lyndhursl à Lord John Russell, elle va être en révolution! — Elle sera parfaitement tranquille, repartit celui-ci, « que l'avis d'O'Connell avait pleinement rassuré.
En effet la cause de llrlande n'était pas oubliée par les réformateurs; ils avaient dû accorder à O'Connell quelques timides concessions. Les élections amenèrent aux Communes en importante majorité les partisans du bill de Réforme. La difficulté était d'obtenir l'assentiment des Lords. Devant eux Lord Brougham prononça, écrit Lord John RusselL un des plus magnifiques discours qui aient jamais retenti à Westminster. Et ce discours, en grande partie, était consacré à la nécessité d'accorder plus de libertés aux Catholiques.
Le bill fut repoussé d'abord. Lord Lyndhurst, Sir Robert Peel le combattaient avec énergie ; Lord Grey fut amené à offrir la démission du Ministère; et le duc de Wellington à essayer avec Lord EUenborough de constituer un nouveau Cabinet, où Robert Peel refusait d'entrer, restant ennemi de toute transaction.
Mais comme la majorité des Communes repoussait de son côté Jes accommodements proposés par Lord EUenborough, le Cabinet nouveau ne put se former, et George IV rappela ses anciens Ministres. Lord Grey maintenait le projet dans son intégrité et avait obtenu la promesse du Roi de créer de nouveaux Pairs.
Il ne fut pas nécessaire d'en venir à cette extrémité. L'action personnelle du Roi, l'exemple et rinfiuence loyale et sage du Duc de Wellington obtinrent des abstentions en nombre suffisant. Et le Bill de Réforme passa, augmentant le nombre et la sincérité des votes en Angleterre.
En France, au contraire, M. Guizot voulut résister à toute force; il suivit l'exemple de Sir Robert Peel; el Louis-
Philippe ne montra pas en son pays la même confiance que George IV; tout au moins ne voulut-il pas intervenir.
M. Guizot fut trompé par ses succès de triljune, et ne sut pas reconnaître un mouvement très décidé de l'opinion.
En mars 1847, dans la discussion engagée sur la Réforme électorale, la Monarchie de Juillet, si près de sa chute, avait paru triomphante. Jamais depuis 1830 un Gouvernement n'avait semblé obtenir à ce point l'assentiment général Une imposante majorité appuyait M. Guizot. « Supposez, disait-il, que notre système électoral soit capable de parler et de se défendre comme une personne vivante (Il aurait pu dire <r notre Monarchie », l'idée était la môme et l'allégorie plus agréable). Nous lui devons de 1815 à 1830 d'avoir repoussé des retours offensifs de l'absolutisme, contre lesquels il a sauvé la France et la charte : depuis lors d'autres assauts sont venus du côté révolutionnaire et contre ceux-là encore, il a sauvé la France et la charte. Que reprochez-vous à notre système électoral! De permettre la corruption? Elle est possible sous tous les régimes et nous en sommes autant que vous les ennemis. De ne pas développer en ce pays l'esprit politique? Le pays en a montré pour la conquête de ses droits; ensuite pour leur défense. Qu'a-t-il à faire maintenant? User de ses droits, en apportant un libre concours au Gouvernement. »
Le succès fut si grand que M. Guizot le lendemain écrivait à M. de Flahaut : « Le parti conserA-^ateur existe dans le pays; il devient chaque jour davantage un parti d'action et de Gouvernement. »
Cependant le parti conservateur, tout en louant un passage du discours ministériel où il est déclaré que tous les changcmcnls ne sont pas des progrès, se souvenait des paroles prononcées par M. Guizot à Lisieux : « Toutes les politiques vous promettent le progrès ; la politique conservatrice seule vous la donnera. «
Mais où voyait-on le progrès? Un ministère, vieux de sept ans, comptait dans sa majorité beaucoup de figures nou-
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vclles. Nous sommes ici, disait M. Blanqiii, un ceiiain nombre de jeunes conservateurs de cinquante ans qui ne refuserons pas d'éUidier des réformes. Que nous apportezvous, s'écriait M. Desmousseaux de Givré dans une brochure alors célèbre? — Rien, rien, rien. Gela est parfait ainsi, ripostait \e Journal des -Débats; qu'obtiendront les agitateurs? — Rien, rien, rien.
La campagne des banquets commença. G'élaieni de véritables réunions publiques, où l'éloquence de véhéments orateurs d'opposition se donnait carrière. Puis vint la discussion de l'Adresse, dans les premiers jours de février 1848, et la Révolution éclata. En 1850, l'Adresse avait été votée par les 221, et la Chambre dissoute par le Roi, contre la majorité. En 1848, c'est la minorité qui demandait au Roi de dissoudre la Chambre et d'obtenir du pays une consultation plus large et plus sincère : comme l'avaient fait en 1832 les libéraux anglais.
Mais la majorité était ébranlée et le mouvement d'opinion se prononçait dans le même sens qu'en 1830. Duvergier do Hauranne, dans un discours habile, avait mainte occasion d'opposer aux Ministres de Louis-Philippe le langage que jadis ils avaient tenu eux-mêmes. Sur 1". banc du Gouvernement s'abattirent de terribles citations lirées des discours prononcés par les mêmes personnages contre Charles X.
« Les grâces, les cordons pleuvent sur les Membres de la majorité et confèrent aux Ministres sur leurs suffrages un droit de propriété », avait dit M. de Broglie, en 1828.
Et M. Guizot lui-même : « On fait mine de consulter le pays, et on le fait mentir comme un faux témoin. »
L'orateur rappelait encore une phrase fameuse de Roytir- Collard : « Le Ministère vole par tous les emplois, par toutes les faveurs qu'il distribue, et l'élection passe en quelque sorte légalement de la Nation au Pouvoir. »
A la vérité, ce sont là des abus qui se sont produits depuis lors, et même en temps de suffrage universel !
« Maintenir le Gouvernement représentatif dans sa forme.
s'écriait Duvergier de Hauranne, tout en le dclruisant dans son essence, c'est l'entreprise que jadis ont combattue à l'envie Bolingbroke et Guizot, Burke et Salvandy, les deux Pitt et le duc de Broglie ! »
M. Duchatel, ministre de l'Intérieur, essayait vainement de ramener le débat à son point de départ : le droit de réunion, et, d'autre part, deux mots à effacer dans l'Adresse. La majorité était distraite et l'applaudissait faiblement.
C'était le 7 février. Le 25, le peuple devait envahir la Chambre. La Garde Nationale refusa le service. Il est possible, il est probable que l'adoption de la réforme électorale aurait conjuré la catastrophe. M. Guizot s'y refusa obstinément. Et quand les émeutes grondèrent, Thiers, Odilou Barrot essayèrent en vain de ressaisir le pouvoir.
Revenons à la politique extérieure. Nous avons annoncé une quatrième série d'événements fâcheux pour la Monarchie de Juillet, les Affaires d'Espagne.
Les mariages royaux étaient une très grave affaire aux temps où les provinces étaient considérées comme des dots ou des parts d'héritage, et s'additionnaient comme font les fortunes privées.
Pourrait-on espérer, de nos jours, que les parentés entre souverains contribueront à former la société des nations? L'espoir est douteux : le souverain d'un État n'a plus de parents. Une tradition oblige encore les familles royales à se marier entre elles, bien que les conséquences politiques de ces alliances présentent moins d'intérêt qu'autrefois.
Le Roi citoyen n'avait nullement renoncé pour lui ou pour les siens à ces antiques usages. Nous l'avons vu, alors qu'il porkait encore l'uniforme républicain, n'hésiter pointa briser le cœur de son frère cadet, en refusant d'approuver un mariage fort honorable, mais non princier. Animé des mêmes
idées, il voulut pour son troisième fils, qui portait aussi le titre de duc de Montpensier, obtenir la main d'une infante d'Espagne. Il se souvenait de Louis XIV, et des belles paroles du congé accordé à Philippe V : « Allez, mon fils, les grands vous appellent, les peuples vous souhaitent, et moi, j'y consens! » C'était, chez le Roi des Français, un retour vers les idées et les manières de faire de l'ancien régime! Ce retour devint funeste.
Il ne s'agissait que de l'élablissement d'un fils cadet; et, d'ailleurs, l'Infante Louise rt'avait à la couronne que des droits éventuels. La jeune reine Isabelle, sa sœur aînée, allait se marier. Mais ce projet suffisait pour porter ombrage à l'Angleterre. La reine Isabelle aurait-elle des enfants? Les Ministres anglais voulaient en être sûrs et exigeaient brutalement que, jusqu'à cet événement accompli, le mariage de l'Infante avec le Duc de Montpensier fût ajourné. Dans une entrevue qui eut lieu au château d'Eu, Guizot se laissa arracher la promesse de cette longue attente. Mais la promesse ne fut pas tenue; les deux mariages eurent lieu en même temps. Guizot prétendait, pour se disculper, avoir du se hâter de déjouer une intrigue anglaise, grâce à laquelle un Cobourg, au lieu d'un Bourbon, allait obtenir la main de la jeune Reine.
Nous avons vu, au temps de Lord Gastelreagh que l'Angleterre n'était pas favorable, en Espagne, aux interventions de Louis-Philippe. Elle se défiait, dans ce pays, des Bourbons libéraux. La colère de Lord Palmerston dépassa cette fois toutes les bornes et se déchaîna directement contre la maison d'Orléans. Nous montrerons quelles furent les suites de cette colère. Dans l'esprit du Ministre anglais, l'alliance pouvait encore continuer avec la France. Mais elle était rompue dorénavant avec la Monarchie de Juillet, et la maison de Bourbon.
Ayant la bonne fortune de pouvoir pubher quelques lettres inédites S grâce à l'amitié du Marquis de Lasleyrie, qui les