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Il me dit grand mal de l'Empereur de Russie, qu il appela M. Nicolas, Irai la, en passant, lord Palmerston comme un polisson et finit par m'entretenir longuement des mariages espagnols qui venaient d'avoir lieu et des embarras qu'ils lui suscitaient du côté de l'Angleterre. « La Reine m'en veut beaucoup, dit-il, et se montre fort irritée. Mais après tout, ces criailleries ne m'empêcheront pas de mener mon fiacre. » Quoique cette locution datât de l'ancien Régime, je pensai qu'il était douteux que Louis XIV s'en fût jamais servi après avoir accepté la succession d'Espagne. Je crois du reste que Louis-Philippe se trompait, c' . pour emprunter son langage, les mariages espagnols ont fort contribué à faire verser son fiacre.
€ Au bout de trois quarts d'heure, le Roi se leva et me remercia du plaisir que cette conversation lui avait causé. Je n'avais pas dit trois mots. »
Un auditeur, personnage muet, aurait regretté sans doute de ne rien recueillir de la bouche de M. de Tocqueville, Directeur de l'Académie : mais je crois qu'il eût pris plaisir à entendre le vieux Roi raconter ses souvenirs d'Amérique, précis et vivants, et passer ensuite en revue les cours d'Europe, pour arriver à ses difficultés avec la Cour d'Angleterre.
Lamartine, dans ses Mémoires, juge ainsi le mariage espagnol :
« Le mariage impolilique du duc de Montpensier avec la sœur de la reine d'Espagne, préparé comme une intrigue, découvert tout à coup comme un piège, proclamé ensuite comme une victoire, avait vivement otfensé l'Angleterre. Elle s'était sentie menacée en Egypte et trompée en Espagne. »
Intrigue, piège, victoire sont des expressions excessives d'un poète qui fait de l'opposition. Mais Guizot, nous l'avons vu, se montrait embarrassé, comme un honnête homme qui n'a pas tenu une promesse, d'ailleurs extorquée.
Nos diplomates, le (bonite do Jarnac et le Duc de Broglie, essayèrent vainement de calmer l'opinion anglaise. La Reine, Aberdeen, Palmerston, tous les Anglais pensaient de même
à ce sujet : la vieille rivalité renaissait, sinon contre la France, ^u moins contre la maison royale.
Autrefois la Chambre des Lords avait osé présenter nne adresse à la Reine Anne, l'invitant à ne signer aucun traité de paix qui laissât sur le trône d'Espagne aucun membre d'aucune branche de la Maison de Bourbon : ingérence tout à fait irrégulière dans les prérogatives de la Couronne. La Reine Anne dut nommer de nouveaux Pairs et changer la majorité des Lords, afin de pouvoir signer le traite d'Utrecht '.
Lord Palmerston, s'il eût vécu alors, se fût insurgé contre la Reine Anne. Et Louis-Philippe en des temps bien différents, expia, on va le voir, les vieilles rancunes soulevées contre Louis XI V. Le mariage espagnol, nouveau lien avec la descendance de Philippe V, avait ressuscité ces rancunes