‹ Louis Philippe et la Contre-révolution de 1830Chapitre 52 sur 84 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Comédie de quinze ans. — Amour de la branche cadette pour la branche aînée. — Comme quoi le duc d'Orléans n'est pour rien dans la révolution de juillet. — Mot de Lafayette. — Déclaration du duc d'Orléans déposée, en i8o3, entre les mains de Louis XVIII. — Proclamation de S. A. S. adressée aux Français en 1816. — Louis - Philippe , aux principales époques de la restauration. — Le père du duc d'Orléans, au jugement de Louis XVI. — Les repentirs de M. le duc d'Orléans.—Pensées extraites du journal de Louis-Philippe écrit par lui-même. — Louis-Philippe et Louis XVIII. — L'apanage. — Détails d'intérieur. — M. le duc d'Orléans pendant les cent-jours. — Il présente deux mémoires au congrès de Vienne. — Intrigues. — Un acte de patriotisme désavoué.— Mot de Louis XVIII. — Menées secrètes du Palais-Royal. — Un dîner de famille aux Tuileries. — A propos de la grossesse de la duchesse de Berry et delà naissance du duc de Bordeaux. — Serinent.

Je viens de récapituler les accusations que la royauté consentie a accumulées contre la royauté légitime, à l'effet d'établir qu'en substituant l'une à l'autre, la France a obéi à de puissantes nécessités. J'ai dit que ces nécessités , très-réelles d'ailleurs , ne sont reconnues par le gouvernement du 7 août que

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dans l'intention d'exclure la bi^anche déchue des chances de la contre-révolution à laquelle , selon moi, il marche à front découvert. Mais ce n'est point assez de persuader à l'Europe que la révolution de i85o était dans les lois d'une fatalité de malheur attachée à la famille de Charles X. Il importe également à la branche cadette , de constater que la branche aînée ne succomba point sous l'influence d'une parenté ennemie : à ce prix seulement on peut espérer de se faire adopter par les vieilles monarchies qui, elles aussi, ont des collatéraux dans leur sein et des révolutions de palais en perspective. Une fois convaincus que l'événement de i85o n'a été qu'une excursion forcée en dehors des voies de la restauration , et que la France rentrera naturellement dans ces voies, les cabinets arriveront plus facilement à comprendre qu'il faut régénérer cette restauration , en la séparant d'un tronc qui n'a pas su la nourrir.

La nouvelle dynastie proteste donc contre toute solidarité avec cette opposition de quinze ans qui , timide dans le principe , mais progressant avec l'esprit public, est parvenue, sans le savoir et sans le vouloir peut-être , à la révolution de 1 83o.

« Ceux qui croient, dit-elle, à une comédie de quinze

>ï ans, n'ont qu'une connaissance incomplète des faits

» qui ont précédé et amené la révolution de juillet.

» Le mépris de tous les gens consciencieux doit être

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7) réservé aux hommes qui se vanteraient d'avoir

» été acteurs dans cette comédie Non, lorsque

» Charles X jurait la charte à Reims , sur l'Evan- » gile , les hommes politiques qui se ralliaient au- » tour d'un trône constitutionnel , ne pouvaient » avoir d'arrière - pensées , car ils croyaient aux » sermens *. »

On conçoit d'avance que ces arrière -pensées étaient indignes de celui « qui avait combattu pour » la liberté, qui n'avait jamais porté la cocarde de » l'émigration , qui, au contraire , avait toujours » aimé le drapeau tricolore; qui, sans avoir jamais » conspiré contre sa famille pour un trône qu'il n'a » jamais ambitionné , était attaché de cœur et d'es- » prit aux institutions nationales de la France... 2 ; » de celui, enfin, qui ri avait pas à se reprocher de » ri avoir point essayé d'ouvrir les jeux au roi Char » les X 3. »

Puisque la monarchie du 7 août se complaît sur le terrain des précédens, je dois l'y suivre. Il est parfaitement vrai que la révolution de juillet ne doit rien à la maison d'Orléans. Le chef de cette famille mérite à tous égards qu'on lui rende la justice

* Deux ans de règne, p. i3, 2 Idem, p. 60.

* Idem, p. 3i.

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de dire que, depuis son retour de Sicile où, suivant les expressions d'un écrivain doctrinaire * , il faisait valoir l'apanage de sa femme avec cette économie parcimonieuse qui déjà le distinguait, jusqu'au jour où il dit à M. de Mortemart : « M. le duc, si vous voyez le roi avant moi, dites-lui qu'ils m'ont amené de force à Paris, mais que je me ferai mettre en pièces plutôt que de me laisser placer la couronne sur la tête» 2; S. M. mérite, dis-jc, qu'on affirme, avec elle, que durant les quinze années de luttes contre la restauration , on n'a point à reprocher à sorÉpa.triotisme un seul service rendu à la cause de la liberté. Aussi lorsque, après les journées de juillet, » le nouveau roi invoquait le témoignage de M. de i Lafayette , pour prouver qu'il n'avait ni soudoyé ni . payé la révolution, l'honorable général répondit \ vivement: «Je l'atteste, et j'ajoute que votre opposition négative m'a souvent gendarmé contre vous. »

Quoi qu'il en soit , quand le duc d'Orléans adressait les paroles que je viens de rapporter à un fidèle sujet de Charles X; et quand, plus tard, il chargeait ce même personnage de porter à Saint-Pétersbourg l'assurance de ses loyales intentions envers son souverain légitime 3, S. A. 11. obéissait proba-

* Histoire de la restauration.

a Voir Documens historiques , n° 8*

1 Voir Documens historiques 7 n° 9.

blement à ses souvenirs. Sans doute elle se rappelait que , trente .- sept ans plus tôt , elle avait écrit , en Suisse, à M. de Montesquiou , que jamais elle n'accepterait le trône de Louis XYII, quels que fussent les ëvénemens \ Sans doute elle avait présente à sa mémoire la déclaration écrite qu'elle déposa, en i8o3, àHartwell, entre les mains de Louis XYIII, et dont voici le texte.

DECLARATION D HARTEWELL.

« Nous déclarons qu'étant convaincus que la » grande majorité du peuple français partage tous » les sentimens qui nous animent , nous faisons , » tant au nom de nos loyaux compatriotes qu'en » notre propre nom , le serment solennel et sacré » que nous avons prêté sur notre épée, à notre roi, » de vivre et de mourir fidèles à notre honneur et à no- » tre souverain légitime !.. Si l'injuste emploi d'une » force majeure parvenait ( ce qu'à Dieu ne plaise ) » à placer de fait et jamais de droit sur le trône de » France tout autre que notre roi légitime , nous » déclarons que nous suivrions avec autant de con- » fiance que de fidélité la voix de l'honneur qui nous » prescrit d'en appeler jusqu'à notre dernier soupir » à Dieu , aux Français et à notre épée. »

eue lettre est aujourd'hui entre les mains de madame

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Peut-être aussi le lieutenant-général de i83o avait- il sous les yeux sa proclamation de 1816, dans laquelle il protestait de son religieux dévouement à la branche aînée et déclinait, dans les termes suivans , toute solidarité avec les libéraux de l'époque :

proclamation aux français.

« Français 1

» On me force à rompre le silence que je m'étais » imposé , et, puisqu'on ose mêler mon nom à des » vœux coupables et à de perfides insinuations, » mon honneur me dicte , à la face de l'Europe en- » tière , une protestation solennelle que me prescri- » vent mes devoirs.

» Français ! on vous trompe , on vous égare ; mais » qu'ils se trompent surtout ceux d'entre vous qui » s'arrogent le droit de se choisir un maître, et qui, » dans leur pensée, outragent par de séditieuses es- » pérances , un prince le plus fidèle sujet du roi de » France.

» Le principe irrévocable de la légitimité estaujour- » dliui la seule garantie de la paix en France et en » Europe ; les révolutions nen ont fait que mieux » sentir la forceet l'importance. Consacré par une ligue » guerrière et par un congrès pacifique de tous les » souverains , ce principe deviendra la règle invaria- » ble des règnes et des successions.

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» Oui, Français ! je serais fier de vous gouverner, » mais seulement si j étais assez malheureux pour » que l'extinction d'une branche illustre eût marqué » ma place au trône. Ce serait seulement alors que * je ferais connaître aussi des intentions peut-être » bien éloignées de celles quon me suppose et que L'on » voudrait me suggérer.

y> Français ! je ne m'adresse qu'à quelques hommes » égarés ; revenez à vous-mêmes et proclamez-vous » fidèles sujets de Louis XYIII, et de ses héritiers » naturels, avec l'un de vos princes et de vos conci- » toyens.

^ Signé Louis-Philippe duc d'Orléans.

•> Paris, 1816. »

Pour mieux connaître la position de M. le duc d'Orléans pendant quinze ans , et bien apprécier le rôle difficile auquel S. A. S. s'est condamnée jusqu'en 1 83o, il est nécessaire de reporter un instant nos regards sur les principales phases de la restauration. Cette mémorable période est celle de l'intrigue. Jamais , que je sache , on n'avait vu les partis marcher moins franchement à leur but, ni prendre autant de masques pour regagner par la tactique ce qu'ils perdaient en vérité et en énergie. La maison d'Orléans , de tout temps étrangère à ces convictions puissantes qui vont droit devant elles, pouvait, moins que qui que ce fût en France, se poser nettement devant la restauration. Son passé la rendait nécessairement crain-

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tive et la poussait à satisfaire aux formes par des déguisemens. Telle fut en effet pendant seize ans la constante préoccupation de la branche cadette. Quelle ait vu avec joie fermenter le vase populaire; que la couronne de Louis XVIII et de Charles X se soit offerte à son imagination dans une atmosphère d'intérêt , de propriété , de souvenirs et d'espérances; que Louis -Philippe ait souri à cette couronne tombant sur sa tête, cela ne fait aucun doute. Mais que ce prince ait songé à la saisir avec audace , ou même à la chercher A travers de périlleuses intrigues , c'est ce qu'il n'est pas permis de supposer. L'attitude expectante et timorée de S. A. S. tenait à deux causes : la prudence, qui forme le trait saillant de son caractère , et les préventions terribles que la maison de Bourbon devait naturellement entretenir contre le fils de celui dont le vote arracha un cri d'horreur aux tribunes de la convention ; de celui qui, dès le 16 décembre 1792, s'écriait, à quelques pas du malheureux Louis XVI : « Mais , » en vérité , à l'entendre parler, ne dirait-on pas qu'il »est innocent? Vous verrez qu'ils ne le condamneront pas1.» s

1 Philippe-Egalité ( le duc d'Orléans ) s'est avancé à son tour et a dit : « Uniquement occupé de mon devoir, convaincu que « tous ceux qui ont attenté ou qui attenteront par la suite à Ja » souveraineté du peuple , méritent la mort , je prononce la mort i> de Louis. » Des cris d'horreur se font entendre, même des iribunes et de ses complices qu'épouvantent la fermeté de sa

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Ces temps affreux étaient encore palpitans en 1 8 1 4 , et, quelque sincères qu'eussent été les provoix et l'impassibilité Je sa contenance. Le prince avait dignement préludé à son vote... Lorsque Louis XVI eut prononcé (16 décembre 1792) le peu de mots qui attestaient son innocence , le duc d'Orléans, au moment où le roi sortait de la salle, dit à haute voix : « Mais en vérité , à l'entendre parler, ne di- » rait-on pas qu'il est innocent? » Et, quelques minutes après, voyant l'impression que les paroles de la royale victime avaient faite sur la plupart des membres de l'assemblée, le duc d'Orléans dit : h Vous verrez qu'ils ne le condamneront pas ! î ! »

Citoyens, s'écrie presque aussitôt Manuel, jamais la convention n'a ressemblé à un tribunal. Si elle l'eût été , certes , on n'aurait pas vu le plus proche parent de Louis n'avoir pas , sinon la conscience , du moins la pudeur de se récuser.

(MONTGAILLABD, pag. 55^ , Vol. 40

Après l'appel nominal (i5 janvier 1793), sur la question: « Louis est-il convaincu de conspiration? » Louvet a manifesté son indignation d'avoir vu le matin }c plus proche parent de Louis XVI voter contre lui.

Dès le 16 janvier 1793 , le duc d'Orléans , effrayé des dangers que lui présageaient les flots d'ignominie répandus sur sa personne dans la journée du i5 , dans la séance du 16 et dans celle du 18, publia sa profession de foi adressée à ses concitoyens. Il dit dans cette lettre qu'on calomnie son républicanisme ; qu'il n'a aucune connaissance des projets ambitieux que ses ennemis lui attribuent ; il ajoute : «... J'estime ceux des membres de la » convention qui veulent la république, qui la veulent une et * indivisible, et qui, contens d'établir la liberté, ne cherchent » pas à envahir le pouvoir ; j'ajoute que je n'estime que ceux- » là. Plusieurs d'entre eux ont prononcé à la tribune qu'ils ini- «> isoleraient le premier à qui ils verraient des projets ambi-

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testations de repentir et les rétractations de M. le duc d'Orléans , il est certes bien difficile de croire qu'en retrouvant S. A. S. sous les voûtes d'un palais humide du sang de Louis XYI , la fdle et les frères du roi supplicié ne se rappelèrent point le jeune censeur du club des Jacobins, et le prince qui , pur sans doute des excès des 5 et 6 octobre, du 20 juin, du 10 août, du 2 septembre et du 2\ janvier, n'en fut pas moins révolutionnaire actif et contemporain de toutes ces époques fatales à la maison de Bourbon. Non : si grande que l'on suppose la charité de Louis XYIII et de sa famille , il n'était point en leur pouvoir d'étouffer le souvenir du machiavélisme orléaniste, et de ne point se rappeler que le duc de Chartres s'était attaché à la fortune d'un général qui ne se déclara le défenseur de la royauté constitutionnelle, que lorsque la couronne fut irrévocablement perdue pour Louis XYI ' ? L'humanité ne s'élève point jusqu'à un tel oubli, et je ne crains pas d'affirmer

» tieux : je pense comme eux , et dans ce cas j'immolerais ce que » j'ai déplus cher.... Signé. L. P. J. Egalité. »

( MONTGÀILLARD , Vol. 3 , pag. l43. )

— * « Dumouricz, ne voyant plus d'avenir en servant la révo- » lution par des victoires , songea à s'en former un autre en ra- » menant cette révolution à la constitution de 1791 et en la ré- » conciliant à ce prix avec toute l'Europe. Dans ce plan il fallait >♦ un roi , et les hommes importaient assez peu à Dumouricz »• pour qu'il ne s'inquiétât pas beaucoup du choix. On lui repro-

qu'en songeant à ses terribles infortunes, la branche aînée n'a jamais pu séparer entièrement M. le duc d'Orléans de la pensée des excès de la révolution et des mystères affreux du Palais Royal '.

Il est vrai que M. le duc d'Orléans avait fait pendant vingt ans tout ce qu'il lui était humainement possible de faire pour obtenir le pardon de ce que S. A. S. appelait les égaremens de sa jeunesse. Instruit par sa mère que le cœur de Louis XVIII n'était pas insensible au repentir de son cousin, le duc d'Or-

» cha alors de vouloir placer sur le trône la maison d'Orléans.... » Il le nia dans l'émigration , mais cette dénégation intéressée » ne prouve rien , et il ne faut pas plus le croire sur ce point » que sur la date antérieure qu'il a prétendu donner à ses projets. » ( Thieks , vol. 4 > pag« 98 et 99. ) L'élévation du duc d'Orléans sur le trône de France fut le projet favori de Dumouriez jusqu'à sa dernière heure. En 1823 , lorsque Louis XVIII méditait l'invasion de l'Espagne , le vieux général médita de nouveau le renversement des Bourbons de la branche aînée. 11 communiqua ce projet à M. Canning, en développa longuement les avantages , et pria le premier ministre anglais d'en favoriser l'exécution. Une négociation fut ouverte à cet effet; mais Dumouriez mourut trois semaines] après l'avoir entamée. (Note de V auteur.)

— * Des hommes qu'on supposait dévoués au duc d'Orléans s'y montraient de* plus ardens. Les richesses de ce prince, ses prodigalités connues, ses emprunts énormes , son voisinage, son ambition, quoique vague, tout a dû le faire accuser. L'histoire, sans désigner aucun nom, peut assurer du moins que l'or a été répandu.

( Thibrs, Histoire de la révolution française. )

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léans Savait point balancé à s'éloigner d'une famille américaine qui avait choyé son malheur, et au sein de laquelle l'hymen allait resserrer les liens de l'hospitalité et de la reconnaissance.

Rentré en Europe, gracié par sa famille et admis pour 2,000 livres sterling dans la répartition des secours que la Grande-Bretagne accordait à la royauté détrônée, M. le duc d'Orléans s'évertua à prouver la vérité de ses regrets et de son repentir. Dès ce moment sa conversion aux doctrines de la légitimité devint aussi ardente que son amour pour les idées révolutionnaires avait été passionné. Se repentir hautement parut être pour lui un besoin de chaque jour. Il se repentit dans la cathédrale de Palerme , où , en recevant la main d'une princesse napolitaine , il jura foi et hommage à la contre-révolution ; il se repentit , en 1 806 , à Londres , en acceptant avec transport l'offre d'un commandement dans les armées du roi de Suède * , qui avait

1 On lit dans les mémoires de Fauche-Borel : — Le roi de Suède daigna me dire : « Portez au comte d'Artois le désir que j'ai de » voir arriver dans mon armée les ducs de Berri et d' Orléans , » auxquels je donnerai un commandement effectif sous le même » drapeau , ce qui fera cesser les calomnies de ceux qui préten- » dent que le duc d'Orléans voudrait usurper la couronne. » Nous arrivâmes à Londres dans les premiers jours de janvier 1806. S. A. R. Monsieur le comte d'Artois reçut avec un plaisir mêlé d'enthousiasme l'invitation que je lui portais au nom de Sa Majesté le roi de Suède : « Mon cher Fauche , me dit-il 9

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signé, le 5 octobre, à Beckeskog, un traité avec l'Angleterre, et avait son quartier -général à Limbourg; il se repentit à Cadix, en sollicitant un commandement contre les vétérans de Jemmapes et de Yalmy ; il se repentit à Tarragone , en signant une proclamation qui appelait les soldats du drapeau tricolore à se rallier sous l'étendard des lis t ; enfin , en tout temps et partout , soit par ses rétractations , soit par ses actes, S. A. S. exprima le profond repentir qu elle éprouvait du délire révolutionnaire qui l'avait subjuguée jusqu'au point de lui faire signer

» allez de suite chez mon fils le duc de Berri et chez le duc d'Or- » léans y faites-leur part vous-même des propositions du roi ; je » suis assuré de tout V empressement qu'ils mettront l'un et » Vautre à se rendre au vœu de Sa Majesté. » Je m'acquittai de cette double commission. Le duc de Berri me répondit avec un mouvement d'inspiration et de joie : « Je suis prêt à partir! Il » en sera de même de mon cousin le duc d'Orléans. »

J'avais été deux fois chez le duc d'Orléans sans le trouver. Ayant pris la liberté de lui écrire , il me donna rendez-vous chez le prince deHaremberg, ambassadeur d'Autriche : j'y allai et je trouvai M. le duc d'Orléans. Je lui fis part de ma mission ; il me remercia beaucoup de mon zèle pour V intérêt de la cause générale et, de même que le duc de Berri, se montra animé du désir sincère d'aller témoigner sa reconnaissance au monarque généreux qui l'invitait à venir le joindre au CHAMP D'HON- NEUR. Le départ des princes était décidé; leurs équipages vcnaient de se mettre en route; eux-mêmes étaient à la veille de s'embarquer, lorsque les tristes nouvelles arrivées du continent suspendirent leur résolution.

— * Voir Documens historiques , n° i o.

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une lettre, Louis -Philippe Égaille, prince français pour son malheur, et jacobin jusqu'au bout des ongles1. Cependant, l'abjuration des principes révolutionnaires de S. A. S. (principes quelle disait lui avoir été inculqués par madame de Genlis) ne trouva grâce que devant Monsieur. Les autres membres de la famille , ainsi que l'émigration tout entière, éprouvaient encore d'invincibles répugnances pour M. le duc d'Orléans, au moment où les ennemis de la France rendirent aux uns et aux autres une patrie qui ne les connaissait plus.

1 Extrait du Journal de Louis-Philippe , écrit par lui- MÊMI :

ic) novembre 1790 : — « Le soir nous avons été à Brutus. On a fait beaucoup d'allusions. Lorsque Brutus dit : Dieu ! donnez-moi la mort plutôt que l'esclavage , toute la salle a retenti d'applaudissemens et de bravos; tous les chapeaux en l'air; cela était superbe. Un autre vers finissait par ces mots : être libre et sans roi.

25 novembre. . . — Après le dîner, j'ai été aux Jacobins ; je suis arrivé le premier dans la salle ; on m'a donné à faire le résumé de quelques lettres de province , parce qu'à moins que les lettres ne soient très-intéressantes, on n'en lit que des résumés.

2 décembre... — J'ai été le soir de bonne heure aux Jacobins ; nous avions à élire un président et un secrétaire membres de l'assemblée nationale. J'ai donné ma voix à MM. Mirabeau et Beauharnais ; ils ont réuni la majorité des suffrages. M. Barnave a très-bien parlé sur le club des soi-disant représen tans des gardes nationales de France. ( M. de Lafayettc leur a accordé le droit d'envoyer chaque jour deux d'entre eux chez le roi, qui font les fonctions de chevau-légers ; ils sollicitent la même faveur au-

En 1814, M. le duc d'Orléans, qui, malgré tous les précédens que je viens de signaler , n'osait point compter sur une parfaite réconciliation, débarqua seul à Marseille , voyagea incognito , et accourut demander au chef de la race des Bourbons , si la restauration qui venait de s'accomplir ouvrait aussi les portes de la France à la maison d'Orléans. Louis XYÏII accueillit froidement , mais avec bienveillance le fils de Philippe-Egalité ; il lui accorda la permission de rentrer en France , lui promit nonprès de l'assemblée nationale). M. Barnave a fait sentir combien il serait impolitique de permettre que les gardes nationales fissent un corps ; qu'on ne devait point séparer le soldat du garde national, etc. J'ai été nommé censeur.

3 décembre... — J'ai été au comité de présentation aux Jacobins... Un article portait que nul ne pourrait être admis avant l'âge de vingt-et-un ans , à moins d'un cas particulier. J'ai demandé que l'âge fût fixé à dix-huit , en disant qu'à dix-huit on était bien en état de suivre une délibération ; que la société n'ayant aucun caractère légal , on devait la regarder comme une école , et qu'alors il était important d'y admettre de bonne heure les jeunes gens , etc.. On n'a pas trouvé mes raisons suffisantes, et on a rejeté mon amendement. J'ai dit alors que j'avais un intérêt dans cet amendement , que mon frère désirait ardemment être admis dans cette société, et que cela le rejetait bien loin. M. Collotd'Herbois m'a dit que cela ne lui ferait rien, que quand on avait reçu une telle éducation on était dans le cas des exceptions. Je l'ai remercié et me suis en allé.

5 janvier.... — A cinq heures et demie nous avons été à la Comédie- Française.

On donnait la première représentation du Despotisme renverse

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seulement un entier oubli du passé , mais encore la restitution complète du riche apanage que Louis XIV avait constitué à la branche d'Orléans en 1661 , et lui dit en terminant : « Il y a vingt-cinq ans, vous étiez général; vous l'êtes encore. » — Sire, répondit le duc , c'est sous cet uniforme que je me présenterai désormais devant Y. M. — Après avoir reçu ces bienfaits avec les protestations du dévouement le plus absolu au roi et à sa famille, le duc d'Orléans

de M. Harny. C'est la révolution mise en action , la prise de la Bastille , etc. Cette pièce a eu le plus grand succès. On a demandé l'auteur et on lui a donné une couronne. Ce matin j'ai été chez M. Harny, il n'était pas chez lui.

7 janvier... — J'ai été chez M. Harny que j'ai enfin trouvé. Je l'ai embrassé et lui ai témoigné le mieux que j'ai pu le plaisir que m'avait fait sa pièce.

18 juin 1791. .. — La musique (celle de son régiment) est venue, et tout de suite elle a joué Ça ira sans que je le demande ; je leur ai donné deux louis.

4 août (à Vendôme)... — J'ai été au club, où j'ai lu un discours sur l'abolition des ordres ; on en a ordonné l'impression.

8 août... — J'ai été au club. On me témoignabeaucoup de regrets ( de son départ pour Vulenciennnes ) et de bonté. J'ai exprimé ma sincère et vive reconnaissance; je leur ai dit que j'éprouverais des regrets bien vifs en les quittant, si ce n'était pour aller occuper un poste bien agréable aux amis de la liberté , celui où l'on pourrait servir sa patrie ; que si je pouvais jamais avoir besoin d'un aiguillon pour m'exciter à employer à sa défense tout le zèle et toute l'ardeur dont je suis capable , cela en serait un bien vif pour moi.

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retourna en Italie pour y prendre la duchesse et ses enfans qui étaient restés en Sicile.

Cependant la présence de M. le duc d'Orléans rappelait aux Bourbons trop d'amers souvenirs pour que l'attitude de ce prince ne fut point contrainte et fausse à la cour de Louis XYIII. Ce n'était qu'à force de soumissions que S. A. S. pouvait parvenir à atténuer les antipathies que son nom inspirait aux Tuileries. De plus, une question bien autrement importante que des dédains de palais , la question de l'ancien apanage d'Orléans , qui avait fait retour au domaine de l'état, était déjà l'objet de toutes les sollicitudes du prince. Louis XYIII avait promis la restitution de cet immense patrimoine ; mais un acte de la volonté royale ne rassurait pas le prince qui , pour plus de sécurité , voulait obtenir à tout prix la sanction d'une loi. Tous les scrupules de dignité s'évanouirent devant cette puissante considération. Plusieurs tentatives furent hasardées , mais en vain , pour faire que la réintégration du duc d'Orléans dans l'apanage de sa maison fût présentée au vote des chambres conjointement avec la liste civile. On alla même , dans les épanchemens de la réconciliation, jusqu'à insinuer que madame la duchesse d'Orléans jouissant, comme fille de roi , du titre d'Altesse royale, on mettrait un juste orgueil à en être revêtu soi-même. Ce nouvel acte de munificence devait prouver à tout le monde qu'il y avait un abîme entre le duc d'Orléans et la révolution , et

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que désormais son altesse ne pouvait plus tirer l'épée que pour la défense de son souverain légitime. C'est également dans ce sens que parlait madame la duchesse douairière d'Orléans , princesse que Louis XVIII avait toujours honorée d'une haute estime. Cette faveur ne serait , disait-elle , qu'un gage de plus du retour de son fils à des sentimens en dehors desquels on l'avait jeté malgré lui. Cependant il n'en fut point ainsi. Louis XVIII, qui par amour du repos voulait bien considérer le duc d'Orléans comme prince du sang , mais non comme membre de sa famille, repoussa les sollicitations de la mère et du fds. t II est déjà assez près du trône, disait- »il à M. de Montesquiou ; je me garderais bien de • l'en approcher davantage \ » La sagacité du vieux roi ne lui permettait pas , en effet , d'envisager sans crainte les tentatives qu'on avait déjà faites et celles qu'on pouvait faire encore pour assurer la couronne à S. A. S. Louis XVIII se borna donc à rendre , à la date des 18 et 20 mai 181/j, deux ordonnances en vertu desquelles le duc d'Orléans , qu'il n'aimait point , fut remis en jouissance de son immense apanage. Voici en quels termes l'abbé de Montesquiou raconte les transports de gratitude et d'attendrissement dont le prince fut saisi dans cette circonstance. « Je me souviens , dit-il , que j'eus l'honneur de traiter auprès du roi Louis XVIII l'affaire des do-

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maines de S. JI.'-S. ; je réussis à les faire rendre à la famille d'Orléans. Avec quelle expression chaleureuse contre la révolution, contre ce qu'elle appelait ses égaremens de 17S9 et 1792 , S. A. S. ne s'exprimait-elle pas ! Le lendemain je la trouvai dans le cabinet de Louis XVIII, témoignant toute sa reconnaissance au roi qui l'écoutait avec bonté. M. le duc d'Orléans était dans une émotion difficile à dépeindre. C'était justice : il s'agissait de la restitution de ses vastes domaines. »

Louis XYIII rétabli sur le trône de France, la situation ne semblait plus receler d'éventualité prochaine, et M. le duc d'Orléans , plus riche qu'il ne l'eût été par la succession directe et immédiate de son père , ne s'occupa , pendant la courte durée de la première restauration, que d'organiser la gestion de ses domaines , l'intendance de ses finances , son conseil du contentieux , et d'intenter quelques procès qui, en troublant la sécurité des acquéreurs de domaines nationaux, contribuèrent à amener le 20 mars. Je me trompe; S. A. S. s'occupa aussi, comme on le verra tout à l'heure , d'inventorier les fautes du gouvernement de 1814 : on ne savait pas, après tout , ce qui pourrait arriver. Tout le monde connaît l'histoire de ce règne de dix mois. M. le duc d'Orléans ne se fit remarquer sur la scène politique que par le rapide voyage qu'il fît à Lyon, avec le comte d'Artois , pour s'opposer au progrès de l'armée de l'île d'Elbe, et par la lettre fort équivoque qu'il

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écrivit au duc de Trévise, en se démettant entre les mains du maréchal du commandement supérieur des départemens du Nord : « Je me fie, disait- il, à ce que votre patriotisme si pur pourra vous suggérer de mieux pour les intérêts et V honneur de la France. » Je signale cette phrase aux méditations de l'histoire; peut-être y saisira-t-elle une arrière -pensée, Louis XVIII se retira à Gand ; M. le duc d'Orléans, en Angleterre. L'événement du 20 mars venait de replonger la France et l'Europe dans une perturbation à laquelle il était bien difficile d'assigner une issue déterminée ; la difficulté dynastique était de nouveau mise en question. D'un côté, il était bien évident que les cabinets alliés ne consentiraient jamais au rétablissement du trône impérial, dont la chute leur avait coûté [tant d'efforts et de sacrifices; de l'autre, on pouvait très-raisonnablement penser que , même dans leurs intérêts propres , les puissanses ne provoqueraient point la nation à une lutte à outrance , dans l'unique but de lui imposer, pour la seconde fois, une famille qu'elle repoussait , qui s'était laissée choir sans coup férir, et dont l'incapacité avait miné en quelques mois l'œuvre de vingt- cinq ans de combinaisons et de combats. Enfin, il était plus incontestable encore que l'Europe monarchique préférerait se jeter de nouveau dans les hasards d'une guerre générale, que de permettre à la France de se constituer en république.

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C'est dans cet état de choses que M. le duc d'Orléans adressa au congrès de Vienne deux mémoires explicatifs des causes qui avaient amené le renversement de la maison des Bourbons en 1789 et en 1814. S. A. S. pensant que son étoile pouvait briller encore au milieu des embarras de 1 epoque, voulait -elle suggérer au congrès qu'elle saurait éviter l'écueil contre lequel Louis XY1ÏI venait de se briser; ou bien S. A. S. n'avait-elle d'autre désir que celui d'éclairer la religion politique des puissances étrangères? C'est un problème dont j'abandonne la solution à la perspicacité de mes lecteurs. Toujours est-il qu'en apprenant la démarche du duc d'Orléans, Louis XVIII manifesta la plus vive indignation , et expédia immédiatement à madame la duchesse d'Angoulême, qui venait d'arriver à Londres , l'ordre de surveiller les intrigues du duc d'Orléans, et de combattre son influence sur l'esprit du régent , qu'on savait lui porter quelque intérêt, par souvenir des aristocratiques orgies dans lesquelles le prince de Galles et le père de S. A. S. s'étaient plongés autrefois. Sans pénétrer plus avant dans ce mystère , on peut au moins affirmer que la conduite de M. le duc d'Orléans fut, pendant quelque temps , le sujet de beaucoup d'inquiétudes et de négociations de la part de la branche aînée. De vives remontrances furent adressées au prince par quelques cabinets , et particulièrement par lord Wellington qui somma S, A. S. d'expliquer catégorique-

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ment ses intentions. Aussi, lorsque M. de Valence, membre de la députation envoyée par le gouvernement provisoire au quartier-général de l'armée anglo-prussienne , parla de placer la couronne sur la tête de M. le duc d'Orléans , comme étant celui des princes de la famille des Bourbons qui offrirait le plus de gages de sûreté pour la France, le général anglais se hâta de répondre que M. le duc d'Orléans ne ferait qu'un usurpateur de bonne maison, que le principe révolutionnaire contre lequel les puissances s'étaient armées ne triompherait pas moins par le duc d'Orléans que par Bonaparte , et que, d'ailleurs, S. A. S. venait elle-même de déclarer qu'elle n'accepterait la couronne que pour la rendre à son auguste et légitime propriétaire. J'appelle , à l'appui de tous ces faits bien connus , l'autorité d'un écrivain peu hostile à la branche cadette, et qui a tracé l'histoire de la royauté déchue sur des notes fournies par des hommes qui ont possédé pendant quinze ans la pensée et la confiance de Louis XVIII et de Charles X. « M. le duc d'Orléans, dit l'auteur de l'Histoire de la restauration , avait joué un rôle très-indécis à Londres pendant les cent jours. Dans ses relations avec lord Holland et les membres de l'opposition anglaise , il avait apporté une certaine réserve de caractère. Il caressait tout sans se prononcer sur rien. M. le duc d'Orléans ménageait ainsi tous les partis, et se réservait toutes les chances. C'est le malheur des âmes faibles de n'avoir jamais

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une volonté franche, une parole hautement sincère... Ce qu'il y a de positif, c'est que des propositions lui avaient été adressées dans les derniers jours de^ juillet i8i5 * par les patriotes français, et comme les journaux anglais avaient annoncé ( Louis XVIII était alors a Paris ) que S. A. S. avait refusé de servir avec les émigrés sur le continent, dans les cent jours, contre Napoléon, M. le duc d'Orléans sempressa de faire désavouer cet acte

* Le duc de Dalmatie , major-général , écrivant à l'empereur, de Lyon , le 22 juin , pour lui rendre compte de l'agitation de l'armée, le prévient que le nom d'Orléans est dans la bouche de la plupart des généraux et des chefs, ajoutant : ««Cela m'a » paru d'une trop grande importance pour différer à en instruire » Votre Majesté. Aussi je prie le général Dejean de venir en » rendre compte directement à Votre Majesté, ainsi que des » renseignemens qu'il a lui-même recueillis. »

Toutes ces manœuvres étaient si peu secrètes , que le bruit en retentit à la tribune de la chambre des représentais. Dans la séance du 25 juin , alors qu'il était question de donner un successeur à Napoléon , M. Boulay de la Meurthe disait : « Je vois » que nous sommes entourés de factieux , d'intrigans , qui vou- » draient faire déclarer le trône vacant , afin de réussir à y » placer les Bourbons.... Rien ne pourra me détourner de dire » la vérité ; je veux mettre le doigt sur la plaie.... Il existe une « faction d'Orléans; oui, d'après des renseignemens certains, » je sais que cette faction est purement royaliste ; je sais que » son but secret est d'entretenir des intelligences même parmi » les patriotes. Au reste, il est douteux que le duc d'Orléans , » voulût accepter la couronne , ou , s'il l'acceptait , ce ne serait » que pour la restituer à Louis XVIII. »

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de patriotisme comme une calomnie, déclarant que S. M. Louis XVIII lavait défendu à toute sa famille. A son arrivée d'Angleterre , M. le duc d'Orléans eut une longue conférence avec Louis XVIII , et repoussa , plein d'indignation , la pensée que les partis lui avaient attribuée, après les cent jours, de s'emparer du trône au détriment de la branche aînée. S. A. S. redoubla ses protestations énergiques contre l'usurpation. Le roi lui répondit avec bonté: « Mon cousin, vous êtes le plus rapproché du trône » après Berri ; vous avez plus de chances par le » droit que par l'usurpation. Je crois ainsi autant à » votre bon esprit qu'à votre bon cœur ; je suis » tranquille. » C'est aussi dans ces circonstances que M. le duc d'Orléans reçut la confirmation de son apanage qu'il avait, comme je l'ai déjà dit, recueilli en 1814, en vertu d'un acte de la simple volonté de Louis XVIII. S. A. S. , vivement touchée, jura de nouveau de n'employer son épée qu'au service de sa majesté.

Si j'écrivais l'histoire de cette déplorable époque, je développerais ici le mouvement des esprits dans cette première phase de la seconde restauration , et je dirais avec quel art prodigieux la maison d'Orléans sut , dès ce moment , offrir des garanties au passé et des promesses à l'avenir. Mais la spécialité de ce livre , qui est consacré seulement à la contrerévolution de i85o, ne me laisse que l'espace et le temps nécessaires pour indiquer les caractères sail-

lans de cette habile tactique. Après une absence de quelques mois, nécessitée par de légitimes soupçons, M. le duc d'Orléans était enfin rentré au palais de ses pères , où S, A. S. ne semblait dominée que par la pensée d'agrandir son immense fortune , objet de ses constantes sollicitudes. A l'ardeur avec laquelle il s'abandonnait au soin de ses intérêts domestiques, on eût dit qu'à travers toutes les agitations de sa vie, ce prince n'avait médité que son apanage. Ses premiers loisirs furent employés à intenter de nouveaux procès qui jetèrent l'alarme parmi les acquéreurs des domaines nationaux. L'opinion publique ne vit dans cette seconde agression contre des droits consacrés par la charte, que l'irrésistible conséquence de la sollicitude du prince pour ses Intérêts privés. Sans exclure ce motif que je crois très-réel, je pense, cependant, que l'attention publique n'alla point au fond de la pensée de S. A. S. , et que le côté politique de ces premiers procès lui échappa. Quoi qu'il en soit, ces attaques multipliées n'étaient que le prélude d'une action judiciaire qui devait bientôt trancher au vif dans la question révolutionnaire, Je veux parler du procès de M. le duc d'Orléans contre M. le duc de Bassano, relativement à des actions de canaux qui provenaient de l'apanage, et que Napoléon avait données, en 181 5, en dépôt et gages à son ex-ministre M. Maret. Le duc d'Orléans revendiqua ces actions dans l'intérêt de sa fortune et des principes, attendu , disait-il, qu'un

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gouvernement de fait et illégitime n'avait pu les transférer légalement» Le procès Philippe et Bassano n'appartient point tout-à-fait à l'époque dont je m'occupe, mais je le cite pour constater l'origine des premiers coups portés à ce trône qui , quinze ans plus tard , devait succomber sous le poids des haines que des actes de la nature de celui que je viens de rapporter avaient accumulées autour de lui.

En 181 6, M. le duc d'Orléans tenait à paraître libre de tout engagement de situation ou de parti , mais il ne voulait point cependant que son indifférence l'isolât des hommes de parti. La nature de ce prince le poussa toujours à chercher de la sécurité dans tous les rangs et à ne s'établir ouvertement dans aucun. Le procès du maréchal Ney donna lieu à la première expérience que les amis de la liberté firent de son libéralisme. On se flattait que , pair du royaume , il aurait , dans l'intérêt de son avenir, le courage de protester contre la violation du traité qui protégeait la vie d'une des gloires de la France. Mais S. A. S. se borna, avec les autres membres de la maison royale, à s'abstenir de prendre part au jugement qui fit tomber la tête d'un grand capitaine. Après ce honteux sacrifice, l'opposition, qui commençait à s'acclimater dans les salons du Palais-Royal, crut que le rôle de chef de l'opposition libérale dans la chambre des pairs appartenait de droit à S. A. S. Ses partisans pensèrent qu'au moment où , dans la chambre des députés , les passions et les

vengeances livraient un combat féroce à la liberté , il serait digne du duc d'Orléans d'enseigner la prudence et l'humanité au milieu 'des supplices et des factions ; ils crurent que cette noble mission correspondait aux mœurs et à la politique d'un prince que la grande réforme de 1789 avait compté au nombre de ses plus ardens zélateurs. M. le duc d'Orléans ne voulut point accepter ce beau rôle. Il s'effaça complètement dans toutes les questions de liberté et de justice politique ; il lui arriva bien quelquefois de disserter abondamment sur des objets secondaires , mais jamais il n'articula un mot d'opposition contre l'arbitraire et la tyrannie. Qu'eût-ce donc été si , pour sauver la France et la liberté , il eût fallu remuer les masses et lutter à front découvert?

Il fallait du temps à M. le duc d'Orléans pour étudier l'état positif de la société , et en pressentir les conséquences. Cependant on cherchait dans sa pensée quelle destinée les événemens pouvaient lui faire. La force des choses avait réduit la France à ne se diviser qu'en deux partis : le parti national et le parti de l'émigration. Ce dernier était compacte et victorieux; l'autre était morcelé et vaincu; le faisceau des opinions bonapartistes et des opinions républicaines avait été brisé sous la loi impérieuse de la défaite, et la liberté, ne trouvant aucun appui légal autour d'elle , s'était retirée dans les esprits où elle n'était plus que spéculative ; enfin , l'opinion pra-

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tique , si je puis ainsi parler , était à refaire. Alors le Palais-Royal s'offrit, en quelque sorte, comme terrain neutre aux débris de tous les partis opposés à la cour. Là , les pensées de la branche cadette étaient données à l'ambition ; ailleurs, elles apparte* naient sans condition et sans réserve à la contrerévolution ; on était progressif au Palais-Royal , rétrograde aux Tuileries. Cependant il était un Français que des précédens de famille , précédens mal définis, comme je l'ai déjà dit, liaient encore au souvenir de la révolution ; dont les habitudes actuelles répondaient habilement à nos habitudes , dont les mœurs se calquaient sur nos mœurs. Cet homme entrevoyait le terme fatal d'un pouvoir exercé par des princes qui ne tenaient à la France nouvelle par aucun lien de nationalité , qui n'étaient point du temps où ils vivaient. Cette politique à huis clos produisit une grande séduction. On disait tout bas que le point de résistance au mal ne pouvait se trouver qu'au Palais-Royal. La branche cadette exploita avec habileté le bénéfice de cette bonne opinion. Dès lors Louis-Philippe devint le centre autour duquel convergeait une école renouvelée de la révolution de 1688. Là toutes les analogies historiques étaient rapprochées, comparées, en présence de S. A. S. , qui se complaisait aux raisonnemens que les politiques de métier ne cessaient de lui faire; bien entendu cependant que lecousin de Louis XVIII ne confondait ses vœux avec les vœux de ses amis que

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dans un intérêt général. «Alors, dit M. Capefigue, » l'histoire , la poésie , tout vivait par les rapproche- » mens de la révolution de 1688. On exploitait cette » idée anglaise. Les doctrinaires la caressaient comme » une pensée d'ordre après la tempête , comme une » question d'érudition et de philosophie résolue par » un événement qui secouerait le moins d'existences. » M. le duc d'Orléans , sans prendre d'engagement » avec personne , fort bien en cour et avec l'opposi- » tion , favorisait tout ce qui se rapprochait de cette » idée, qu'il caressait comme les espérances d'une » couronne ; mais ces tentatives n'allaient pas au » delà ; il profitait des fautes, et on en faisait tant I » Quoi qu'il en soit de cette opinion, il faut croire que c'était pour les convertir au service de son légitime souverain q»e S. A. S. groupait autour d'elle non seulement les patriotes de 1 789 et les serviteurs de l'empire, mais encore tous les hommes de quelque notabilité qui tombaient dans la disgrâce delà restauration; car si , en exhumant des souvenirs historiques, en décorant ses salons des couleurs d' Austerlitz et de Marengo , en demandant au pinceau de Vernet les grandes scènes de la révolution , en réunissant dans son cabinet et dans ses fêtes les mécontens de toutes les époques , en parlant sans cesse des vicissitudes de sa fortune et des événemens auxquels son nom se mêlait , le duc d'Orléans n'avait eu pour but que d'accuser indirectement les folies contre -révolutionnaires de la branche aînée et de

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précipiter sa chute , ce prince devrait assurément être considéré comme le premier acteur de cette comédie de quinze ans qui , selon les expressions de S. M., mérite le mépris de tous les gens consciencieux. Voici, cependant, les incertitudes que la plume indulgente de l'historien de la restauration attribue à M. le duc d'Orléans : « Le parti orléaniste manquait, dit-il, d'organisation précise, par cela seul que son chef ne se dessinait pas et jouait un rôle tout-à-fait négatif. Je n'accuse pas M. le duc d'Orléans d'avoir manqué de cœur; le courage individuel est indépendant de ces résolutions énergiques qui saisissent fortement la tête d'un homme et le font chef de parti; M. le duc d'Orléans sentait également sa position ; une qualité qu'on ne pouvait lui refuser , c'était d'être homme d'esprit, et un mot de lui à M. le marquis de Vér. .. révélait tout entier son embarras : « Je suis trop Bourbon pour les uns et pas assez pour les autres » , avait dit S. A. S. Ce mot indiquait toutes les difficultés d'un gouvernement déposé dans les mains de M. le duc d'Orléans. Au reste, les projets de ceux qui pensaient à S. A. S. s'attachaient plutôt au besoin d'un nom , à une similitude historique , à la révolution de 1688, qu'à un dévouement personnel au prince. On apercevait dans cette combinaison une éventualité de changement politique sans grande secousse , sans commotion, et cela plaisait aux esprits tiinides et poltrons. Aux époques molles et efféminées.

les changemens qui doivent s'opérer avec le moins de déplacement possible sont préférés. »

Tel était le système d'hostilité indirecte que M. le duc d'Orléans organisait, dans l'ombre, contre la branche aînée. Dans ses épanchemens intimes avec les chefs de l'opposition, qu'il recevait en secret plus souvent encore qu'en public, S. A. S. attaquait vivement la marche et les projets du gouvernement établi. Alors on déplorait en commun les tentatives de la cour contre la liberté humaine et le principe de la révolution de 1789; on gémissait sur cette incorrigibilité sans exemple qui n'avait rien appris ni rien oublié ; on voyait de près , on touchait du doigt les projets sinistres de la contre-révolution , et on tenait bonne note de toutes les extravagances de la légitimité, laquelle on se promettait bien d'abandonner à la fatalité qui l'entraînait. Si la branche aînée oubliait un homme de lettres, un artiste populaire, un poète utile , on agréait une dédicace , on achetait un tableau ; cela ornait les galeries du Palais- Royal , compromettait peu , et faisait de la popularité. Mais allait-on à la cour « ce n'était qu'expressions de dévoilement; il y avait pour chacun un mot flatteur et des espérances \ » En somme, rien n'égalait alors l'enthousiasme chevaleresque de S. A. S. Mes lecteurs en jugeront par une scène d'intérieur retracée par un confident de M. Decazes, et

1 Capefigue.

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que je transporte ici, parce que j'aime les autorités compétentes. « Ce fut, dit Y homme d'état auteur de l'Histoire de la restauration , ce fut après le mariage de M. le duc de Bèrri que devinrent plus fréquens les dîners de famille , où tous les princes sans distinction d'altesses royales ou d'altesses sérénissimes furent invités. La jeune princesse prit dans une vive amitié sa tante madame la duchesse d'Orléans, et cette intimité effaça tout-à-fait les légères préventions qui existaient encore contre M. le duc d'Orléans. S. A. S. , profondément pénétrée de ces prévenances de la branche aînée , s'efforçait de témoigner, par des démonstrations vives et multipliées , ses sentimens pour le roi. Lorsque M. le duc d'Orléans venait à la cour, c'était une politesse profonde envers le dernier officier , le dernier des gardes ; c'était une profusion de gestes expressifs et de témoignages de sensibilité. Il fallait voir S. A. S. au banquet royal. Il portait la main sur son cœur à chaque toast au roi , à Madame , aux ducs d'Angoulême et de Berri ; lui-même plusieurs fois dans le dîner sécriait : Vive le roi! comme poussé par un sentiment puissant et qui ne pouvait attendre le moment d'étiquette. » On voit d'après tout cela qu'il serait souverainement injuste de refuser au duc d'Orléans une habileté peu commune. Jamais homme posséda-t-il à un plus haut degré l'art de s'effacer toujours sans se séparer de personne? Peu s'en fallut toutefois que la naissance du duc

t^8 tOUIS-PHIUPPE

de Bordeaux ne compromît le désintéressement politique de M. le duc d'Orléans. Les paroles de Louis XVIII , Mon cousin , vous êtes le plus rapproché du trône après Berri, résonnaient encore aux oreilles du prince, lorsque la malencontreuse conception de l'enfant du miracle vint tout à coup fermer la lice aux prétentions collatérales, et affermir le sceptre dans la ligne directe. Ce coup fut d'autant plus vivement ressenti, que la mort du duc de Berri semblait devoir terminer naturellement toute rivalité entre les deux maisons , en faisant passer , dans un temps peu éloigné , la couronne de France sur la tête de la branche cadette. La calomnie ( et en me servant de ce mot j'exprime ma conviction intime) , la calomnie alla même jusqu'à imputer à cette rivalité la fin tragique du seul membre de la famille royale qui pût contrarier de hautes espérances. On répandit les bruits les plus étranges. L'authenticité de la grossesse de la mère d'Henri V fut révoquée en doute , dans une foule de pamphlets clandestins que la malveillance attribuait au Palais-Royal. Les journaux anglais, surtout, annonçaient comme inévitable, et à jour fixe, la naissance d'un rejeton mâle de la branche aînée des Bourbons. Le Morning~ Chronide, qui, en 181 5, avait, le premier, annoncé le refus du duc d'Orléans de combattre à Waterloo contre ses compatriotes , exprimait ironiquement la même assurance sur le sexe du royal enfant que madame de Berri portait dans son sein.

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S. A. Pi. accoucha effectivement d'un prince , c'est-à-dire d'un principe. Cet événement ranima la légitimité défaillante, et poussa jusqu'au délire l'enthousiasme de ses partisans. De leur côté , les puissances étrangères le saluèrent par des acclamations désespérantes pour des ambitions supposées. Le nonce du pape , portant la parole au nom du corps diplomatique, disait à Louis XVIII : « Yoicile grand bienfait que la Providence la plus favorable a daigné accorder à la tendresse paternelle de votre majesté. Cet enfant de douleurs , de souvenirs et de regrets , est aussi l'enfant de l'Europe; il est le présage et le garant de la paix et du repos qui doivent suivre tant d'agitations. »

L'empereur Alexandre écrivait au roi : « La naissance du duc de Bordeaux est un événement que je regarde comme très-heureux pour la paix de l'Europe, et qvii porte de justes consolations au sein de votre famille ; je prie votre majesté de croire que je ratifie le litre d'enfant de l'Europe qui a salué le duc de Bordeaux. >»

La duchesse de Berri répondait ainsi aux félicitations du corps diplomatique : « Je remercie les souverains du sentiment que vous venez de m'exprimer; je suis fière du titre que vous avez donné à mon fils, de l'enfant de l'Europe. »

Toujours l'enfant de l'Europe ! N'était-ce point déclarer hautement qu'on avait su lire dans la pensée de la branche cadette et qu'on redoutait, u 9

1 3o LOUIS-PHILIPPE

comme une calamité européenne, son avènement au pouvoir, même après l'extinction naturelle de la branche aînée? Tout cela jeta la maison d'Orléans dans une grande perplexité, et même, assure-t-on , dans quelques vivacités qui lui étaient peu familières ■ ; ce qui n'empêcha point que bientôt M. le duc d'Orléans ne saluât, lui aussi, la naissance du duc de Bordeaux avec la plus attendrissante sensibilité, dit M. de Montesquiou.

Cependant cette naissance touchait au principe

1 Voici ce qu'on lit dans un écrit? relatif à la naissance du duc de Bordeaux :

« En entrant chez madame la duchesse de Berri, mademoi- » selle d'Orléans dit à la duchesse , sa belle-sœur :

» Enfin , il n'y avait personne.

» Je vous demande pardon , lui répondit quelqu'un qui se » trouvait derrière elle. M. le maréchal Suchet y était.

» Le duc d'Orléans ne sut pas se contenir devant madame de » Gontaut, à qui on avait remis le nouveau-né, et les propos » furent si amers et si offensans , que cette dame tout en pleurs » s'écria :

» C'est horrible î Monsieur le maréchal , venez doue répondre » à M. le duc d'Orléans.

» Cependant, on réfléchit au Palais-Royal sur une conduite » qui aurait été plus remarquée dans une autre circonstance.

» Le lendemain , mademoiselle Adélaïde fut envoyée à raa- » dame de Gontaut. « Joséphine, lui dit-elle, vous êtes en colère » contre mon frère ; mais il faut pardonner à un premier mou- » vementbien naturel. On ne perd pas sans regret une couronne » pourses enfans. Je vous assure qu'aujourd'hui il est lout-à-fait » bien. »

ET LA COMTiE-PiÉVOLUTION DE 1 8 JO. 1 33

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