‹ Louis-Philippe d'après des documents inéditsChapitre 9 sur 49 · CHAPITRE III LOlîS-rHlLIPPE PE^iDAÎNT SON PEE^IIER EXIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE III LOlîS-rHlLIPPE PE^iDAÎNT SON PEE^IIER EXIL

APRÈS les souvenirs d'une carrière militaire glorieuse et Iristement brisée se présentent à l'esprit du prince exilé, et solitaire, d'autres images moins brillantes. Son existence a été, non point inactive, mais obscure et errante pendant quelques années; très- pauvre dans les premiers temps. Sa sœur et lui ont imploré en vain le secours de leur proche parent Hercule III d'Esté, duc de Modène, que d'ailleurs les armées françaises dépouilleront bientôt de son duclié. Hercule III n'a pas daigné répondre. Sous de faux noms, ils ont erré en Suisse, éviiantles espions de la Convention et aussi les émigrés; reconnus parfois et aidés par de fidèles amis, tels que M. Hottinguer, à Zurich.

Avec beaucoup de peine, il a trouvé un asile pour sa soeur. La princesse de Conti est à Fribourg; elle consent à s'occuper de sa nièce, mais non à la recevoir chez elle : le nom «iu'elle porte est trop peu aimé de tout ce qui entoure la princesse de Conti. Elle envoie la comtesse de Pont-Saint-Maurice à Bremgarlen, pour accompagner Madame Adélaïde cl l'installer près de Fribourg, à Sainte-Claire, couvent cloîtré. Plus tard, elle l'emmènera avec elle en Hongrie.

Un soir, après une longue marche, à bout de ressources, Louis-Philippe est conduit par une heureuse fortune à la [torle du chevalier de Rionel. Sous ce nom se cache un illustre réfugié : le général de Montesquieu. C'est à Breragarlcn. La maison est fort modeste. Les deux exilés s'embrassent. Quelle joie de trouver un ami, un gîte, un souper au coin du feu! Et, dès le Iciulemain, Monlesquiou découvrit

même pour son jeune camarale ungagne-pain, un emploi de professeur, dans un petit collège voism. Louis-Philippe avait là trois collègues : un jeune homme, « un vieux grison », et M. Déporta, prêtre catholique, qui disait la messe dans la chapelle du château.

Un certain M. Jost et quelques amis à lui avaient acheté la seigneurie de Reichenau, et, dans le vieux château, avaient installé une pen^^ion. Nous ne suivrons pas, écrivait Jost, les usages de l'aristocratie, et nous pratiquerons la vraie liberté.

Reichenau était près de Bremgarten, et M. Jost bien connu de M. le chevalier de Rionel.

M. Jost fut mis dans la conlidence et savait avoir alVaire au Duc de Chartres; mais, pour tout le collège, le nouveau professeur s'appelait M. Chabos. Le Collège avait attendu, pour être chargé d'une classe, M. Chabaud, autre réfugié, de la ville de Nîmes : celui-ci n'arrivant pas, Montesquiou demanda sa place pour le Duc de Chartres, qui prit aussi son nom, en changeant l'orthographe ' .

Jost écrit souvent à Rionel, et à M. le baillif Hottinguer, de Zurich, il accorde que M. Chabos soit admis au vivre et au couvert, et même rétribué un jour, si l'on est content. Ce jour vient vile, car le professeur « se tire à merveille de son cours ». Jost ne tarit pas en éloges. M. Chabos seulement parie trop, et cite trop volontiers les noms des gens qu'il a connus. Il se fera découvrir. Il est un peu difficile et porte des chemises trop fines, qu'il veut changer tous les jours. La cuisine de la maison n'est pas à son goût....

Les archives que les descendants du baillif de Zurich ont bien voulu nous permettre de consulter contiennent des pièces plus émouvantes. Quand on apprend la mort de Philippe-Egalité, Chabos subit une crise telle qu'on craint pour sa santé, et Jost, en effet, le déclare malade et l'enferme

1. Cinquante ans plus tard Louis-Pliilippc en souvenir de ce service rendu, offrait un tajjlcau représentant Reichenau à M. le Colonel de Chabaud-Latour, fils du réfugié nimois et devenu aide de camp du Roi.

LOUIS-PIIILIPPE PENDANT SON PREMIER EXIL. Oi

prudemment. L'exilé jugeait son père sévèrement, mais n'avait pu cesser de l'aimer.

Le chevalier de Rionel pleure beaucoup moins Egalité. Dans une longue el fort belle lettre adressée à un ami suisse, le baron d'Yvernois, en ite moment résidant à Londres, il écrit : « Des misérables ont exécuté le duc d'Orléans : toute l'Europe avait condamné ses crimes... Les crimes du père ne me portent d'ailleurs qu'à estimer davantage la conduite du fils.... J'ai été vingt ans l'ami dugrand-père, qui était le plus honnête homme du monde'.... »

Et cet admirable ami, avec un soin paternel pour le jeune prince, s'occupe des débris de la succession. Rien à espérer en Franee, « où des lois iniques enlèvent tout à des enfants, sans rien laisser même pour leur subsistance ». Mais il est de notoriété publique que Philippe-Egalité avait fait passer de grands biens en Angleterre, notamment des diamants du plus grand prix, confiés à un nommé Boyd.... Mais Égalité avait des créanciers; Boyd lui-même prétend, sur son dépôt, avoir fait des avances. Que pourra-t-on tirer de tout cela?

Un autre fugitif est venu, à la fin de 1793, se joindre à la petite colonie de Bremgarten : c'est Desmeuniers, ancien Constituant, condamné et traqué par la Convention. 11 arrive dénué de tout; il écrit à Montesquiou : « Je suis plus malheureux que vous; les misérables m'ont tout pris. » 11 donne aussi, pendant quelques mois, un vague enseignement à Reichenau. Puis on l'envoie s'occuper de la succession à Londres, où il trouve un emploi. Il a pu rencontrer Mme de Genliset obtenir d'elle, en deux circonstances, des renseignements d'ailleurs contradictoires. « Il ne faut pas tenir compte de Mme de Sillery, écrit Montesquiou; c'est une vraie cailleltc^ »

Ce qu'elle sait fort l)ien faire, c'est présenter un long Mémoire (figurant aussi dans le fond Ilotlinguer) pour le jour où le jeune Duc d'Orléans retrouverait une partie de sa for-

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