‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 43 sur 49 · Archives de La Grange · texte numérisé non relu

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de transmettre l'ofTre faite par le Gouvernement espagnol au duc régnant de Saxe-Gobourg. Au lieu d'encourager, d'aider au succès de ce projet, lequel aurait pu aisément être réalisé, •je m'empressai d'informer de cette démarche Vi. de Sainte- Aulaire, et de lui répéter que les sentiments et les vues du Gouvernement anglais n'avaient subi aucun changement "au sujet du mariage espagnol. Cette conduite était connue et approuvée et de la Reine et du Prince : je suis donc en droit de dire que jamais, directement ou indirectement, l'offre faite au profit du Prince Léopold n'a reçu le moindre encouragement, le moindre appui de mon pays. Il est vrai que ni Lord Palmerston ni moi ne pouvons exercer un contrôle sur les actes de souveraineté du Gouvernement espagnol. A mon avis, le choix d'un Bourbon et dun Bourbon d'Espagne, demeure, tout bien considéré, le plus expédient; mais je ne pouvais que laisser à l'Espagne, en une pareille cn'constance, sa pleine liberté. Gertes le choix me paraissait politique et prudent; mais, en dépit de cette conviction bien arrêtée, je n'ai jamais manqué une occasion de protester contre l'extravagante et inique prétention de désigner comme époux à la Reine et d'imposer à son peuple un Prince, de quelque race qu'il fût le descendant.

« Après tout, le choix actuellement fait par la Reine et le mariage qu'elle est près de contracter devraient satisfaire la France, si je m en rapporte. à toutes les déclarations faites à ce sujet. Je présume aussi qu on en sera satisfait dans ce pays. Peut-être eussions-nous préféré le Duc de Séville; mais nous n'avons rien à objecter au Duc de Gadix. Un descendant de Philippe V a été choisi ; et dès lors je ne puis comprendre comment on a pu trouver juste ou nécessaire de rompre l'engagement volontairement pris vis-à-vis de moi l'an passé et fréquemment renouvelé depuis, en ce qui concerne le mariage du Duc de Montpensier. Suivant les termes de cet engagement, bien que le Roi annonçât l'intention de solliciter la main de l'infante pour le Duc de MontpensitM-, le Roi avait promis d'ajourner ce projet jusqu'au jour où la Reine

aurait des enfants el où la successian au trône serait assurée dans la ligne directe.

« Je n'avais garde de faire aucune objection à un semblable arrangement. Au contraire, je voyais là une sage concession faite aux appi'éhensions naturelles de l'Angleterre et d'autres pays encore. Et comme la question en elle-même ne pouvait pas être finalement décidée avant longtemps, il restait possible que les vues politiques qui avaient inspiré le désir du Roi pussent se modifier pendant ce long intervalle.

« Vous avez probablement des raisons que j'ignore pour diriger maintenant le gouvernement français dans une voie nouvelle. Je suis bien certain queces raisons vous paraissent suffisantes; je ne doute pas que vous ne vous décidiez à aucun parti sans être convaincu que ce parti est pleinement justifié. Mais j'avoue, mon cherMonsieur Guizot.que je suis incapable d'apercevoir aucun motif valable pour un aussi complet changement. Je suis sûr que vous désirez m'entendre déclarer franchement et sans détour mes vraies impressions à ce sujet. Toute autre manière d'agir serait contraire à ma haute estime pour vous et à cette amitié que rien, j'en suis convaincu, ne mettra jamais en péril.

« La mesure, telle que je la vois, me paraît être d'une bien douieuse politique et peut conduire peut-être à de très graves conséquences. Mais en celte matière les décisions ne sont plus de ma compétence; je veux seulement vous assurer qu'en tout temps, Ministre ou simple citoyen, vous me trouverez prêt et empressé à coopérer avec vous pour le maintien de cette bonne entente que nous avons heureusement créée il y a cinq ans avec succès et entretenue malgré bien des difficultés, entre nos deux pays : c'est Ih, j'en ai la ferme conviction, une condition essôulidle du bien-être et de la prospérité

de l'un et de l'autre....

« Aberdeen^. »

Mais les diplomates vont se trouver en présence d'un fait 4. Archives de La Granse.

accompli. A la fin de scplembre, suivant le vœu de la jeune Heine, les deux mariages ont été célébrés. M. Guizot indique au Comte de Jamac le sens des explications qu'il devra fournir au cabinet anglais; il expose aussi ses griefs. Il répond un peu plus tard à Lord Aberdeeu.

Particulière.

Paris, le 15 octobre 1846.

« Mon cher Jar.nac,

« J'ai tardé à répondre à votre lettre du 4 et à ce que vous m'avez dit de votre dernier entretien avec Lord John Russell. Je voulais avoir répondu auparavant à la dépêche de Lord Palmerston du 22 septembre. Lord John a sans doute connaissance de ma réponse du o, ainsi que de ma seconde dépêche du 11; je ne me flatte guère qu'elles aient porté dans son esprit la conviction qui est dans le mien. Cela devrait être pourtant, et plus j'y pense, plus je me dis, au fond de l'âme, que cela devait être. Toute l'affaire se réduit aux questions que voici :

a N'avons-nous pas d'avance, et à toutes les époques, clairement annoncé comme nous agirions?

« Avons-nous fait autre chose que ce que nous avons annoncé?

« Est-ce nous qui avons les premiers agi sans communication préalable, sans concert, et commencé à pratiquer une [)olitique isolée?

« N'avons-nous pas eu toutes les raisons possibles et imaginables de regarder la candidature du Prince Léopold de Cobourg comme probable et imminente h Madrid, et d'agir en conséquence?.

« Si Lord John Russell, tel que je crois le connaître, était, tlans tout ceci, un spectateur et non pas un acteur, je m'en remettrais volontiers à lui pour la décision de ces questions. J'attends avec impatience et conliance le jugement, en connaissance de cause, du public français, du public anglais,

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