‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 8 sur 49 · P. 576 : citation en note · texte numérisé non relu

P. 576 : citation en note

DANTON — DLlUiOURIEZ — LA FAYETTE. 55

garde nationale. Ils vont à Bouillon ; ils passent la frontière, renvoyant au camp leurs ordonnances, pour ne pas enlever un défenseur au pays. Ils arrivent devant Rochefoj-t la nuit tombée; les chevaux épuisés. Bureaux de Pusy va reconnaître les feux d'une garde avancée et est amené au poste du Commandant autrichien, M. d'Harmoncourt. Il apporte à celui-ci une lettre où « les soussignés déclarent qu'ils ne peuvent être considérés comme des militaires ennemis puisqu'ils ont renoncé à leurs places dans l'armée française, et m«ins encore comme cette portion de leurs compatriotes que des intérêts, des sentiments et des opinions absolument opposés aux leurs ont portés à se lier avec les puissances en guerre avec la France; mais. comme des étrangers qui réclament un libre passage que le droit des gens leur assure, etc. »...

Ils voudraient passer en Hollande. Naturellement Harmoncourt les arrête et les confie à son général, qui pousse des cris de joie, répétant : « La Fayette ! La Fayette ! »

Le Duc de Saxe Teschen, général en chef, les répartit dabord dans les prisons du Roi de Prusse, à Wesel,à Magdebourg, à Glaz. Puis ils sont réunis quelques jours à Neisse, et — sauf Alexandre de Lameth, rendu à la liberté — livrés à l'Empereur d'Autriche qui les fait enfermer à Olrautz. La Fayette y restera quatre ans.

C'est ainsi, dit-il, qu'il put « soustraire aux bourreaux sa tête proscrite, dans l'espoir qu'il pourrait un jour servir encore la liberté et la France ». Le Roi de Prusse lui ayant demandé s'il veut « changer son sort » à des conditions que l'on devine, le prisonnier répond : « Le Roi de Prusse est un impertinent. » Et après avoir sévèrement jugé le caractère (lo Dumouriez, il termine en rendant pleine justice à ses talents, et en se réjouissant de ses victoires.

Revenons à Louis-Philippe, Duc de Chartres, qui vient de se séparer de Dumouriez. Nous serons mieux en mesure, maintenant, de juger sa conduite. Nous tenons à le faire, beaucoup de biographes l'ayant accusé d'avoir pris part à

un complot, dont il avait seulement reçu la confidence, peu de jours avant d'être, lui-même, proscrit. A ce sujet Louis- Philippe avait le droit<le répondre, comme La Fayette, accusé d'avoir voulu marcher sur Paris : cela n'est pas vrai.

Bureaux de Pusy, Latour-Maubourg quittèrent larraée à la suite de La Fayette et dans les mêmes [conditions que leur chef. Leur histoire est sans reproche et sans possibilité de soupçon. En toute sincérité, on en peut dire autant de celle du Duc de Chartres. Il ne faut pas le comparer à La Fayette, mais à ceux que je viens de nommer : aux suivgnts, aux personnages de second plan. La Fayette, en 1792, a 35 ans. Il est, ou du moins il vient d'être l'homme le plus populaire de France : c'est un général en chef, en mesure d'envoyer de vertes semonces à l'Assemblée législative . Le Duc de Chartres n'est encore qu'un brave militaire, colonel par sa naissance, général par sa valeur, et s'ctant tiré de la situation détestable où l'a mis son père, en se battant bien et sans relâche. Mais il n'a pas vingt ans encore en avril 1795, et il est attaché au général Dumouriez, qui en a 54. Il est, sans l'avoir souhaité, le confident du général : il n'est en rien son complice. Il part assurément moins fièrement que La Fayette; mais aussi innocent que Latour-Maubourg et Bureaux de Pasy. Et il va être aussi malheureux, bien qu'ayant pu sauver sa liberté.

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